Les tribulations d’un astronome

Réponse à Igor Bogdanov

vendredi 8 octobre 2010 par Guillaume Blanc

Voici le mail que j’ai reçu le 6 octobre 2010 de la part d’Igor Bogdanov, à propos de la critique que je fais de leur livre : « Le visage de Dieu ». Il s’agit du commentaire qu’il a laissé sur cet article-là, que je reproduis ici, dans le bon ordre, à sa demande. Je vous le livre tel quel dans la première partie, avant d’y répondre dans la deuxième.

 Message de Igor Bogdanov

Bonjour,

Voici quelques temps, j’ai remarqué vos articles et commentaires très critiques à propos de notre dernier livre, de nos travaux, de nos idées, etc.

Sans entrer dans le détail de ce que vous avez écrit, ici ou là, sur notre itinéraire compliqué, nos vies, les ambitions que vous nous prêtez ou les mobiles que vous nous attribuez, je retiens simplement quelques mots à notre propos : celui de charlatans (qui, à lui seul, a suscité un article entier de votre part en 2005), ceux de « menteurs », « falsificateurs », « pseudo-scientifiques », « manipulateurs » etc. Ces mots là font mal. Ils permettent de faire l’économie de toute explication nuancée, de s’exonérer à bon compte de tout débat ultérieur. Mi – procès, mi verdict, vos articles ne laissent place à aucun doute : ils condamnent.

Pourtant, quelque chose ne va pas. Le tableau que vous avez esquissé dans votre dernier article sur Le Visage de Dieu ne « colle » pas à la réalité. Pour commencer : pourquoi laisser entendre que Jim Peebles, Bob Wilson et John Mather « ne nous connaissaient pas et qu’ils se sont fait piéger ?  » Sur ce point, je veux simplement dire que nous avons correspondu pendant longtemps avec ces trois chercheurs (aussi bien par mail qu’au cours de nombreuses discussions) et que (contrairement à ce que déclare « Alain r » auquel nous répondrons par un autre article) ces derniers étaient parfaitement informés du contenu du livre (ils l’avaient lu) ainsi, bien sûr, que de son titre. J’ajoute que tous les trois, sans exception, nous ont donnés leur autorisation explicite d’utiliser ce titre. Dans le cas contraire, ils ne se seraient pas privés d’émettre de vigoureuses protestations et / ou des démentis publics. Cela a-t-il été le cas ? A l’évidence non.

Dès lors, pourquoi tenter de faire croire et laisser dire à vos lecteurs que ces éminents scientifiques auraient été abusés ?

Par ailleurs, vous reprenez la veille lanterne selon laquelle « les Bogdanoff n’entendent rien à la physique, même de base ». Je me demande pourquoi (sauf à vous inscrire de manière servile dans les commentaires de « Alain r ») vous écrivez cela. Car les exemples que vous citez sont loin d’être convaincants. Examinons les calmement dans l’ordre, un par un.

Vous écrivez :

[1] Les satellites permettant d’observer le rayonnement fossile sont ainsi qualifiés successivement d’« astronomes de métal » et de « prodigieuse machines métaphysiques » (p. 132) ; allez demander aux physiciens qui ont construit le satellite Planck s’ils ont mis de la métaphysique dedans !

Nous avons longuement discuté avec les concepteurs et responsables du satellite Planck. Aucun d’entre eux ne prétend avoir « mis de la métaphysique » dans leur satellite. Mais à l’inverse, aucun d’entre eux n’a été choqué par le fait que nous ayons pu parler de « prodigieuses machines métaphysiques ». En particulier, Jean Michel Lamarre -premier concepteur de Planck et patron de HFI- qui a lu le livre attentivement (et en entier) avant sa publication. Il en connaissait bien sûr le titre. Il a apporté plusieurs corrections au chapitre consacré au satellite Planck (bien entendu, nous avons conservé tous nos échanges mails avec lui). En fin de compte, qu’on le veuille ou non, Planck (comme ses prédécesseurs) suscite bel et bien des questions de type métaphysique. C’est ce que nous avons voulu dire. Il me semble inutile de s’étendre davantage sur ce point.

Vous écrivez :

[2] Ainsi : (p. 33) « [la force nucléaire forte] est suivie par la force électromagnétique qui est 137 fois plus petite (mais pas 138 ni 135 fois). » Il y a là, confusion entre la notion de force et d’intensité de la force, mais passons. Les frères Bogdanov semblent ignorer que la physique n’est pas une science aussi exacte que les mathématiques, et que la notion d’« entier naturel » est une notion mathématique, mais rarement physique. L’exactitude n’est pas de ce monde, et les physiciens font des mesures, y compris des constantes fondamentales, comme la constante de structure fine dont il est en fait question ici, qui sont entachées d’erreurs. Donc la valeur de cette constante (sans dimensions) ou plutôt de son inverse ne vaut pas 138, ni 136, ni 137, d’ailleurs, puisqu’elle vaut 137,035999679(94) avec une incertitude sur les dernières décimales. Nul besoin d’invoquer quelque chose de « surnaturel » pour expliquer la valeur de cette constante !

Je ne comprends pas les raisons pour lesquelles vous nous faîtes ce procès. Les incertitudes sur les dernières décimales ne changent rien à l’affaire : la valeur de la constante de la structure fine est bien de 1/137 (et non de 1/135). Nous ne sommes pas les premiers (ni les derniers) à nous interroger sur cette question. Nous n’avons jamais associé quoi que soit de « surnaturel » à cette grandeur mais, à l’instar de nombreux physiciens, nous nous interrogeons sur les raisons de la valeur de cette loi fondamentale de la nature. Parmi des dizaines d’exemples, voici ce qu’en pense Max Born (prix Nobel de physique 1954) : « The fact however that alpha has just its value 1/137 is certainly no chance but itself a law of nature. It is clear that the explanation of this number must be the central problem of natural philosophy. »—Max Born, A.I. Miller (2009). Deciphering the Cosmic Number : The Strange Friendship of Wolfgang Pauli and Carl Jung.W.W. Norton & Co. p. 253.

Vous écrivez :

Ou encore (p. 164) : « Par quelle étrange coïncidence la taille d’un homme est-elle égale au rayon de la Terre multiplié par celui d’un atome ? Pourquoi, de la même manière, la masse d’un être humain est-elle égale à la masse de la Terre multipliée par la masse d’un atome ? » Là, je ne peux qu’inviter les frères Bogdanov à venir suivre le cours de physique élémentaire que nous dispensons à l’université Paris 7 pour les étudiants en première année : ils apprendraient ainsi que si on multiplie deux masses ensembles, on obtient une masse au carré ; que la multiplication de deux longueurs donne une surface, et non une longueur ! Et que donc des ke sont pas égaux à des kg. Ou des m ne sont pas des m !"

Là encore, franchement, vous nous faîtes un procès injuste. Evidemment que nous savons que tel quel l’énoncé de la phrase que vous cîtez ne tient pas debout. Doit on rappeler (alors que c’est écrit en toutes lettres dans notre livre) que cette citation n’est pas de nous mais a pour auteur le philosophe Jean Guitton ? Cette phrase est issue des dialogues qui ont servi de base à notre livre « Dieu et la Science ». Chacune de nos rencontres, chacune de nos discussions était enregistrée. Il se trouve que Jean Guitton était le co-auteur, avec ses collègues académiciens (Favre, Wolf, Lichnerowicz) d’un ouvrage intitulé « Le Chaos et le Déterminisme ». Ce travail lui avait donné l’occasion de réfléchir sur la problématique du hasard et de la nécessité. La phrase que vous citez a été prononcée « telle quelle » et à voix haute par Guitton : nous l’avons enregistrée et retranscrite intégralement dans « Dieu et la Science » ainsi que dans « Le Visage de Dieu ». A présent, si vous lisez objectivement les commentaires qui suivent cette citation (page 164), vous verrez que nous prenons bien évidemment soin de préciser qu’il s’agit d’une simple métaphore de philosophe et qu’il importe de l’interpréter comme telle : « Avec ses mots bien à lui, dans un souçi plus métaphorique que scientifique au sens strict, Jean Guitton venait de se poser ce soir là une question.. ».etc. On ne peut être plus clair : nous avons simplement voulu retranscrire « l’esprit » de la question posée par Jean Guitton (tout en précisant sans détour qu’il s’agissait d’une métaphore et non d’un énoncé scientifique). Encore une fois, je pense sincèrement que votre reproche n’est pas fondé (sauf à admettre que vous êtes inspiré par d’autres objectifs que celui de critiquer honnêtement notre livre).

Vous écrivez :

Ainsi, p.22, « [...] dans le sillage d’atomes tellement accélérés [...] » : si les Bogdanov avaient ne serait-ce qu’un niveau de deuxième année de licence (bac+2), ils sauraient qu’un atome est électriquement neutre et ne peut donc pas être accéléré ; de surcroît, ce sont des protons (chargés électriquement) qui sont accélérés dans l’accélérateur LHC.

Nous avons passé beaucoup de temps au LHC. Nous y avons vu beaucoup de choses. Discuté avec beaucoup de gens. Nous ne pouvons pas ignorer que, pour l’essentiel, il s’agit d’accélérer des protons dans le LHC. Mais nous n’avons pas oublié, non plus, qu’il est également possible d’accéler des atomes de plomb. Voici un texte (repris sur Wikipedia) et directement issu d’un fascicule du CERN :

« En mode de collision d’ion lourds, la chaîne d’accélération est légèrement différente. Un second accélérateur linéaire, Linac3 accélère des atomes de plomb issus d’une source très pure de 500 kilogrammes. Ces atomes sont partiellement ionisés, ayant perdu jusqu’à 29 électrons (sur les 82 qu’ils comportent au départ). Seuls ceux ionisés 29 fois sont conservés. Ils sont alors accélérés à une énergie de 4,2 MeV par nucléon (soit environ 875 MeV pour le noyau complet) et sont mis en collision avec une feuille de carbone qui leur arrache 25 électrons supplémentaires. Ils passent alors dans un instrument appelé LEIR (pour Low Energy Ion Ring, ou anneau d’ions de basse énergie) où ils sont accélérés à 72 MeV par nucléons. Ils sont ensuite injectés dans le PS (sans passer par le Booster, contrairement aux protons) qui les accélère à 5,9 GeV par nucléons. Une seconde feuille finit d’arracher la totalité des électrons des ions, qui passent dans le SPS qui accélère les noyaux de plomb à 177 GeV par nucléon, avant de les injecter dans le LHC qui leur fait atteindre une énergie de 2,76 TeV par nucléon ».

En fin de compte, il ne reste que des noyaux de plomb : ce sont eux qui seront injectés dans le LHC. Soit. Mais franchement, alors que pour commencer, on accélère bel et bien des atomes de plomb, fallait il entrer dans le détail de tout le processus dans un livre grand public ? Evidemment non. Le lecteur moyen, lui, se fait une idée à peu près claire de ce qu’est un atome. Un proton devient déjà, pour lui, un objet beaucoup moins clair. C’est pour cela que nous parlons d’atomes à la page 22 (c’est à dire au début du livre). Par la suite, nous parlons bien de protons accélérés (on le répète maintes fois).

Alors était ce utile de nous de souligner assez lourdement que « si nous avions ne serait-ce qu’un niveau de deuxième année de licence (bac +2) nous saurions que.... »etc ?

Vous écrivez :

Page 33, « [...] sans cette forme de radioactivité [la force faible], le soleil ne pourrait pas briller[...] » encore une assertion d’une imprécision de profane, amalgame entre force faible et radioactivité, qui elle n’est pas une force, mais une conséquence de la propriété de certains noyaux atomiques, doublée d’une méconnaissance totale du fonctionnement du soleil, puisque nulle radioactivité en son cœur, mais des réactions de fusion thermonucléaire ; toujours est-il que si les Bogdanov avaient quelques notions de base en astrophysique, ils sauraient que c’est la force de gravitation qui fait briller le soleil, et non la force faible..."

Une fois de plus, vous reprenez la fameuse phrase : « si les Bogdanov avaient quelques notions de base en astrophysique, ils sauraient que... » etc.

Et là encore, nous pensons que vous nous faîtes un mauvais procès sur la base d’arguments qui ne tiennent pas. Car lorsque nous écrivons « sans cette forme de radioactivité [la force faible], le soleil ne pourrait pas briller », nous ne faisons rien d’autre que répéter une notion de base que vous retrouverez partout (et jusque dans les manuels bac +2, justement). Pour preuve, parmi des centaines d’autres : allez sur la page du CNRS consacrée à la radioactivité et vous y trouverez littéralement la définition suivante :

« L’interaction faible est responsable de la désintégration des neutrons au sein du noyau atomique (radioactivité beta-) ; c’est ce type de réactions (thermonucléaires) qui se produisent au cœur du soleil et lui permettent de briller. » (http://www.cnrs.fr/cnrs-images/phys...)

Dans notre livre, presque mot à mot, nous ne disons rien de plus que ce que dit le CNRS. Et dès lors, encore une fois, votre reproche nous semble injuste et bien mal fondé.

Vous écrivez :

Page 125 : « Bien au contraire la première lumière de l’univers [ie le rayonnement fossile micro-onde] est partout. Dans votre jardin et à l’intérieur de votre voiture. » Là encore, la physique n’est pas assimilée : les micro-ondes, celle de votre four homonyme ou celles du rayonnement fossile pénètrent à travers certains matériaux (les aliments), mais sont réfléchies par le métal (essayez donc de mettre un récipient métallique dans votre four micro-onde, pour voir !) ; peu de chance donc, de voir des photons issus du rayonnement fossile à l’intérieur de votre voiture, il vaudra mieux mettre votre détecteur (comme une antenne métallique réflectrice, à l’instar de celle de Penzias et Wilson) à l’extérieur de celle-ci. Pas de bol, l’exemple est mal choisi !

Pourquoi insister ici, une fois de plus, sur l’idée que « nous n’avons pas assimilé la physique » ? L’exemple de la voiture n’est pas plus mal choisi que n’importe quelle autre situation banale que nous aurions pu imaginer (par exemple votre maison, dotée de fenêtres). Il s’agissait de faire comprendre au lecteur que le rayonnement fossile n’est pas « loin dans l’espace », mais baigne l’Univers dans lequel nous nous trouvons (y compris l’intérieur des voitures). Bien sûr que le métal réfléchit les micro ondes : nul besoin de faire appel à de la physique approfondie pour le constater. Mais il n’est pas non plus nécessaire d’être docteur en physique pour savoir que le rayonnent micro onde traverse le verre (et donc les pare brise des voitures). Nous n’avons rien écrit d’insensé en imaginant que des « photons cosmologiques » issus de la première lumière se trouvent aussi à l’intérieur d’une voiture : cette image était destinée à bien faire comprendre au lecteur que le rayonnement fossile est partout (y compris à l’intérieur des voitures où l’on passe désormais le plus clair de son temps).

Encore une fois, votre critique est autant mal venue que malveillante.

Vous écrivez :

Page 128, les auteurs attribuent des propriétés « exceptionnelles » à la « lumière » issue du rayonnement fossile, comme celle que pour elle, le temps n’existe pas. En fait c’est vrai pour tous les photons, y compris ceux de votre lampe de poche ou ceux émis par votre téléphone portable ! Rien d’extraordinaire là-dedans...

Et alors ? Nous n’avons jamais dit que le rayonnement fossile était le seul phénomène lumineux à bénéficier des effets relativistes. Page 127 de notre livre nous écrivons ceci : "Comme toutes les lumières qui vous entourent (celle qui jaillit des phares de votre voiture ou de votre lampe de poche), la lumière fossile est la chose la plus rapide de tout l’Univers : 300.000 kms seconde. Or ce record de vitesse débouche sur quelque chose de très surprenant qu’Einstein a été le premier à découvrir : pour la lumière le temps ne passe pas.

On ne peut pas être plus clair : nous généralisons l’idée selon laquelle tous les phénomènes lumineux sont soumis aux effets relativistes : pour eux le temps ne passe pas.

Dès lors...? pourquoi laisser entendre que nous avons commis l’erreur d’en exclure les lampes de poche (alors que nous en parlons précisément 3 lignes plus haut) ? Encore fallait-il lire jusqu’au bout ..

Vous écrivez :

Page 132, « Depuis notre monde [comprenez : la surface de la Terre !], noyé dans un brouillard perpétuel de poussières et d’ondes en tous genres, il n’est pas possible de vraiment déceler les infimes détails indispensables à de nouvelles découvertes. Pour entrer dans les profondeurs de la première lumière, il va falloir observer de plus loin. Depuis l’espace. » Certes. Mais ce n’est pas parce que « notre monde est un brouillard perpétuel de poussières et d’ondes » — et je me demande ce que cela signifie réellement — que l’on va observer le rayonnement fossile depuis l’espace : c’est surtout parce que les micro-ondes dont il est composé sont absorbées par la vapeur d’eau présente dans l’atmosphère (c’est le principe utilisé par le four à micro-ondes). Mais on ne va pas seulement dans l’espace pour ce faire, on peut aussi aller en altitude, avec des ballons, ou en antarctique, où l’atmosphère est particulièrement sèche.

Nous n’avons jamais écrit que l’espace était le seul moyen de détecter le rayonnement primordial. Nous parlons même des dispositifs terrestres construits en ce sens. Donc...???

Vous écrivez :

La façon dont ils décrivent les observations du satellite COBE est naïvement enfantine (p. 139-140) : « Que voit-on sur cette image si étrange, cette sorte de sphère aplatie aux pôles ? d’abord un bain de couleur bleu sombre, comme un océan profond qui couvre tout le globe, de l’hémisphère Nord à l’hémisphère Sud. Puis distribuées çà et là, des taches. Elles s’étirent comme des continents et des îles de différentes couleurs allant du bleu ciel au rouge en passant par le violet. » Pourquoi pas. Si encore par la suite ils expliquaient qu’il s’agit en fait d’une carte projetée de tout le ciel (et non de la Terre), montrant les infirmes variations de températures du rayonnement fossile en fausses couleurs (bleu pour plus froid, rouge pour plus chaud). Et si les illustrateurs de la NASA avaient choisi de coder ces différences de température, non en bleu et rouge, mais en noir et blanc, la description des Bogdanov serait tombée à l’eau, pour ainsi dire !!

Décidément, la première partie de votre critique confine à l’aberration. Comment pouvez-vous sérieusement sous-entendre que la carte dont nous parlons est projetée sur la Terre et non pas sur le ciel tout entier ? Alors que c’est le sujet unique de notre livre ?

Pour le reste, je comprends de moins en moins le sens de votre critique. Evidemment que les cartes de Cobe (ou de WMAP ou de Planck) sont représentées en fausses couleurs. Ca tombe sous le sens. L’important, c’est de disposer d’un code qui permette d’interpréter les différences de températures, non ? Voici ce que vous pourrez lire sur le site de la NASA à propos de WMAP : "The average temperature is 2.725 Kelvin (degrees above absolute zero ; equivalent to -270 C or -455 F), and the colors represent the tiny temperature fluctuations, as in a weather map. Red regions are warmer and blue regions are colder by about 0.0002 degrees ».

Est-ce que nous écrivons quelque chose de différent dans notre livre ?

Vous écrivez :

Page 148 : « Tel est l’écart inconcevablement faible que WMAP parvient à déceler : un cent millième de degré ! » Et là, les auteurs ont mal lu le site de la NASA auquel ils se réfèrent si souvent comme dans l’espoir d’en tirer quelque crédibilité, car le satellite WMAP est dix fois plus sensible que COBE, qui pouvait déjà distinguer des variations de température de un cent millième de degré. On parle alors du millionième de degré !

Ici, erreur de votre part : WMAP n’est pas dix fois mais trente fois plus sensible que COBE. Par ailleurs, deux lignes avant celle que vous incriminez, nous écrivions, à propos de la « carte » cosmologique établie par WMAP : « ...les taches vert et bleu deux cent millièmes de degrés plus froides ». En fait, WMAP est théoriquement capable d’enregistrer des écarts de température de l’ordre du cent millième de degré. Quant à connaître plus exactement le gain de résolution entre COBE et PLANCK, le mieux est encore de laisser la parole à Jean-Michel Lamarre (à l’origine de Planck, aujourd’hui responsable de l’instrument HFI et membre du Planck team) :

« Mille fois plus sensible que COBE et 30 fois plus que WMAP, Planck produit des cartes avec une bien meilleure résolution angulaire (10 fois plus de pixels) et avec moins de bruit (pour une photo, on dirait moins de grain). Cela nous permettra de mettre à l’épreuve les théories multiples qui subsistent dans le domaine de la formation et de l’évolution de l’univers. Nous avons pris un soin particulier pour éviter les effets parasites qui pourraient perturber l’interprétation des données. »

Nous avons publié ce texte de JM Lamarre à la page 160 de notre livre. Sans entrer dans des polémiques inutiles sur le pouvoir séparateur des uns et des autres, tout le monde est à peu près d’accord pour dire que COBE et WMAP travaillaient au cent millième et Planck au millionième. D’ailleurs, dans son discours du 28 Novembre 2006, E.Brezin, président de l’Académie des Sciences, écrit ceci à propos de WMAP : « Le prix Nobel de physique 2006 a été attribué à l’équipe à l’origine du satellite COBE, qui fuit suivi par de WMAP, qui ont mesuré les petites fluctuations de la température de ce corps noir (de l’ordre du cent millième de degré !) dans différentes directions. »

Brezin parle bien (comme tout le monde) d’une précision de l’ordre du cent millième de degrés pour WMAP (et non du millionième de degrés).

www.academie-sciences.fr/.../seance...

Vous écrivez :

« Pages 189 et 190 on a droit à l’amalgame entre topologie et géométrie de l’univers. Ce qui montre que non seulement nos docteurs en physique théorique et en mathématiques ont des lacunes en physique de base, mais également en mathématiques. La topologie s’intéresse à la forme globale de l’univers (le coup du simplement connexe), la géométrie à sa forme locale, c’est-à-dire à sa courbure. Le texte est ici confus, le lecteur ne sait pas trop où il va, probablement à l’instar des auteurs. On re-enfonce un peu le clou plus loin, p. 196. On parle d’univers sphérique pour évoquer une courbure (locale) positive, tandis que l’on parle d’univers torique pour évoquer sa topologie, donc sa forme globale. Avec, à la clef, une subtile digression sur la conjecture de Poincaré, avec laquelle ils en déduisent (« nous pensons que ») que l’univers est sphérique, en contradiction avec les observations, qui pencheraient plutôt pour un genre de ballon de foot — mais pas un ballon sphérique comme celui des Bogdanov ! »

Si vous avez bien lu ce que nous écrivons dans notre livre, nous établissons sans ambiguité la distinction entre topologie et géométrie de l’espace physique à trois dimensions (et non pas « de l’Univers », comme vous l’écrivez un peu trop rapidement). Nos recherche en thèse nous ont conduit à proposer que l’espace tridimensionnel puisse être vu comme une sphère S3, ce qui, en effet, n’a rien à voir avec le dodécaédron proposé par Luminet et al. Au passage, le modèle dodécaédrique (progressivement disqualifié par les observations) ne nous a jamais semblé représenter la bonne topologie et nous le disons assez clairement depuis des années. Enfin, encore un mot, puisque vous parlez de mathématiques. Notre choix s’est porté vers S3 non pas « comme ça » mais pour des raisons profondes, qui découlent de notre hypothèse de fluctuation de la signature de la métrique à l’échelle de Planck. Comme vous le savez peut-être, notre idée est qu’il pourrait exister, à cette échelle, une déformation de la signature, du type (3, 1) / (4, 0). Ceci suggère que le groupe de symétrie (non compact) décrivant les isométries de la métrique de l’espace-temps (le groupe de Lorentz) pourrait être déformé en un groupe compact (le groupe Euclidien SO(4)). Partant de là, et à supposer qu’il soit raisonnable d’envisager que des contraintes quantiques puissent s’exercer sur la métrique à l’échelle de Planck, nous avons introduit l’hypothèse d’une fluctuation de la signature à cette échelle entre la forme Lorentzienne et la forme Euclidienne. Pour la décrire, nous avons privilégié le formalisme des groupes quantiques. Toutefois, une autre description existe en terme de groupes classiques. En effet, nous avons montré que la transition de signature peut être formalisée par l’espace homogène symétrique du type SO(3,1) x SO(4) quotienté diagonalement par SO(3) (sous groupe distingué commun aux deux groupes SO(3,1) et SO(4)). Ici, ce qui est frappant, c’est que SO(3,1), SO(3) et SO(4) possèdent le même groupe fondamental (Z/2Z). Plus frappant encore : Z/2Z est également le groupe fondamental de l’espace homogène symétrique évoqué plus haut correspondant à l’unification des deux groupes de Lie SO(3,1) et SO(4). Ceci nous conduit naturellement à trouver (par bijection entre groupe fondamental et revêtement universel) le revêtement universel de l’espace homogène symétrique représentant dans notre approche la fluctuation de la signature de la métrique, soit SL(2,C) x SU(2). On le sait, le revêtement universel de SO3, 1) est SL(2, C) tandis que celui de SO(4) est SU(2) x SU(2). Comme SU(2) (qui, en tant que variété, est isomorphe à la sphère S3) est inclus dans SL(2,C), nos résultats suggèrent de considérer S3 comme bord aussi bien de l’espace euclidien que de l’espace-temps.

Vous écrivez :

"Page 191 : « [...] ces mesures convergent toutes vers une densité dite critique dont la valeur est incroyablement proche de 1 [...] » la densité critique de l’univers ne vaut certainement pas 1, il y a confusion ici, avec le paramètre de densité total, qui est un nombre sans dimension égal au rapport de la densité totale sur la densité critique !

Bien entendu, il s’agit bien de la densité totale (en fait, oméga total). Quand nous disons : « toutes ces mesures convergent vers une densité dite »critique« , nous essayons de faire comprendre au lecteur toute l’importance que revêt, à nos yeux, la valeur de la densité totale. Rien de plus (sinon nous n’aurions pas écrit »critique" entre guillemets).

Vous écrivez :

« Page 213 : « Le temps de Planck ! La plus petite fraction de temps que l’on puisse mesurer : 0,000 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000 1 seconde. » Encore une erreur sur la différence entre théorie et observation ou mesure. Le plus petit intervalle de temps que l’on sache actuellement mesuré, avec des horloges atomiques, est de l’ordre de 10-15 secondes. Or le temps de Planck est un concept théorique, qui donne également l’âge de l’univers en deçà duquel la physique actuelle ne sait pas aller, faute de théorie quantique de la gravitation ».

Combien de fois (dans Avant le Big Bang, dans Voyage vers l’Instant zéro, dans Au Commencement du Temps, etc) avons nous répété ce que vous venez d’écrire ! Evidemment que le temps de Planck représente une limite théorique. Mais quand on écrit un livre grand public, on cherche surtout à « sensibiliser le lecteur » à travers des exemples, des mots, des expressions, des métaphores qui lui sont familières.

Vous écrivez :

« Et pour finir en beauté, page 258 : « Lancé le 14 mai 2009, PLANCK poursuit sa mission extraordinaire. Plongé dans le vide et le froid glacial de l’espace, loin de l’influence gravitationnelle de notre planète et du soleil, loin de tout, il a pour mission d’approfondir le travail de COBE et de WMAP. » Visiblement, les auteurs n’ont qu’une notion très vague de ce qu’est la force de gravitation. Car le satellite PLANCK est en orbite autour du point de LagrangeL2, qui n’est pas le moins du monde loin de tout et encore moins loin de l’influence gravitationnelle de la Terre et du Soleil, puisque c’est un point d’équilibre (instable) au sein de ce système gravitationnel à deux corps. »

Je reconnais que l’expression (« loin de l’influence gravitationnelle de la Terre et du Soleil ») est mal choisie. Dans notre esprit, il s’agissait de traduire l’idée du « calme gravitationnel » issu de l’équilibre au point de Lagrange. D’accord. Mais il ne nous semble pas justifié d’en faire, une fois de plus, un argument au service de notre incurie en physique. Quand on écrit un bouquin grand public, on s’autorise des raccourcis qu’on n’emprunterait jamais dans un papier scientifique. Mais il est vrai qu’il aurait été préférable d’écrire : « En équilibre entre les influences gravitationnelles de la Terre et du Soleil » (plutôt que « loin de... »).

Ceci étant posé, je continue de penser que, globalement, votre critique ne correspond pas à la réalité. Que vous n’aimiez pas notre livre et notre prose, soit. Mais de là à répéter toutes les 3 lignes que nous sommes « nuls en physique », « nuls en maths », « nuls en tout », des « charlatans », des « menteurs », etc, je trouve qu’il y a quelque chose de volontairement méprisant dans vos commentaires.

J’aimerais bien avoir un « feed back » à ce mail, d’une manière ou d’une autre.

Bien cordialement à vous,

Igor Bogdanoff

PS. En cherchant l’adresse à laquelle je pouvais vous faire parvenir ce mail, je viens de découvrir quelque chose qui m’a littéralement stupéfié : vous seriez un grimpeur !

Alors là, pour le coup, je n’en reviens pas !!!

Et du coup, si tu le permets, je vais m’adresser à toi comme je m’adresserais à n’importe quel copain grimpeur. Car je suis sur les blocs depuis de longues d’années. J’ai commencé par faire de la haute montagne (vers l’âge de 16 ans) dans les alpes autrichiennes. J’ai fait pas mal de belles ascensions, en particulier celle de la mythique face nord des Drus (celle de Pierre Allain et Berardini que j’ai autrefois connus et croisés à Bleau).

Par la suite, j’ai laissé tomber la montagne pour me focaliser sur le bloc. Je grimpe donc à Bleau depuis les années 85. Quand je t’ai vu parler du Toit du Cul de Chien, je n’en suis pas revenu : j’ai passé ce toit avant hier (samedi) parce qu’on pensait qu’il allait pleuvoir. Du coup, avec les copains, (ceux avec lesquels je grimpe régulièrement) on s’est retrouvés au Cul de Chien (où ça sèche vite). Et on s’est mis dans le Toit.

J’ai fait pas mal de trucs dans les circuits blancs du Cuvier, d’Apremont, de la Cuisinière, de la Roche aux Sabots, de la Gorge aux Chats, du Canon, etc : la Boucherie, l’Abattoir, Carnazina, La Défroquée, La Joker, La Clé, La Moussette, La Folle, La Tour de Pise, etc. au Cuvier, ou encore Big Boss ou Durox Manie au Rempart. Sans compter Le Mur des Lames à l’Isatis et bien d’autres « amuse blocs ».

Tout ça pour dire que je te parle de grimpeur à grimpeur. Tu sais très bien ce que ça veut dire : on ne peut pas « bidonner » sur une voie ou un bloc. De même, on ne peut pas « bidonner » avec une thèse. Si tu me disais,« j’ai passé La Défroquée avec la méthode du crochet de talon et le grand croisé », j’aurais un gros doute. En deux phrases, je verrais que tu cherches à m’ensabler. En revanche, si tu me disais, « pour sortir La Marie Rose, la meilleure méthode c’est pied gauche en interne sur la marche, pied droit en externe sur le gratton et bossette main droite », je te répondrais : OK, tout y est. Eh bien, c’est la même chose dans ce qu’on a fait en thèses. Je pense qu’il ne te faudrait pas longtemps pour comprendre que (même si on ne connait pas tout) on n’est pas tout à fait les derniers guignols décrits par Riazuelo et al.

Pour le coup, je suis preneur d’une rencontre. Dans un café, un bureau ou au pied de la Marie Rose ! Et j’espère bien te convaincre qu’à défaut d’avoir enchaîné tous les blocs du massif, j’en ai quand même quelques uns dans les doigts (et dans la tête). On ne peut pas tout connaître. Mais je crois maîtriser assez bien les domaines de la thèse sur lesquels, aussi bien en maths qu’en physique théorique, on a tout de même passé dix ans à plancher.

A +

Amicalement,

Igor

 Ma réponse

Bonjour,

Tout d’abord, permettez-moi de vous dire que je suis stupéfait, que surfant sur la vague de popularité qui est la votre en ce moment, vous preniez le temps de répondre à la critique que je fais de votre livre.

Je précise que si je partage le sentiment d’Alain Riazuelo à votre égard, j’ai rédigé mon laïus à propos de votre livre avant de tomber sur sa prose à lui, dont la lecture n’a fait que corroborer la mienne.

Je ne tiens pas à rentrer dans un débat sans fin avec vous, ce dont l’internet fourmille déjà. Voici quelques réponses (en noir) à vos commentaires (en bleu, qui sont reproduits in extenso ci-dessus) ci-après :

Sans entrer dans le détail de ce que vous avez écrit, ici ou là, sur notre itinéraire compliqué, nos vies, les ambitions que vous nous prêtez ou les mobiles que vous nous attribuez, je retiens simplement quelques mots à notre propos : celui de charlatans (qui, à lui seul, a suscité un article entier de votre part en 2005), ceux de « menteurs », « falsificateurs », « pseudo-scientifiques », « manipulateurs » etc. Ces mots là font mal. Ils permettent de faire l’économie de toute explication nuancée, de s’exonérer à bon compte de tout débat ultérieur. Mi – procès, mi verdict, vos articles ne laissent place à aucun doute : ils condamnent.

Oui, je condamne, car exploiter la crédibilité du public avide de connaissances n’est pas fair-play.

Pourtant, quelque chose ne va pas. Le tableau que vous avez esquissé dans votre dernier article sur Le Visage de Dieu ne « colle » pas à la réalité. Pour commencer : pourquoi laisser entendre que Jim Peebles, Bob Wilson et John Mather « ne nous connaissaient pas et qu’ils se sont fait piéger ?  » Sur ce point, je veux simplement dire que nous avons correspondu pendant longtemps avec ces trois chercheurs (aussi bien par mail qu’au cours de nombreuses discussions) et que (contrairement à ce que déclare « Alain r » auquel nous répondrons par un autre article) ces derniers étaient parfaitement informés du contenu du livre (ils l’avaient lu) ainsi, bien sûr, que de son titre. J’ajoute que tous les trois, sans exception, nous ont donnés leur autorisation explicite d’utiliser ce titre. Dans le cas contraire, ils ne se seraient pas privés d’émettre de vigoureuses protestations et / ou des démentis publics. Cela a-t-il été le cas ? A l’évidence non.

Dès lors, pourquoi tenter de faire croire et laisser dire à vos lecteurs que ces éminents scientifiques auraient été abusés ?

Parce que c’est effectivement le cas. J’en avais l’intime conviction en rédigeant mon article, et votre message m’a fait les contacter pour en avoir le cœur net. Voici la réponse de John Mather quand je lui demande s’il a lu votre livre avant d’en écrire la postface : « No I didn’t read the book before I contributed to it. » Voici la réponse de Jim Peebles : « I do not remember stating in my essay that I support the book. I have not even read it.  » Je n’ai pas contacté Robert Wilson, car je n’ai pas trouvé son adresse courriel. Par ailleurs George Smoot que vous associez intimement à votre ouvrage, depuis le titre jusqu’à de nombreuses citations de lui, dénonce dans une interview au Nouvel Observateur du 15 juillet 2010, « l’utilisation de la crédibilité scientifique pour promouvoir des idées spirituelle et religieuses. »

Par ailleurs, vous reprenez la veille lanterne selon laquelle « les Bogdanoff n’entendent rien à la physique, même de base ». Je me demande pourquoi (sauf à vous inscrire de manière servile dans les commentaires de « Alain r ») vous écrivez cela. Car les exemples que vous citez sont loin d’être convaincants. Examinons les calmement dans l’ordre, un par un.

J’écris cela parce que j’en suis convaincu depuis que j’ai lu votre livre !

Vous écrivez :

[1] Les satellites permettant d’observer le rayonnement fossile sont ainsi qualifiés successivement d’« astronomes de métal » et de « prodigieuse machines métaphysiques » (p. 132) ; allez demander aux physiciens qui ont construit le satellite Planck s’ils ont mis de la métaphysique dedans !

Nous avons longuement discuté avec les concepteurs et responsables du satellite Planck. Aucun d’entre eux ne prétend avoir « mis de la métaphysique » dans leur satellite. Mais à l’inverse, aucun d’entre eux n’a été choqué par le fait que nous ayons pu parler de « prodigieuses machines métaphysiques ». En particulier, Jean Michel Lamarre -premier concepteur de Planck et patron de HFI- qui a lu le livre attentivement (et en entier) avant sa publication. Il en connaissait bien sûr le titre. Il a apporté plusieurs corrections au chapitre consacré au satellite Planck (bien entendu, nous avons conservé tous nos échanges mails avec lui). En fin de compte, qu’on le veuille ou non, Planck (comme ses prédécesseurs) suscite bel et bien des questions de type métaphysique. C’est ce que nous avons voulu dire. Il me semble inutile de s’étendre davantage sur ce point.

Le commentaire de Jean-Michel Lamarre à ce sujet est sans équivoque.

Vous écrivez :

[2] Ainsi : (p. 33) « [la force nucléaire forte] est suivie par la force électromagnétique qui est 137 fois plus petite (mais pas 138 ni 135 fois). » Il y a là, confusion entre la notion de force et d’intensité de la force, mais passons. Les frères Bogdanov semblent ignorer que la physique n’est pas une science aussi exacte que les mathématiques, et que la notion d’« entier naturel » est une notion mathématique, mais rarement physique. L’exactitude n’est pas de ce monde, et les physiciens font des mesures, y compris des constantes fondamentales, comme la constante de structure fine dont il est en fait question ici, qui sont entachées d’erreurs. Donc la valeur de cette constante (sans dimensions) ou plutôt de son inverse ne vaut pas 138, ni 136, ni 137, d’ailleurs, puisqu’elle vaut 137,035999679(94) avec une incertitude sur les dernières décimales. Nul besoin d’invoquer quelque chose de « surnaturel » pour expliquer la valeur de cette constante !

Je ne comprends pas les raisons pour lesquelles vous nous faîtes ce procès. Les incertitudes sur les dernières décimales ne changent rien à l’affaire : la valeur de la constante de la structure fine est bien de 1/137 (et non de 1/135). Nous ne sommes pas les premiers (ni les derniers) à nous interroger sur cette question. Nous n’avons jamais associé quoi que soit de « surnaturel » à cette grandeur mais, à l’instar de nombreux physiciens, nous nous interrogeons sur les raisons de la valeur de cette loi fondamentale de la nature. Parmi des dizaines d’exemples, voici ce qu’en pense Max Born (prix Nobel de physique 1954) : « The fact however that alpha has just its value 1/137 is certainly no chance but itself a law of nature. It is clear that the explanation of this number must be the central problem of natural philosophy. »—Max Born, A.I. Miller (2009). Deciphering the Cosmic Number : The Strange Friendship of Wolfgang Pauli and Carl Jung.W.W. Norton & Co. p. 253.

Tout cela me plonge dans un abîme de perplexité. Le numérologie à propos de la valeur des constantes scientifiques n’est, pour moi, que fadaises. S’interroger les conséquences d’une variation de ces constantes, me semble beaucoup plus intéressant que de dire que telle constante vaut environ 1/137, mais attention, pas 1/135, hein ! Ceci étant, pour le coup vous avez bien le droit de l’écrire si cela vous amuse.

Vous écrivez :

Ou encore (p. 164) : « Par quelle étrange coïncidence la taille d’un homme est-elle égale au rayon de la Terre multiplié par celui d’un atome ? Pourquoi, de la même manière, la masse d’un être humain est-elle égale à la masse de la Terre multipliée par la masse d’un atome ? » Là, je ne peux qu’inviter les frères Bogdanov à venir suivre le cours de physique élémentaire que nous dispensons à l’université Paris 7 pour les étudiants en première année : ils apprendraient ainsi que si on multiplie deux masses ensembles, on obtient une masse au carré ; que la multiplication de deux longueurs donne une surface, et non une longueur ! Et que donc des ke sont pas égaux à des kg. Ou des m ne sont pas des m !"

Là encore, franchement, vous nous faîtes un procès injuste. Evidemment que nous savons que tel quel l’énoncé de la phrase que vous cîtez ne tient pas debout. Doit on rappeler (alors que c’est écrit en toutes lettres dans notre livre) que cette citation n’est pas de nous mais a pour auteur le philosophe Jean Guitton ? Cette phrase est issue des dialogues qui ont servi de base à notre livre « Dieu et la Science ». Chacune de nos rencontres, chacune de nos discussions était enregistrée. Il se trouve que Jean Guitton était le co-auteur, avec ses collègues académiciens (Favre, Wolf, Lichnerowicz) d’un ouvrage intitulé « Le Chaos et le Déterminisme ». Ce travail lui avait donné l’occasion de réfléchir sur la problématique du hasard et de la nécessité. La phrase que vous citez a été prononcée « telle quelle » et à voix haute par Guitton : nous l’avons enregistrée et retranscrite intégralement dans « Dieu et la Science » ainsi que dans « Le Visage de Dieu ». A présent, si vous lisez objectivement les commentaires qui suivent cette citation (page 164), vous verrez que nous prenons bien évidemment soin de préciser qu’il s’agit d’une simple métaphore de philosophe et qu’il importe de l’interpréter comme telle : « Avec ses mots bien à lui, dans un souçi plus métaphorique que scientifique au sens strict, Jean Guitton venait de se poser ce soir là une question.. ».etc. On ne peut être plus clair : nous avons simplement voulu retranscrire « l’esprit » de la question posée par Jean Guitton (tout en précisant sans détour qu’il s’agissait d’une métaphore et non d’un énoncé scientifique). Encore une fois, je pense sincèrement que votre reproche n’est pas fondé (sauf à admettre que vous êtes inspiré par d’autres objectifs que celui de critiquer honnêtement notre livre).

Être scientifique ne signifie pas seulement avoir les connaissances qui vont avec, mais c’est aussi faire preuve d’esprit critique. Ce n’est pas parce que Jean Guitton a dit ceci ou cela qu’il faut nécessairement le prendre au pied de la lettre ! Si vous saviez que, telle quelle, cette phrase ne tient pas debout, pourquoi la mentionner ? C’est de la pure malhonnêteté intellectuelle !

Vous écrivez :

Ainsi, p.22, « [...] dans le sillage d’atomes tellement accélérés [...] » : si les Bogdanov avaient ne serait-ce qu’un niveau de deuxième année de licence (bac+2), ils sauraient qu’un atome est électriquement neutre et ne peut donc pas être accéléré ; de surcroît, ce sont des protons (chargés électriquement) qui sont accélérés dans l’accélérateur LHC.

Nous avons passé beaucoup de temps au LHC. Nous y avons vu beaucoup de choses. Discuté avec beaucoup de gens. Nous ne pouvons pas ignorer que, pour l’essentiel, il s’agit d’accélérer des protons dans le LHC. Mais nous n’avons pas oublié, non plus, qu’il est également possible d’accéler des atomes de plomb. Voici un texte (repris sur Wikipedia) et directement issu d’un fascicule du CERN :

« En mode de collision d’ion lourds, la chaîne d’accélération est légèrement différente. Un second accélérateur linéaire, Linac3 accélère des atomes de plomb issus d’une source très pure de 500 kilogrammes. Ces atomes sont partiellement ionisés, ayant perdu jusqu’à 29 électrons (sur les 82 qu’ils comportent au départ). Seuls ceux ionisés 29 fois sont conservés. Ils sont alors accélérés à une énergie de 4,2 MeV par nucléon (soit environ 875 MeV pour le noyau complet) et sont mis en collision avec une feuille de carbone qui leur arrache 25 électrons supplémentaires. Ils passent alors dans un instrument appelé LEIR (pour Low Energy Ion Ring, ou anneau d’ions de basse énergie) où ils sont accélérés à 72 MeV par nucléons. Ils sont ensuite injectés dans le PS (sans passer par le Booster, contrairement aux protons) qui les accélère à 5,9 GeV par nucléons. Une seconde feuille finit d’arracher la totalité des électrons des ions, qui passent dans le SPS qui accélère les noyaux de plomb à 177 GeV par nucléon, avant de les injecter dans le LHC qui leur fait atteindre une énergie de 2,76 TeV par nucléon ».

Justement, ce ne sont pas des atomes (neutres), mais des ions (chargés) qui sont accélérés. On peut tout de même écrire ça dans un livre de vulgarisation, il me semble : le fait de vulgariser n’exclut pas la rigueur !

Vous écrivez :

Page 33, « [...] sans cette forme de radioactivité [la force faible], le soleil ne pourrait pas briller[...] » encore une assertion d’une imprécision de profane, amalgame entre force faible et radioactivité, qui elle n’est pas une force, mais une conséquence de la propriété de certains noyaux atomiques, doublée d’une méconnaissance totale du fonctionnement du soleil, puisque nulle radioactivité en son cœur, mais des réactions de fusion thermonucléaire ; toujours est-il que si les Bogdanov avaient quelques notions de base en astrophysique, ils sauraient que c’est la force de gravitation qui fait briller le soleil, et non la force faible..."

Et là encore, nous pensons que vous nous faîtes un mauvais procès sur la base d’arguments qui ne tiennent pas. Car lorsque nous écrivons « sans cette forme de radioactivité [la force faible], le soleil ne pourrait pas briller », nous ne faisons rien d’autre que répéter une notion de base que vous retrouverez partout (et jusque dans les manuels bac +2, justement). Pour preuve, parmi des centaines d’autres : allez sur la page du CNRS consacrée à la radioactivité et vous y trouverez littéralement la définition suivante :

« L’interaction faible est responsable de la désintégration des neutrons au sein du noyau atomique (radioactivité beta-) ; c’est ce type de réactions (thermonucléaires) qui se produisent au cœur du soleil et lui permettent de briller. » (http://www.cnrs.fr/cnrs-images/phys...)

Effectivement, on trouve cela sur ce site du CNRS. Mais la deuxième partie de l’assertion est fausse : ce n’est pas la radioactivité $\beta^{-}$ qui permet au soleil de briller, mais des réactions de fusion thermonucléaires, qui mettent en jeu surtout la force nucléaire forte et dans une moindre mesure la force faible. Votre formulation (p. 33 : « Et les deux autres [forces] ? On les trouve dans l’infiniment petit : c’est la force faible (sans cette forme de radioactivité, le soleil ne pourrait pas briller) et la force forte (qui « colle » les particules élémentaires à l’intérieur du noyau de l’atome). ») n’est pas correcte, car à vous lire on a l’impression que la force faible est une forme de radioactivité, alors que c’est la radioactivité qui met en jeu la force faible. De surcroît elle assure au lecteur que le principal mécanisme qui fait briller le soleil est la radioactivité ! Ce qui est faux ! Bref, tout cela n’est pas clair du tout. On dirait la copie d’un étudiant qui n’a pas tout compris et recrache des bribes de cours en mettant les mots dans le mauvais ordre !

Dans notre livre, presque mot à mot, nous ne disons rien de plus que ce que dit le CNRS. Et dès lors, encore une fois, votre reproche nous semble injuste et bien mal fondé.

Encore faut-il avoir un regard critique envers ce qu’on lit, que ce soit sur la toile ou dans les livres. Le site du CNRS n’est exempt d’erreur, comme c’est manifestement le cas ici.

Vous écrivez :

Page 125 : « Bien au contraire la première lumière de l’univers [ie le rayonnement fossile micro-onde] est partout. Dans votre jardin et à l’intérieur de votre voiture. » Là encore, la physique n’est pas assimilée : les micro-ondes, celle de votre four homonyme ou celles du rayonnement fossile pénètrent à travers certains matériaux (les aliments), mais sont réfléchies par le métal (essayez donc de mettre un récipient métallique dans votre four micro-onde, pour voir !) ; peu de chance donc, de voir des photons issus du rayonnement fossile à l’intérieur de votre voiture, il vaudra mieux mettre votre détecteur (comme une antenne métallique réflectrice, à l’instar de celle de Penzias et Wilson) à l’extérieur de celle-ci. Pas de bol, l’exemple est mal choisi !

Pourquoi insister ici, une fois de plus, sur l’idée que « nous n’avons pas assimilé la physique » ? L’exemple de la voiture n’est pas plus mal choisi que n’importe quelle autre situation banale que nous aurions pu imaginer (par exemple votre maison, dotée de fenêtres). Il s’agissait de faire comprendre au lecteur que le rayonnement fossile n’est pas « loin dans l’espace », mais baigne l’Univers dans lequel nous nous trouvons (y compris l’intérieur des voitures). Bien sûr que le métal réfléchit les micro ondes : nul besoin de faire appel à de la physique approfondie pour le constater. Mais il n’est pas non plus nécessaire d’être docteur en physique pour savoir que le rayonnent micro onde traverse le verre (et donc les pare brise des voitures). Nous n’avons rien écrit d’insensé en imaginant que des « photons cosmologiques » issus de la première lumière se trouvent aussi à l’intérieur d’une voiture : cette image était destinée à bien faire comprendre au lecteur que le rayonnement fossile est partout (y compris à l’intérieur des voitures où l’on passe désormais le plus clair de son temps).

Je dirais au contraire que les lois physiques qui régissent l’absorption et la réflexion des ondes électromagnétiques par les matériaux en fonction de la longueur d’onde sont loin d’être triviales. Encore une fois, avec un peu de connaissances, on peut éviter de dire des bêtises, à savoir que l’on est baigné d’ondes millimétriques venues du ciel à l’intérieur d’une voiture ou d’une maison. Dans le premier cas, le métal réfléchit les micro-ondes (essayez donc de mettre du métal dans votre four à micro-ondes !), dans le second, les murs les atténuent très fortement.

Si Penzias et Wilson avait mis leur antenne dans leur salon, je doute qu’ils aient découvert quoi que ce soit !

Vous écrivez :

Page 128, les auteurs attribuent des propriétés « exceptionnelles » à la « lumière » issue du rayonnement fossile, comme celle que pour elle, le temps n’existe pas. En fait c’est vrai pour tous les photons, y compris ceux de votre lampe de poche ou ceux émis par votre téléphone portable ! Rien d’extraordinaire là-dedans...

Et alors ? Nous n’avons jamais dit que le rayonnement fossile était le seul phénomène lumineux à bénéficier des effets relativistes. Page 127 de notre livre nous écrivons ceci : "Comme toutes les lumières qui vous entourent (celle qui jaillit des phares de votre voiture ou de votre lampe de poche), la lumière fossile est la chose la plus rapide de tout l’Univers : 300.000 kms seconde. Or ce record de vitesse débouche sur quelque chose de très surprenant qu’Einstein a été le premier à découvrir : pour la lumière le temps ne passe pas.

On ne peut pas être plus clair : nous généralisons l’idée selon laquelle tous les phénomènes lumineux sont soumis aux effets relativistes : pour eux le temps ne passe pas.

Dès lors...? pourquoi laisser entendre que nous avons commis l’erreur d’en exclure les lampes de poche (alors que nous en parlons précisément 3 lignes plus haut) ? Encore fallait-il lire jusqu’au bout ..

Certes, mais vous commencez par : « Est-ce tout ? Pas encore. Car la première lumière de l’Univers nous réserve une nouvelle surprise. » En gros, la nouvelle surprise c’est que la « première lumière » est de la lumière. Quelle surprise, effectivement !! Une surprise tautologique, en somme...

Vous écrivez :

Page 132, « Depuis notre monde [comprenez : la surface de la Terre !], noyé dans un brouillard perpétuel de poussières et d’ondes en tous genres, il n’est pas possible de vraiment déceler les infimes détails indispensables à de nouvelles découvertes. Pour entrer dans les profondeurs de la première lumière, il va falloir observer de plus loin. Depuis l’espace. » Certes. Mais ce n’est pas parce que « notre monde est un brouillard perpétuel de poussières et d’ondes » — et je me demande ce que cela signifie réellement — que l’on va observer le rayonnement fossile depuis l’espace : c’est surtout parce que les micro-ondes dont il est composé sont absorbées par la vapeur d’eau présente dans l’atmosphère (c’est le principe utilisé par le four à micro-ondes). Mais on ne va pas seulement dans l’espace pour ce faire, on peut aussi aller en altitude, avec des ballons, ou en antarctique, où l’atmosphère est particulièrement sèche.

Nous n’avons jamais écrit que l’espace était le seul moyen de détecter le rayonnement primordial. Nous parlons même des dispositifs terrestres construits en ce sens. Donc...???

Et qu’entendez-vous par ce « brouillard perpétuel de poussières et d’ondes » ? Pour moi, ça n’a ni queue ni tête !

Vous écrivez :

La façon dont ils décrivent les observations du satellite COBE est naïvement enfantine (p. 139-140) : « Que voit-on sur cette image si étrange, cette sorte de sphère aplatie aux pôles ? d’abord un bain de couleur bleu sombre, comme un océan profond qui couvre tout le globe, de l’hémisphère Nord à l’hémisphère Sud. Puis distribuées çà et là, des taches. Elles s’étirent comme des continents et des îles de différentes couleurs allant du bleu ciel au rouge en passant par le violet. » Pourquoi pas. Si encore par la suite ils expliquaient qu’il s’agit en fait d’une carte projetée de tout le ciel (et non de la Terre), montrant les infirmes variations de températures du rayonnement fossile en fausses couleurs (bleu pour plus froid, rouge pour plus chaud). Et si les illustrateurs de la NASA avaient choisi de coder ces différences de température, non en bleu et rouge, mais en noir et blanc, la description des Bogdanov serait tombée à l’eau, pour ainsi dire !!

Décidément, la première partie de votre critique confine à l’aberration. Comment pouvez-vous sérieusement sous-entendre que la carte dont nous parlons est projetée sur la Terre et non pas sur le ciel tout entier ? Alors que c’est le sujet unique de notre livre ?

Parce que j’essaye de me mettre à la place de votre lecteur, que vous prenez pour un âne en lui sortant des aberrations en physique élémentaire, mais que vous supposez d’une part qu’il a la carte du CMB dans la tête, et d’autre part qu’il comprenne votre vision « poétique » de la chose : vous parlez de continents, d’océans, d’îles, au sens métaphorique, certes, mais sans jamais préciser qu’il s’agit d’une carte du ciel (rien ne le précise sur les pages 139 et 140). Mais peu importe, ce n’est pas très grave, en fin de compte.

Vous écrivez :

Page 148 : « Tel est l’écart inconcevablement faible que WMAP parvient à déceler : un cent millième de degré ! » Et là, les auteurs ont mal lu le site de la NASA auquel ils se réfèrent si souvent comme dans l’espoir d’en tirer quelque crédibilité, car le satellite WMAP est dix fois plus sensible que COBE, qui pouvait déjà distinguer des variations de température de un cent millième de degré. On parle alors du millionième de degré !

Ici, erreur de votre part : WMAP n’est pas dix fois mais trente fois plus sensible que COBE. Par ailleurs, deux lignes avant celle que vous incriminez, nous écrivions, à propos de la « carte » cosmologique établie par WMAP : « ...les taches vert et bleu deux cent millièmes de degrés plus froides ». En fait, WMAP est théoriquement capable d’enregistrer des écarts de température de l’ordre du cent millième de degré. Quant à connaître plus exactement le gain de résolution entre COBE et PLANCK, le mieux est encore de laisser la parole à Jean-Michel Lamarre (à l’origine de Planck, aujourd’hui responsable de l’instrument HFI et membre du Planck team) :

« Mille fois plus sensible que COBE et 30 fois plus que WMAP, Planck produit des cartes avec une bien meilleure résolution angulaire (10 fois plus de pixels) et avec moins de bruit (pour une photo, on dirait moins de grain). Cela nous permettra de mettre à l’épreuve les théories multiples qui subsistent dans le domaine de la formation et de l’évolution de l’univers. Nous avons pris un soin particulier pour éviter les effets parasites qui pourraient perturber l’interprétation des données. »

Nous avons publié ce texte de JM Lamarre à la page 160 de notre livre. Sans entrer dans des polémiques inutiles sur le pouvoir séparateur des uns et des autres, tout le monde est à peu près d’accord pour dire que COBE et WMAP travaillaient au cent millième et Planck au millionième. D’ailleurs, dans son discours du 28 Novembre 2006, E.Brezin, président de l’Académie des Sciences, écrit ceci à propos de WMAP : « Le prix Nobel de physique 2006 a été attribué à l’équipe à l’origine du satellite COBE, qui fuit suivi par de WMAP, qui ont mesuré les petites fluctuations de la température de ce corps noir (de l’ordre du cent millième de degré !) dans différentes directions. »

Brezin parle bien (comme tout le monde) d’une précision de l’ordre du cent millième de degrés pour WMAP (et non du millionième de degrés).

www.academie-sciences.fr/.../seance...

Voir ici : http://map.gsfc.nasa.gov/mission/in... où l’on peut lire : « Measuring the temperature of the microwave sky to an accuracy of one millionth of a degree requires careful attention to possible sources of systematic errors ».

Vous écrivez :

« Pages 189 et 190 on a droit à l’amalgame entre topologie et géométrie de l’univers. Ce qui montre que non seulement nos docteurs en physique théorique et en mathématiques ont des lacunes en physique de base, mais également en mathématiques. La topologie s’intéresse à la forme globale de l’univers (le coup du simplement connexe), la géométrie à sa forme locale, c’est-à-dire à sa courbure. Le texte est ici confus, le lecteur ne sait pas trop où il va, probablement à l’instar des auteurs. On re-enfonce un peu le clou plus loin, p. 196. On parle d’univers sphérique pour évoquer une courbure (locale) positive, tandis que l’on parle d’univers torique pour évoquer sa topologie, donc sa forme globale. Avec, à la clef, une subtile digression sur la conjecture de Poincaré, avec laquelle ils en déduisent (« nous pensons que ») que l’univers est sphérique, en contradiction avec les observations, qui pencheraient plutôt pour un genre de ballon de foot — mais pas un ballon sphérique comme celui des Bogdanov ! »

Si vous avez bien lu ce que nous écrivons dans notre livre, nous établissons sans ambiguité la distinction entre topologie et géométrie de l’espace physique à trois dimensions (et non pas « de l’Univers », comme vous l’écrivez un peu trop rapidement). Nos recherche en thèse nous ont conduit à proposer que l’espace tridimensionnel puisse être vu comme une sphère S3, ce qui, en effet, n’a rien à voir avec le dodécaédron proposé par Luminet et al. Au passage, le modèle dodécaédrique (progressivement disqualifié par les observations) ne nous a jamais semblé représenter la bonne topologie et nous le disons assez clairement depuis des années. Enfin, encore un mot, puisque vous parlez de mathématiques. Notre choix s’est porté vers S3 non pas « comme ça » mais pour des raisons profondes, qui découlent de notre hypothèse de fluctuation de la signature de la métrique à l’échelle de Planck. Comme vous le savez peut-être, notre idée est qu’il pourrait exister, à cette échelle, une déformation de la signature, du type (3, 1) / (4, 0). Ceci suggère que le groupe de symétrie (non compact) décrivant les isométries de la métrique de l’espace-temps (le groupe de Lorentz) pourrait être déformé en un groupe compact (le groupe Euclidien SO(4)). Partant de là, et à supposer qu’il soit raisonnable d’envisager que des contraintes quantiques puissent s’exercer sur la métrique à l’échelle de Planck, nous avons introduit l’hypothèse d’une fluctuation de la signature à cette échelle entre la forme Lorentzienne et la forme Euclidienne. Pour la décrire, nous avons privilégié le formalisme des groupes quantiques. Toutefois, une autre description existe en terme de groupes classiques. En effet, nous avons montré que la transition de signature peut être formalisée par l’espace homogène symétrique du type SO(3,1) x SO(4) quotienté diagonalement par SO(3) (sous groupe distingué commun aux deux groupes SO(3,1) et SO(4)). Ici, ce qui est frappant, c’est que SO(3,1), SO(3) et SO(4) possèdent le même groupe fondamental (Z/2Z). Plus frappant encore : Z/2Z est également le groupe fondamental de l’espace homogène symétrique évoqué plus haut correspondant à l’unification des deux groupes de Lie SO(3,1) et SO(4). Ceci nous conduit naturellement à trouver (par bijection entre groupe fondamental et revêtement universel) le revêtement universel de l’espace homogène symétrique représentant dans notre approche la fluctuation de la signature de la métrique, soit SL(2,C) x SU(2). On le sait, le revêtement universel de SO3, 1) est SL(2, C) tandis que celui de SO(4) est SU(2) x SU(2). Comme SU(2) (qui, en tant que variété, est isomorphe à la sphère S3) est inclus dans SL(2,C), nos résultats suggèrent de considérer S3 comme bord aussi bien de l’espace euclidien que de l’espace-temps.

Là, pour le coup, vous pouvez bien écrire ce que vous voulez, je ne connais pas suffisamment la théorie des groupes pour m’aventurer sur ce terrain.

Vous écrivez :

"Page 191 : « [...] ces mesures convergent toutes vers une densité dite critique dont la valeur est incroyablement proche de 1 [...] » la densité critique de l’univers ne vaut certainement pas 1, il y a confusion ici, avec le paramètre de densité total, qui est un nombre sans dimension égal au rapport de la densité totale sur la densité critique !

Bien entendu, il s’agit bien de la densité totale (en fait, oméga total). Quand nous disons : « toutes ces mesures convergent vers une densité dite »critique« , nous essayons de faire comprendre au lecteur toute l’importance que revêt, à nos yeux, la valeur de la densité totale. Rien de plus (sinon nous n’aurions pas écrit »critique" entre guillemets).

Votre assertion est mal tournée, ce n’est donc pas clair : la densité critique ne vaut pas 1 comme le sous-entend votre phrase, c’est le rapport de la densité totale sur la densité critique qui vaut 1.

Vous écrivez :

« Page 213 : « Le temps de Planck ! La plus petite fraction de temps que l’on puisse mesurer : 0,000 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000 1 seconde. » Encore une erreur sur la différence entre théorie et observation ou mesure. Le plus petit intervalle de temps que l’on sache actuellement mesuré, avec des horloges atomiques, est de l’ordre de 10-15 secondes. Or le temps de Planck est un concept théorique, qui donne également l’âge de l’univers en deçà duquel la physique actuelle ne sait pas aller, faute de théorie quantique de la gravitation ».

Combien de fois (dans Avant le Big Bang, dans Voyage vers l’Instant zéro, dans Au Commencement du Temps, etc) avons nous répété ce que vous venez d’écrire ! Evidemment que le temps de Planck représente une limite théorique. Mais quand on écrit un livre grand public, on cherche surtout à « sensibiliser le lecteur » à travers des exemples, des mots, des expressions, des métaphores qui lui sont familières.

Non, je suis désolé, mais un livre de vulgarisation n’est pas là pour berner ses lecteurs, mais bel et bien pour le cultiver. Le verbe « mesurer » est ici fort mal choisi, vous en convenez, inutile donc de chercher à vous justifier sous prétexte que le lecteur, de toute façon, n’y comprendra rien !

Vous écrivez :

« Et pour finir en beauté, page 258 : « Lancé le 14 mai 2009, PLANCK poursuit sa mission extraordinaire. Plongé dans le vide et le froid glacial de l’espace, loin de l’influence gravitationnelle de notre planète et du soleil, loin de tout, il a pour mission d’approfondir le travail de COBE et de WMAP. » Visiblement, les auteurs n’ont qu’une notion très vague de ce qu’est la force de gravitation. Car le satellite PLANCK est en orbite autour du point de LagrangeL2, qui n’est pas le moins du monde loin de tout et encore moins loin de l’influence gravitationnelle de la Terre et du Soleil, puisque c’est un point d’équilibre (instable) au sein de ce système gravitationnel à deux corps. »

Je reconnais que l’expression (« loin de l’influence gravitationnelle de la Terre et du Soleil ») est mal choisie. Dans notre esprit, il s’agissait de traduire l’idée du « calme gravitationnel » issu de l’équilibre au point de Lagrange. D’accord. Mais il ne nous semble pas justifié d’en faire, une fois de plus, un argument au service de notre incurie en physique. Quand on écrit un bouquin grand public, on s’autorise des raccourcis qu’on n’emprunterait jamais dans un papier scientifique. Mais il est vrai qu’il aurait été préférable d’écrire : « En équilibre entre les influences gravitationnelles de la Terre et du Soleil » (plutôt que « loin de... »).

Et bien visiblement votre main ne traduit pas par les mots ce que pense votre esprit ! Là, encore je ne suis pas d’accord : vous semblez prendre les lecteurs de votre livre (ou de livres de vulgarisation de manière générale) pour des imbéciles, et vous avez tord. Un livre de vulgarisation, encore une fois, est là pour cultiver le lecteur, pas pour le tromper ! Lecteur, qui en lisant ces lignes, croira forcément que le satellite Planck se trouve au-delà de notre Système Solaire, « loin de l’influence du Soleil », alors qu’en réalité, il tourne autour de notre étoile, complètement sous l’influence de son attraction gravitationnelle !

Ceci étant posé, je continue de penser que, globalement, votre critique ne correspond pas à la réalité. Que vous n’aimiez pas notre livre et notre prose, soit. Mais de là à répéter toutes les 3 lignes que nous sommes « nuls en physique », « nuls en maths », « nuls en tout », des « charlatans », des « menteurs », etc, je trouve qu’il y a quelque chose de volontairement méprisant dans vos commentaires.

Oui, parce qu’à travers votre livre vous méprisez la science (en lui associant métaphysique et bondieuseries), vous méprisez même vos lecteurs, preuve en est tout au long de ce commentaire que vous me faites.

À lire ce que vous écrivez, je crois en effet que vous ne comprenez pas tout ce que vous racontez. En revanche, je n’ai jamais dis que vous étiez « nuls en tout », je reconnais même que vous racontez bien les histoires. Vous savez, ce n’est pas un drame de ne pas comprendre certains concepts en physique, ce qui est dramatique, c’est de profiter de votre notoriété pour faire croire aux gens que les histoires que vous racontez sont toutes gravées dans le marbre.

D’ailleurs, pourquoi ne pas vous cantonner à raconter de belles histoires poétiques et métaphysiques si vous le souhaitez ? Pourquoi vouloir absolument raconter des histoires enrobées de pseudo-physique ?

J’aimerais bien avoir un « feed back » à ce mail, d’une manière ou d’une autre.

Le voici !

PS. En cherchant l’adresse à laquelle je pouvais vous faire parvenir ce mail, je viens de découvrir quelque chose qui m’a littéralement stupéfié : vous seriez un grimpeur !

Alors là, pour le coup, je n’en reviens pas !!!

Et du coup, si tu le permets, je vais m’adresser à toi comme je m’adresserais à n’importe quel copain grimpeur. Car je suis sur les blocs depuis de longues d’années. J’ai commencé par faire de la haute montagne (vers l’âge de 16 ans) dans les alpes autrichiennes. J’ai fait pas mal de belles ascensions, en particulier celle de la mythique face nord des Drus (celle de Pierre Allain et Berardini que j’ai autrefois connus et croisés à Bleau).

Par la suite, j’ai laissé tomber la montagne pour me focaliser sur le bloc. Je grimpe donc à Bleau depuis les années 85. Quand je t’ai vu parler du Toit du Cul de Chien, je n’en suis pas revenu : j’ai passé ce toit avant hier (samedi) parce qu’on pensait qu’il allait pleuvoir. Du coup, avec les copains, (ceux avec lesquels je grimpe régulièrement) on s’est retrouvés au Cul de Chien (où ça sèche vite). Et on s’est mis dans le Toit.

J’ai fait pas mal de trucs dans les circuits blancs du Cuvier, d’Apremont, de la Cuisinière, de la Roche aux Sabots, de la Gorge aux Chats, du Canon, etc : la Boucherie, l’Abattoir, Carnazina, La Défroquée, La Joker, La Clé, La Moussette, La Folle, La Tour de Pise, etc. au Cuvier, ou encore Big Boss ou Durox Manie au Rempart. Sans compter Le Mur des Lames à l’Isatis et bien d’autres « amuse blocs ».

Je vous remercie pour me faire part de vos réalisations en escalade, je n’en demandais pas tant. Votre parcours de grimpeur est donc d’un autre niveau que le mien, je me cantonne, quant à moi, aux rochers bleus, en tâtant à l’occasion quelques rouges. Donc bien loin des blocs que vous citez ! Quant à la voie Pierre Allain aux Drus, je n’ai jamais fait, elle est encore au-dessus de mon niveau.

Tout ça pour dire que je te parle de grimpeur à grimpeur. Tu sais très bien ce que ça veut dire : on ne peut pas « bidonner » sur une voie ou un bloc. De même, on ne peut pas « bidonner » avec une thèse. Si tu me disais,« j’ai passé La Défroquée avec la méthode du crochet de talon et le grand croisé », j’aurais un gros doute. En deux phrases, je verrais que tu cherches à m’ensabler. En revanche, si tu me disais, « pour sortir La Marie Rose, la meilleure méthode c’est pied gauche en interne sur la marche, pied droit en externe sur le gratton et bossette main droite », je te répondrais : OK, tout y est. Eh bien, c’est la même chose dans ce qu’on a fait en thèses. Je pense qu’il ne te faudrait pas longtemps pour comprendre que (même si on ne connait pas tout) on n’est pas tout à fait les derniers guignols décrits par Riazuelo et al.

Justement, pour reprendre votre analogie avec l’escalade, ce que j’ai pu lire dans votre livre et les extraits que je cite en les commentant dans les notes de mon article, me font exactement cette impression : « j’ai passé La Défroquée avec la méthode du crochet de talon et le grand croisé. » Ça me laisse un gros gros doute sur vos compétences en physique !

Mais en ce qui me concerne, cela ne me dérange pas plus que ça. Ce qui me gêne profondément, en revanche, c’est que vous écriviez un livre de vulgarisation de la physique avec des choses fausses ou trop approximatives, en enrobant le tout dans un vieux mélange de métaphysique et de religion qui dénature complètement la science. Qui n’a vraiment pas besoin de ça ces temps-ci.

Vous vous justifiez en disant que le sens de vos propos est « métaphorique » ; certes les métaphores sont utiles en vulgarisation, mais quand elles sont complétement fausses, pour moi, c’est de la malhonnêteté. Ou bien alors écrivez plutôt un bouquin de poésie, et dans ce cas vous aurez le droit d’écrire des choses comme : « la Terre est bleue comme une orange » ; mais Paul Éluard n’a jamais eu la prétention de vulgariser la science en écrivant cela !

Pour le coup, je suis preneur d’une rencontre. Dans un café, un bureau ou au pied de la Marie Rose ! Et j’espère bien te convaincre qu’à défaut d’avoir enchaîné tous les blocs du massif, j’en ai quand même quelques uns dans les doigts (et dans la tête). On ne peut pas tout connaître. Mais je crois maîtriser assez bien les domaines de la thèse sur lesquels, aussi bien en maths qu’en physique théorique, on a tout de même passé dix ans à plancher.

Je ne parle pas, dans mon article, de votre thèse. Je ne suis pas physicien théoricien, je suis donc incompétent pour en juger et laisse ce travail aux physiciens qui en sont capables. Je m’en tiens à votre livre de vulgarisation que je persiste à prétendre malhonnête envers vos lecteurs.

Bien cordialement,

Guillaume Blanc


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