Les tribulations d’un astronome

Le vététiste et le serpent

Samedi 30 Avril 2005
mardi 10 mai 2005 par Guillaume Blanc

Je devais faire l’Antelao à ski aujourd’hui, avec Andrea et compagnie. Je devais partir hier soir, dormir au pied. Mais non. J’ai appelé Andrea hier soir. Il faisait trop chaud : +1 degré à 3000 mètres. Vu la raideur de l’entreprise, ça ne le faisait pas. Eux partaient quand même, plus au nord, au-delà de Bolzano. Faire de la bagnole me disait moyen. Je n’y suis pas allé. J’ai appelé une paire de potes. Évidemment, personne n’était libre samedi. Dani travaillait, Bruno allait grimper avec un pote, mais avec une corde trop courte pour que je vienne aussi. Et puis grimper à trois, c’est moins drôle. Mariano, à qui j’ai proposé d’aller faire un tour de vélo, s’était déjà organisé pour aller grimper à Rocca Pendice. Moi, j’avais envie d’aller en montagne, éventuellement grimper, mais avec un secret désir de faire du vélo. Personne pour me tenir compagnie ? Qu’à cela ne tienne, j’irai tout seul !

Samedi matin. Organisation avec Papa pour faire le Mont Blanc la semaine prochaine. Quelques courses en ville. Qui ont toutes, ou presque, foirées : le service après-vente du magasin de matos informatique est fermé le samedi. Toujours pas d’internet : mon routeur est mort. Je voulais aller payer l’acompte pour le trek au Pakistan, mais à la poste ça ne marchait pas, il faut que je fasse un virement bancaire, qui va me coûter cher, et les banques sont fermées le samedi. Pas de chance. J’espère que je pourrais encore le faire dans quinze jours, à mon retour... J’ai quand même réussi à tirer du liquide, et à acheter deux cartes. Dont celle du Mont Blanc.

Trêve de blabla. Je suis parti après manger, à 14h, le vélo dans la voiture, pour le Val d’Astico (Valdastico ??), cette vallée qui borde le plateau d’Asiago par l’ouest. J’avais déjà repéré sur la carte un tour à faire en vélo dans ce coin. C’est donc l’occase. Un peu plus d’une heure de voiture. Raisonnable. Je me gare juste avant San Pietro Valdastico. Et c’est parti. Un petit bout de route asphaltée, mais bien raide, pour sortir du village. Puis chemin de terre. Raide lui aussi. Je m’enfonce doucement dans cette petite vallée étroite, le Val Torra, aux bords qui s’élancent assez abruptement vers le plateau d’Asiago, mille mètres au-dessus du torrent. L’idée est d’en faire le tour. Ça roule très mal : chemin raide, plein de cailloux. Je tire vite la langue, ça fait un bail que je ne suis plus monté sur la bécane pour faire un truc pareil. Pour la peine je pousserai pas mal. Le chemin monte sur le flanc de cette vallée, au milieu de la forêt. J’arrive à faire quelques bouts en pédalant, mais c’est surtout en poussant que j’avance et prends, petit à petit, de l’altitude. Je croise un couple, en 4x4 de garde forestier. Je les salue, je m’arrête, on discute un peu. Voyant que, de toute évidence je ne suis pas italien, lui me demande si je suis allemand, puis enchaîne quelques mots d’allemand. Je lui réponds que je suis français. Il me parlera donc en français. C’est beau le polyglisme (polyglotisme ?). J’aime bien ce côté chaleureux des italiens. En France, c’est tout juste s’ils auraient répondu à mon éventuel bonjour. Là non.

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Hépatique dans les sous-bois...

Je poursuis ma route. Qui prend encore un peu d’altitude, serpentant au milieu de jolies falaises. Puis, la chose s’aplanit quelque peu. Je peux pédaler. Ouf ! Le vélo va servir, en fin de compte ! Je suis sur le bord du plateau d’Asiago. Le chemin contourne le Monte Cucco, et bifurque pour aller dire bonjour à la Malga Campo Posellaro. Une ferme d’altitude. À peine quitte-je la forêt pour arriver dans les alpages que je reste soufflé par la couleur de de la prairie dont je devine l’étendue derrière le rideau d’arbres : tout est blanc à perte de vue ! La neige ? Non ! Un champ de crocus ! Superbe ! Je photographie la chose, au ras des pâquerettes — des crocus —, allongé de tout mon long. Forcément. Faut savoir se mettre à la bonne hauteur. Je reprends mon vélo, pédale dans ce champ de blancheur moelleuse, puis j’arrive à la Malga, déserte : les troupeaux sont encore à fond de vallée. Je suis tout seul. Tout seul à des kilomètres à la ronde. Un sentiment de liberté extrême m’envahit. Le vrai plaisir de la montagne. Je suis au point culminant de ma balade. 1480 mètres. Je suis parti de 375 mètres. Joli !

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Malga Camp Posellaro dans les crocus !

Plus un brin de neige (mais des crocus !). L’hiver est bel et bien terminé. Fini le ski. Presque. D’ailleurs, je suis en short et T-shirt. L’été est proche. Ça va chauffer... Déjà que...

Reste à trouver le chemin pour continuer. Les balises sont rares. Quant au tracé, il est à peu près inexistant, c’est dire la fréquentation de l’endroit. Sauvage. J’erre au milieu de la verdure et des fleurs printanières. Parfois je me vautre par terre, pour faire un gros plan, ici d’une orchidée, là d’une belle fleur bleue dont j’ignore le nom, éclairé par un rayon de Soleil qui filtre à travers les arbres. Puis je fini par m’y retrouver. Sans boussole ! J’arrive à proximité d’une autre Malga. C’est un véritable village, ici ! L’industrie de l’élevage en alpage ! Je traverse ensuite une belle forêt, sur un chemin parfaitement bien tracé et balisé, cette fois-ci, pour arriver sur l’autre flanc de ma vallée. Je débouche sur des champs verdoyants, au milieu d’une forêt d’épicéa, agrémenté d’un petit village aux superbes demeures en pierre s’étendant de part et d’autre du chemin. Le tableau en est un, effectivement ! Ça doit être sympa d’habiter là... Mais je ne fais que passer. Je ne vois pas âme qui vive. De là, c’est la descente qui commence. Chouette. Parce que je sens que les crampes ne sont pas loin. J’ai trop forcé sur des jambes qui n’ont plus l’habitude de pédaler. Une belle et longue descente. Sur un chemin, certes... Mais il n’y a pas de sentier dans les environs. Tant pis. De ce côté-là de ma vallée j’ai une belle vue sur l’autre côté, par où je suis monté, les falaises y sont éclairées par un joli Soleil de fin d’après-midi. Ça n’en finit pas de descendre. J’ai vraiment grimpé tout ça, moi ? Sur la fin, bout d’asphalte. Tunnel pour traverser un bout de falaise. Et belle route toute lisse jusqu’en bas. Je me laisse aller, les cheveux au vent...

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J’ai roulé sur un bout de bois. Qui n’a pas bougé. Un bout de bois mou. Étrange comme sensation. Un bout de bois tout courbé. Un serpent. J’ai roulé sur la queue d’un serpent !! Je m’arrête. Je vais voir. Il est là, au milieu de la route inondée par les derniers rayons de Soleil. Il n’a pas bronché. Il doit bien faire ses 60 à 80 centimètres de long, une belle bête. Une marque sur sa queue, là où ma roue est passée : la chair est un peu affaissée. Il est pourtant bel et bien vivant : sa tête guette à deux doigts du sol, et sa langue fourchue agite l’air de temps à autre. Je le prends en photo (qui sont floues : je devais trembloter un chouïa à l’idée d’approcher la bestiole...). Il ne bronche pas. C’est une couleuvre, sa tête est couverte de grosses écailles. Inoffensif, donc. Ne ferait de mal qu’à une mouche. Une fois que j’ai eu terminé de photographier la belle, j’allais tourner les talons, quand elle a décidé d’en faire autant. C’est mollement qu’elle débarrasse la route de sa présence. Moi aussi, je m’en vais. Vers ma tanière. Mais d’abord vers ma voiture.

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J’arrive à Cassoto. Puis peu après à la voiture, vers 19h. Content. Belle balade. Je m’en retourne vers la ville heu-reux !


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