Les tribulations d’un astronome

Réunion à Garching

dimanche 12 février 2006 par Guillaume Blanc

Une salle de réunion trapézoïdale, design sobre, moderne, lumineux. Au centre, une table ronde en carré, une soixantaine de personnes, scientifiques et ingénieurs, se font face. Seulement trois femmes dans la noble assemblée : l’astronomie, une science machiste ? Non, pas plus qu’une autre, mais la conception d’instruments astronomiques, peut-être... Une réunion qui va durer un jour et demi pour fixer le design définitif — ou presque — du spectrographe X-Shooter qui ira observer le ciel sur l’un des plus grand télescope du monde, l’un des quatre VLT au Chili. Nous sommes à Garching dans la banlieue de Munich, en rase-campagne. Un complexe de matière grise. Une des plus grande concentration de chercheurs en astronomie/astrophysique au monde. Et le quartier général de l’ESO — European Southern Observatory —, organisation européenne qui gère une flopée de télescopes au Chili. Le tout au beau milieu de la cambrousse bavaroise, bien loin des bars à bière. Ne pas distraire le scientifique de ses objectifs !

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Salle de réunion

Dehors, il neige !

Pour arriver au complexe scientifique depuis l’hôtel, proche du centre de Garching, nous avons traversé la rase-campagne, recouverte d’un pudique blanc manteau, à pieds. Vingt minutes de marche matinale. L’hôtel. Classe. Grande chambre couleur fuchsia. Un frigo ronronne un peu trop fort dans un coin : le deuxième soir, je le débranche, le sauvage ! Douche froide le premier matin. Je n’y croyais pas ! J’ai attendu attendu, laissé coulé le précieux liquide, rien n’y fit, j’ai dû me rendre à l’évidence, et j’ai pris ma douche froide. Ça m’a réveillé, pour la peine ! L’hôtel avait ainsi perdu ses étoiles, mais qu’il a regagné peu après avec le p’tit dèj’, somptueux, délicieux, abondant, tout y était. Pas le temps ni l’appétit pour goûter à tout.

Une personne sur trois tapote sur son portable. Salle moderne, des prises de courant partout, l’atmosphère est baignée de wifi. Je n’ai pas apporté mon portable, trop vieux pour supporter un tel voyage, pas équipé pour de telles modernités, mais je zieute de temps à autre sur celui de mon voisin et collègue. Passer le temps.

Dehors il neige, tranquillement.

FDR — « Final Design Review ». L’ESO adore les acronymes. Moi je m’y perds. Après la PDR, nous voici en FDR, pour que le Board, constitué de chercheurs de l’ESO, statue, à partir des RD et de leurs auteurs sur l’avenir du projet, qui ira équiper l’une des UT du VLT, au PAO... Chaque phrase dans chaque document contient au moins deux acronymes. D’ailleurs chacun d’entre nous ici présent, sommes également affublés de notre acronyme. En trois lettres. Moi c’est GBL. Guillaume BLogueur. Donc, d’un côté le Board, sorte de jury, qui posent des questions sur le travail de ceux qui conçoivent l’instrument, des italiens, des danois, des hollandais et des français. L’ESO est donc là pour veiller au grain, s’assurer que les spécifications sont appliquées et applicables, etc, etc...

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Ça tourne rond

La première journée est intense : 9h-18h, mais parfaitement minutée : pas de dépassement. Deux pauses cafés, le matin et l’après-midi, d’une demi-heure, une autre, d’une heure pour déjeuner. Pour ne pas perdre de temps, l’ESO a tout prévu : un buffet sur place ! On mange dans la salle de réunion ! Et quel buffet, que des bonnes choses — pas de saucisse ! —, à se faire péter la panse. C’est à ça qu’on voit que nous sommes à l’ESO, et pas dans un pauvre observatoire de province en France ou en Italie (ni en Allemagne !). Aux pauses cafés, de nombreuses boissons proposées, des petits gâteaux... La richesse transpire. C’est beau l’Europe...

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Buffet

Moi je suis là en touriste, je n’ai pas encore eu le temps de m’impliquer pleinement dans le projet. La plupart des discussions me passent largement au-dessus de la tête. Seule celle qui concerne le DRS (Data Reduction Software, le logiciel de réduction des données, spectres, issues du spectrographe), ce sur quoi je suis censé travailler, me permet de me raccrocher vaguement à quelque chose. Je pense à la quantité de gaz carbonique que cet aller-retour en avion a généré. Pour rien. Ou si peu. Les astronomes s’en foutent... Bon, c’est vrai, c’est toujours intéressant de voir comment ça se passe, avec qui on travaille. Et puis cette petite escapade bavaroise m’a permit de revoir une collègue française qui bosse sur le projet là-bas, un collègue italien qui fait parti du Board, et d’autres qui sont dans ce complexe de matière grise astronomique...

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