Les tribulations d’un astronome

Stage initiateur ski alpinisme

vendredi 18 juin 2010 par Guillaume Blanc

Je fais du ski de randonnée depuis mon adolescence. Ma première sortie, avec mon père, c’était la Ratelle, en passant par les pistes de la station de ski de Crévoux. À l’époque, le téléski du haut n’existait pas, la montagne y était encore vierge. J’avais des skis de piste, avec des fixations de randonnée (quand même) Petzl, et des chaussures de ski de piste un peu desserrées. Je devais avoir 12 ou 13 ans.

Ensuite, je suis sorti régulièrement avec mon père, le dimanche matin. Toujours dans les mêmes massifs, qu’il connaît comme sa poche, donc pas besoin de carte !

Bien plus tard je suis allé en Italie. Je me suis inscrit au CAI (Club Alpino Italiano), surtout pour trouver des compagnons de virée. J’en ai profité pour faire le cours SA2, scialpinismo 2, ski alpinisme niveau 2. Là, j’ai commencé à goûter des collectives, où, par groupe, on monte (leeeentement) sur une montagne, pour s’y retrouver à quarante. Souvent, n’y tenant plus, je brisais mes chaînes et me retrouvais au sommet loin devant mon groupe (« Guillo, dov’é il tuo gruppo ? » était la question récurrente que les instructeurs du CAI n’avaient de cesse de me poser quand j’arrivais au sommet...). Le ski en club, donc. Ceci étant, j’ai appris des trucs, j’ai commencé à ouvrir des cartes, pour partir avec des amis dans des coins que je ne connaissais pas du tout ! Le CAI m’a proposé de devenir instructeur chez eux. Mais je revenais en France, alors...

J’ai débarqué à Paris. Là, il m’a fallu peu de temps pour trouver le bon club (pas facile d’aller skier en montagne sans ça), à savoir le GUMS, et pour attaquer mes premiers car-couchettes. J’allais acheter les cartes du week-end au Vieux Campeur, le vendeur me voyait défiler à peu près toutes les semaines, et s’amusait à me demander où j’allais cette fois.

Mais bizarrement, dans cette société consumériste, où la plupart des gens préfère qu’on les emmène en montagne sans demander leur reste, sans vraiment savoir où ils vont, du moment que le cadre et la compagnie sont sympa, je me sentais étriqué. Donc je me suis débrouillé pour rapidement « être devant. » Ce qui, en d’autres termes, signifie « encadrer. » Mais pourquoi donc faire du ski dans le cadre d’un club, alors ? Au départ, c’est essentiellement par facilité : rencontrer d’autres skieurs, et puis c’est aussi pour mutualiser le transport, qui, depuis Paris, représente le gros œuvre d’une sortie en montagne. D’autant que j’ai trouvé mes marques au sein du GUMS, j’aime beaucoup l’ambiance qui y règne ; l’état d’esprit correspond à peu près au mien. De surcroît, échanger sur la montagne avec tous les membres du club, permet d’apprendre pas mal de choses, finalement.

Pour devenir encadrant, il me fallait passer un diplôme de la FFCAM (Fédération Française des Clubs Alpins et de Montagne — le CAF, en d’autre terme !). Pour ce faire j’ai commencé par passer les formations nécessaires, même si un peu redondantes par rapport à la formation que j’avais suivie en Italie (mais qui, elle, n’était pas diplômante).

Dés le départ j’ai suivi les formations « nivologie » et « cartographie/orientation » ; si la première était très instructive, la deuxième l’était nettement moins. Encore que ce genre de formation dépend fortement de qui les anime !

L’année suivante, en 2007, j’ai fait « sécurité sur glacier » où j’ai quand même appris des choses. Ensuite, j’ai été coopté par les encadrants du GUMS pour encadrer à mon tour. Petit relâchement dans ma frénésie de formation. J’ai attendu cette année pour finalement me lancer dans la clef de voûte de l’édifice, le stage initiateur, diplômant, de la fédération. Auparavant, j’ai fait la formation aux premiers secours il y a deux ans, et j’ai monté une formation UFCA (Unité de Formation Commune aux Activités — un truc théorique où l’on disserte du CAF, de la responsabilité de l’encadrant, de diététique et de pathologie montagnarde, d’environnement et de protection du milieu) au sein du GUMS cette année pour pouvoir la suivre.

À l’automne dernier, je me suis finalement inscrit à l’un des stages initiateur proposé par le CAF, bien déterminé à en finir avec ces formations à rallonge.

Le stage en question a eu lieu sur deux grands week-ends, à deux semaines d’intervalle, au mois d’avril. La première partie s’est déroulée sur trois jours dans le massif des Cerces dans le Briançonnais, la deuxième dans le massif du Mont Blanc, sur quatre jours.

La première partie m’avait laissé un goût amer. J’y étais allé un peu les mains dans les poches, faute d’infos. En fait les exigences étaient bien plus élevées que je ne l’avais cru. Le premier jour, nous avons eu droit à la recherche de deux ARVA, mais ça je le savais, on nous avait dit qu’on y aurait droit. J’ai un peu merdé sur l’organisation proprement dite de la recherche, mais j’ai trouvé les deux victimes en un peu plus de deux minutes, grâce à mon super ARVA trois antennes. Ensuite, ce fut un peu de cartographie fine sur le terrain, skis aux pieds. Là encore je crois que je ne m’en pas trop mal tiré.

Puis, l’après-midi, ce fut interrogation orale en nivologie (comme je n’avais pas révisé, il a fallu me tirer les vers du nez, mais apparemment moins qu’aux autres), et en cartographie, où là, ben finalement, je me suis aperçu que je ne savais pas grand-chose (un court d’eau avec des petits points bleus de part et d’autre et un cours d’eau bordé d’arbre, comment calculer l’inclinaison d’une pente avec seulement une règle graduée, etc). Les deux jours suivants furent consacrés à la conduite de course. Depuis le Pont de l’Alpe sur la route du Lautaret vers le refuge des Drayères, en passant sur la crête de la Ponsonnière. J’ai mené le tout début de la course. Au moment d’obliquer vers le col de la Ponsonnière, je sors la carte pour être sûr de mon coup. L’instructeur me demande quel est le col à notre droite. J’ai dit Chardonnet, c’était Aiguillette. Signe que je n’avais pas suffisamment préparé ma course à l’avance. C’était trop « à la louche » et cela ne convenait pas. Il fallait toujours savoir où nous étions sur la carte à dix mètres près (sinon pourquoi les ingénieurs de l’IGN s’embêtent à faire des cartes avec des détails exorbitants ?). Bref, cette erreur de situation me sera reprochée.

Un peu plus loin, changement de commande, je deviens touriste. C’est à la fois reposant de voir la pression changer d’épaules et rageant de devoir suivre sans moufter, d’autant que je ne serais pas passé par là, et que je n’aurais pas fait comme ça. M’enfin, c’est le jeu. Je reprends les commandes dans la descente sur le refuge des Drayères. Une première journée un peu chiante, il faut bien le dire. Si c’est ça le ski de rando...

Heureusement dans l’après-midi, on devait se mettre en binômes pour faire un abri pour trois personnes le plus rapidement possible. Il faisait beau, la neige était profonde autour du refuge et parfaitement malléable pour jouer à ce genre de choses. Avec Sam nous avons mis un peu moins d’une heure pour fabriquer un abri norvégien. Après quoi, de repos point : il s’agit de préparer la course du lendemain, retour au Pont de l’Alpe par le Pointe des Cerces, même si je serais alors touriste. En parallèle, nos encadrants nous triturent les méninges une fois de plus en nous interrogeant à nouveau sur quelques points de sécurité nivologique.

Dimanche, donc, je suis. Heureusement, il fait beau, le paysage est splendide, je peux donc (presque) facilement rester à la traîne pour faire des photos. Direction la Pointe des Cerces. Faire attention de ne pas passer devant : dès que mes spatules dépassent un tant soit peu, je suis rappelé à l’ordre. On termine le couloir de la face sud de la Pointe des Cerces à pieds, en brassant, alors que ça passait bien à ski, mais pas le droit de n’en faire qu’à sa tête, il faut suivre, rester dans le rang... Arrivée sur l’épaule, notre chef d’alors décide unilatéralement que nous n’irons pas au sommet, il est trop tard et la neige risque d’être trop molle ensuite. Grrrrr... D’autant que le temps qu’ils mettent tous à se préparer pour la descente, on aurait bien pu faire un petit aller-retour ! M’enfin... Aller, va, c’est bientôt fini...

Heureusement, la descente de cette magnifique face sud fut un moment d’anthologie. Court, mais intense ! Ensuite, c’est traversée vers le col des Béraudes. Dans la remontée, l’un des gus perd son étui d’appareil photo qui en profite pour dévaler tranquillement la pente. Au col, nous avons l’autorisation de redescendre le chercher. Je saute sur l’occasion d’avoir ces quelques minutes de liberté, et m’empresse de me porter volontaire pour y aller. Le gus vient avec. On récupère la chose, qui de surcroît faisait offense au paysage, et on remonte. La suite de la descente jusqu’au Pont de l’Alpe est un régal : superbe moquette printanière ! En arrivant, avant de repartir chacun chez soi, débriefing au bord de la nationale. Curieusement le plus gros reproche que l’on me fait est de ne pas avoir su situer précisément le col du Chardonnet. Bon, c’est vrai qu’en cartographie de précision ce n’était pas ça. Mais désormais, je sais à quoi m’attendre.

Globalement, cette première partie m’a laissé un goût amer. Je fais du ski pour le plaisir, le plaisir d’être en montagne, de goûter à cet espace de liberté, d’être avec des gens sympa. J’ai vu là tout le contraire : pas de liberté, et des gens avec qui je ne serais pas forcément aller en montagne avec.

Pour renouer avec le plaisir, deux jours plus tard, je m’offre une petite virée en solo dans le vallon de l’Eyssina, superbe espace sauvage que convoite la station de Vars pour y installer... des remontées mécaniques !

La deuxième partie du stage se déroule dans le massif du Mont Blanc, deux semaines plus tard, sur quatre jours. Nous commençons par prendre le téléphérique des Grands Montets pour rejoindre le refuge d’Argentière. Au passage nous allons jouer dans les crevasses : mouflage et auto-sauvetage, deux manips à savoir faire parfaitement sous peine d’élimination. Tout le monde s’en sort bien.

Refuge d’Argentière. Le nouveau refuge. Pas le droit de monter les sacs à dos à l’étage de vie. Du coup, je pique-nique en bas, ça me gonfle de me charger les bras de victuailles quand j’ai un sac pour les mettre dedans. Encore une règle stupide. Il faut avoir un sac dans le sac pour aller au refuge d’Argentière et trimbaler ses petites affaires. Bref. Comme quoi, les précédentes fois où je suis venu dans le coin j’ai bien fait de bivouaquer. Et c’est encore ce que je ferais à l’avenir. L’après-midi est consacré à l’essorage de neurones. Encore. Nivologie. Encore. Cartographie. Encore. Cette fois, je ne me laisse pas avoir, j’ai tout préparé, je réponds du tac au tac.

Le lendemain, temps maussade, nous allons au col d’Argentière, petite course au-dessus du refuge. Notre équipe d’encadrants a permuté par rapport au premier week-end, tandis que les groupes restent les mêmes. Nous sommes avec le guide. Et finalement, je préfère, car il laisse faire, et ne nous prend pas pour des cons, comme l’instructeur. Certes, il paraît que ça casse après, au debriefing. Mais dans l’instant présent, on se sent plus libre.

L’après-midi est encore consacré à sonder nos connaissances. D’abord les nœuds divers et variés : huit, chaise, mule, encordement, etc. Puis l’encrage éjectable avec des skis. Je réussis du premier coup, ils sont dégoûtés !

Dernier jour : traversée sur le Tour par les trois cols. Cette fois, je vais mener une partie de la balade. Je prends la tête à partir du pied du col du Chardonnet. Il fait super beau, le paysage est fantastique. Je m’efforce de ne pas aller trop vite. L’œil sur l’alti, je ne dépasse pas les 5-6 mètres par minute. Sous la fenêtre de Saleina, j’estime mal la raideur de la trace : c’est raide et un peu expo, trop tard pour faire machine arrière et mettre les crampons, on continue en skis, en s’arcboutant sur les bâtons dans les conversions. Curieusement, cela ne me sera pas reproché... Au col, je m’octroie un petit coup d’œil sur la carte. Et direction le col supérieur du Tour. Je retrace pour éviter un détour. Pique-nique au col avec vu sur l’Aiguille du Chardonnet et le glacier du Tour.

Je continue de mener la danse. Le départ est un peu expo car en neige très dure. Une petite plateforme de chaussage a été creusée par des prédécesseurs. On me reprochera de ne pas avoir pris les devant pour faire chausser les gens un par un en leur tenant les skis. La descente sur le glacier du Tour permet deux itinéraires. L’un fait le tour, en longues traversées. L’autre coupe au plus court, mais est moins classique. J’opte pour la deuxième solution, plus plaisante à skier, malgré les mises en garde du guide qui me demande à plusieurs reprises si je suis sûr de moi. Euh, oui, pourquoi ?

Et nous arrivons sans encombre au sommet de la dernière pente après quelques beaux virages (on me reprochera d’être trop « freerider ») sur le glacier. Là, le topo dit « tout droit dans la combe ». Au début, tout va bien. Et puis — il fallait bien que ça arrive — je me suis retrouvé perdu au milieu des barres. Et oui. Comme d’hab, me dirons certains... Certes, sauf qu’en stage où on me juge sur mes capacités à encadrer un groupe, ça fait mauvais genre. Bref, un coup de stress, mais j’ai réussi, avec l’aide du guide, à sortir tout le monde de là. Je pensais que ça me coûterait le diplôme, mais non. On ne m’a pas reproché ça, bizarrement. Ceci étant, il est vrai qu’il était difficile de trouver son chemin, celui du topo conduisait effectivement droit dans des barres. Mon erreur a été de ne pas anticiper suffisamment : j’aurais dû prendre une photo de la face quatre jours auparavant lors du rendez-vous, qui était justement au Tour. Je n’y ai alors pas pensé.

Donc, en fin de compte, on ne m’a pas reproché grand chose, et je suis reparti avec mon diplôme d’initiateur, comme tout le monde.

Voilà, ça, c’est fait !

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