Les tribulations d’un astronome

Le silence des montagnes : hélicos et compagnie

vendredi 16 mai 2008 par Guillaume Blanc

La montagne procure à ceux et celles qui l’arpentent de vastes plaisirs, qui vont de la simple contemplation à l’exploit sportif. L’un de ces plaisirs, et non des moindres, est de fuir la civilisation parfois trop envahissante, pour retrouver le calme des espaces sauvages.

Le calme, parlons-en, justement... Originaire des Hautes-Alpes, je n’étais pas particulièrement habitué à que l’on me vrombissent aux oreilles quand je sue en montagne. En posant le pied dans le massif du Mont Blanc, j’ai découvert l’incessant ballet des hélicos et autres avions de tourisme. À chaque fois que je mets les pieds dans ce massif, ça ne rate jamais : les turbines de ces machins volants me vrillent les oreilles tout au long de la journée. Faut faire avec, me dit-on. C’est comme ça.

La dernière fois, dans le cirque du glacier de Talèfre, des avions viennent profiter du spectacle des cimes majestueuses et acérées. Tout comme moi, en somme. Sauf que je crois sincèrement que ma démarche est moins dérangeante et moins nocive pour l’environnement... Les avions s’en donnaient donc à cœur joie, hop, un p’tit tour, re-hop, un deuxième, et vroum, que l’on marque le glacier de son passage d’un coup de patin, tiens, voilà même un copain qui s’empresse de faire de même... Moi, je dis : insupportable ! Depuis la terrasse du refuge du Couvercle, j’aurais aimé pouvoir contempler l’extraordinaire paysage dans le calme et la sérénité. Je supporte — tant bien que mal — suffisamment de nuisances sonores à Paris pour ne pas devoir les retrouver en montagne !

La semaine suivante, rebelote dans le massif du Sustenhorn, en Suisse. Des hélicos cette fois. Pendant une journée entière, de bon matin jusqu’au milieu de l’après-midi, ça n’a pas arrêté de tournicoter en vrombissant... Je ne sais pas ce qu’ils bricolaient, dépose de skieurs ? Le résultat était assourdissant...

Agressant ainsi la montagne, les riches, car il faut bien l’être pour se payer ce genre de tourisme, semblent n’avoir cure du destin de la planète, du réchauffement climatique avéré, dépensant sans compter les litres de kérosène pour leur seul plaisir contemplatif. Égoïstes, ils pratiquent leur loisir sans tenir compte des autres, aux dépends des autres. Se rendent-ils seulement compte des nuisances qu’ils génèrent ?

Outre le loisir contemplatif aérien, l’hélicoptère sert pour déposer des skieurs hors-pistes au sommet de belles pentes, leur évitant par là même les affres d’une montée à peaux de phoque qui ne manquerait pas de les faire suer. À coups de dollars, s’ils peuvent s’éviter la dure fatigue de lutter contre la gravité... S’ils savaient que la montée à peaux de phoque, c’est ce qu’il y a de plus beau ! Et ceux qui préfèrent aller en montagne avec leurs propres moyens et subissent leurs attaques sonores ? Ils n’en ont cure, cela va de soi. C’est tellement In de se faire déposer en hélico... En France, cette pratique est interdite... Alors, à défaut de dépose, on effectue des reprises au bas des hors-pistes des stations de ski. Ou bien on dépose sur les sommets frontaliers, Suisse, Italie, où cette pratique n’est pas prohibée. Évidemment, ce genre de pratiquant, n’ayant pu reconnaître l’état du manteau neigeux lors de la montée se trouve forcément au-dessus des avalanches. De toutes façons, ils sont riches, les avalanches ne peuvent les atteindre. L’héliski, c’est très en vogue dans d’autres massifs de la planète, Rocheuses, Caucase... Heureusement que quand j’y étais, dans le Caucase, je n’ai pas eu à déplorer de telles nuisances !

Le pire à mon sens vient du fait que ce sont certains guides de Hautes-Montagne, seuls à même d’emmener des gens en hors-piste, qui promeuvent cette pratique. Ces guides n’ont-ils aucune éthique vis-à-vis de leur approche de cette montagne qu’ils aiment, forcément, et qui les fait vivre ? Lors d’une manifestation de Mountain Wilderness contre cette pratique, un guide rétorque : « Je comprends votre action, mais il faut bien que je vive. » C’est beau la conscience professionnelle !

Et quand je peste contre ces bruyants, en montagne ou même ailleurs, on me rétorque que je suis pour le moins intolérant. Que les gens ont bien le droit de se balader eux aussi, de pratiquer leurs loisirs, même en engins motorisés... Certes, je ne pense qu’à mon bien-être personnel, ces bruits de civilisation nuisent à mon bien-être. Enfin, pas uniquement le mien. La plupart des montagnards, j’ose espérer, même si parmi eux, s’en trouvent de plus tolérant que les autres...

Un article du Dauphiné Libéré revient sur le pour et le contre de l’héliski, en interrogeant des guides sur le sujet. L’un d’entre eux répond que cette pratique permet aux pilotes de s’entraîner aux conditions de haute montagne, entraînement utile lors des secours. Il ajoute que les nuisances sonores sont minimes à côté des vols « panoramiques », qui eux, sont autorisés en France. Le fait est. Mais c’est dû au fait que l’héliski est interdit en France, et pas le vol panoramique ! Et heureusement que l’héliski est interdit, sinon, plus une pente ne serait vierge pour le pauvre randonneur qui verrait passer des hordes d’hélicos au-dessus de sa tête à peine aurait-il collé les peaux sur ses skis, de bon matin ! Dans ce même article d’autres guides évoquent la consommation outrancière des hélicoptères et donc leur active participation au réchauffement climatique. Je pour quoi je suis entièrement d’accord. L’un d’eux est particulièrement radical, il se dit pour une complète interdiction de l’usage de l’hélicoptère à des fins de loisirs, y compris le ravitaillement des refuges... Il est clair que la canette de coca que j’aime m’offrir en arrivant dans un de ces petits coins de chaleur humaine en altitude, outre son coût en espèces sonnantes et trébuchantes, a un certain coût environnemental. Pour ne pas dire un coût certain... Ce même guide reproche à ceux qui prétendent défendre une certaine éthique de la montagne d’avoir recours à ce moyen de transport en Himalaya, par exemple, pour gagner des jours de marche d’approche. Il est vrai que le style n’est ainsi pas des plus économique pour la planète.

Mais indépendamment du fait que l’hélicoptère est un gros consommateur de carburant, il n’en est pas moins un nuisible bruyant. C’est contre cet aspect-là que je m’insurge ici. Si c’était une fois de temps en temps (comme le ravitaillement des refuges, le secours en montagne...), ça resterait supportable. Mais à longueur de journée, ça donne envie d’aller piquer un bazooka dans la caserne d’à côté, de le trimbaler là-haut sur le dos, pour finalement se faire plaisir !

Au moins, dans le parc National des Écrins, l’alpiniste est tranquille de ce point de vue : survol interdit à moins de 1000 mètres du sol. Autant dire que les vols « panoramiques » peuvent aller voir ailleurs. Du côté du Mont Blanc, par exemple. D’ailleurs dans le parc des Écrins, même le vol libre, en deltaplane ou parapente, est réglementé !

À quand un Parc National pour préserver ce qu’il reste du Mont Blanc ?

«  Il est inadmissible que des jeunes venant de trimer six heures d’affilée pour conquérir leur sommet s’en trouvent chassés et leurs beaux souvenirs détruits par l’irruption d’une machine tonitruante débarquant sans coup férir des quidams dont le seul mérite est de posséder un compte bien garni. Il y a là une véritable agression psychologique.  »

Samivel (1907-1992)


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