Les tribulations d’un astronome

Grève...

mercredi 28 janvier 2009 par Guillaume Blanc

Pour la première fois de ma vie j’ai voté pour une grève. Pour la grève. Les enseignant-chercheurs sont plutôt des rebelles inactifs voire molassons, moi le premier. Je n’ai pas compris la grève contre le CPE il y a deux ans, ni celle contre la loi LRU il y a un an... Maintenant on paye l’application de cette dernière.

Le gouvernement en veut au statut des enseignant-chercheurs. Il veut nous monter les uns contre les autres, il veut réduire les dépenses universitaires et le nombre de postes en instaurant une modulation des services. Untel « A » fait de la « bonne » recherche (encore faut-il savoir comment quantifier ça !) et se voir ainsi gratifier d’une décharge en enseignement. Quant à Untel « B » qui publie moins de papiers (parce que c’est ça, juger une recherche, c’est compter le nombre de papiers publiés, indépendamment de leur qualité), il va récupérer les heures d’enseignement de « A, » en plus de son propre service. Le tout avec une prime en monnaie sonnante et trébuchante pour « A » et des clopinettes pour « B. » Enseigner, c’est la punition. Ceci étant, chercher aussi. Parce que dans la course prévisible à la quantité (de publications), la qualité risque d’en prendre un sacré coup, et la spirale de se révéler infernale... Amertume prévisible dans les couloirs (pourquoi lui, pourquoi pas moi...)... Et puis l’enseignant-chercheur reclus dans un service démesuré d’enseignement, ne pourra plus en sortir puisque ne faisant plus de recherche, avec une carrière évaluée uniquement sur des critères de production scientifique ! Voie sans-issue.

Or l’enseignant-chercheur croule déjà sous l’enseignement. 192h par an depuis 1984. Ça peut paraitre dérisoire : ça représente 16 heures d’enseignement par semaine pendant un semestre (12 semaines). Pendant ces 12 semaines, impossible de faire autre chose, seulement enseigner et préparer ses enseignements. Mr enseignant enseigne, Dr chercheur est en stand-by. Il patiente. Il ne peut même pas aller aux séminaires et autres réunions qui pourraient éventuellement lui maintenir vaguement la tête dans le bain de la recherche. La recherche avance sans lui. Certes l’enseignant-chercheur dispose d’un semestre entier pour se remettre (enfin !) à flot et mener à bien ses recherches. Certes... Est-ce bien suffisant dans un monde où tout est très pointu et où la connaissance avance à grande vitesse ?

En fait non. Les enseignant-chercheurs qui publient et font véritablement de la recherche, une recherche de qualité, ce sont ceux qui vivent un sacerdoce : pas de vacances, pas de week-end... Noooooon ! Au secours ! Pas çaaaaaa !

J’adore mon métier, j’adore enseigner, même si parfois corriger des dizaines de copies qui ressemblent à des torchons et mettre au final 2/20, ce n’est pas une partie de plaisir. Même si parfois j’aimerais quand même faire un peu plus de recherche. Mais expliquer la physique aux étudiants, raconter comment ça marche, parler des dernières découvertes à une poignée d’étudiants motivés, quel bonheur ! En plus en enseignant on apprend toujours une foultitude de choses. Mais c’est aussi la combinaison des deux, enseignement avec recherche qui fait la richesse de ce métier. Sauf que l’enseignant, par devoir, prend nécessairement le pas sur le chercheur, au grand dam de ce dernier.

L’enseignant-chercheur se fait marcher sur les pieds depuis des décennies. Il y a longtemps, très longtemps, sa charge d’enseignement était de 80 heures par an. Puis 120 heures par an. C’était encore supportable et permettait alors de mener une recherche de qualité en parallèle. Depuis près de 25 ans, les enseignants-chercheurs sont à 192 heures par an... Et je ne vous parle même pas des salaires qui sont soi-disant équivalents à nos collègues du CNRS à ancienneté égale... Soi-disant... Ils ont acceptés tout ça sans moufter.

Jusque-là. Parce que trop c’est trop. Il faudrait moins d’heures d’enseignement pour se consacrer plus à la recherche, on nous en donne plus... Si la réforme du statut des enseignant-chercheurs devient opérante, c’est toute l’université qui va s’effondrer sur elle-même comme un frêle château de cartes. Dèjà que les murs se lézardent depuis un temps certain !

Lire Manuel de destruction culturelle, chapitre 1 : l’université par Pierre Jourde.

Pourtant, j’avais mis tout mon service d’enseignement au premier semestre. J’ai failli boire la tasse. Mais j’ai surnagé. J’ai passé le mois de janvier à faire des énoncés d’examen, à surveiller des examens, à corriger des tas de copies. C’est bête, on vient de voter la grève des enseignements, et je n’en ai plus à faire... Sauf que cette fois-ci, forcément, je me sens directement concerné. Parce que je veux bien continuer de bosser pour des clopinettes (encore que), mais pitié, je voudrais faire un peu de recherche aussi...

Bon, je vais aussi préparer ma reconversion, hein !


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