Les tribulations d’un astronome

Car couchette

lundi 23 janvier 2006 par Guillaume Blanc

J’en suis à mon quatrième car-couchette : je suis en train de devenir un vieux de la vieille ou un vrai parigo montagnard. Au choix. Vendredi soir, départ pour le Chablais, le massif qui se trouve au nord est de la Haute-Savoie. Je partais faire un stage du Club Alpin Français en cartographie-orientation pour le ski de rando. Comme la semaine précédente, dans un précédent car, j’avais expérimenté une couchette supérieure, et plutôt vers l’arrière, et que je n’avais pas très bien dormi, je décidai de m’y prendre autrement cette fois-ci. Ainsi, au lieu de faire le pied de grue à papoter sur le trottoir avec le petit sac plastique contenant mes affaires pour la nuit dans le car à la main pendant que tout le monde se rue sur les places, j’allai tout de suite me réserver une place. Ce sera à l’avant, en bas, à droite, côté fenêtre. Na. Et puis je m’en retournai papoter sur le trottoir.

Je dormis super bien. Faut dire que j’avais bien préparé mon coup : un car-couchette le week-end précédent pas tout à fait récupéré ce vendredi-là, d’où une certaine fatigue accumulée déjà au départ. Et puis cette place choisie de mon plein gré. Et enfin, un bandeau pour les yeux me protégeant des lampadaires bordant le bord des routes et dont la lumière crue ne manque jamais de flasher à travers des rideaux mal aboutés et, somme toute, peu épais. Sans oublier les indispensables boules quiès. Tout ça jusqu’à 4h20.

Un car-couchette contient un certain nombre de groupes qui ne vont pas tous descendre au même endroit. Des arrêts s’échelonnent ainsi, en fonction des courses prévues par les uns et les autres, dans le massif, jusqu’au terminus. Cette fois-ci je faisais partie de la première dépose.

J’étais parti dans un sommeil réparateur, quand je me réveillai subitement. Le car était à l’arrêt, dehors, la nuit, et j’ai aperçu du coin de l’œil deux personnes de mon groupe qui descendirent en silence. Oups ? Mon cerveau ne fit qu’un tour, nous étions au premier arrêt, et j’étais carrément à la bourre pour me préparer. Vite ! Je sortis de mon duvet, je sautai dans mon pantalon de ski - enfin « sauter » est un bien grand mot, vue l’exiguïté de l’espace que je possède pour l’enfiler -, rassemblai mon fatras, tentai désespérément — et sans succès — de faire rentrer mon sac de couchage dans sa housse, et finalement, essayai de m’extirper de ma couchette. Sans réveiller mon voisin ! Impossible, de passer par dessus, y’a pas la place. Au niveau des pieds, non plus. Restait un espace entre sa tête et celle du suivant. Je parti la tête la première dans une sortie digne d’un contorsionniste, me rattrapant ça et là, et finissant par un roulé-boulé au milieu de l’allée centrale, dans le silencieux ronronnement de la nuit. À mon avis, j’ai dû les réveiller tous les deux, mes voisins, en fait. Ils n’ont rien dit. Bon. Je me rembraillai, enfilai mes baskets, casai le sac dans le compartiment bagages pour le retour, et allai faire un tour dehors : la porte du car était ouverte.

Personne. Étrange. Je dirais même plus : bizarre ! Une atmosphère d’abandon environnait ce car pourtant rempli de dormeurs. Le froid un peu vif eu tôt fait de me remettre les idées en place : on était seulement arrêté sur une aire d’autoroute... Mais quelle heure était-il donc ? Jusque-là l’idée de regarder ma montre ne m’avait même pas effleuré. 4h20. 4h20 ! Merde. Quel con. Ce n’était qu’un arrêt pour les chauffeurs. Bon. Ça me fit marrer. Je me marrais tout seul, comme un con, dans la nuit. Ça me rappela la fois où j’ai voulu prendre le bus au milieu de la nuit à Aix, alors que je débutais ma vie d’étudiant ; sauf que cette fois-là, je n’avais pas rigolé... J’en profitai pour aller pisser et croisai ainsi les deux larrons qui étaient descendus me faisant croire que tout le groupe s’était fait la malle ! Pffff... J’vous jure !

Je retournai me coucher, en essayant de ne pas trop déranger mes voisins en réintégrant ma couchette. J’ai eu la flemme de me re-déshabiller. Tant pis, je finirais la nuit comme ça. Il ne restait qu’un peu moins de deux heures à dormir. Avant le premier arrêt ! Un premier arrêt qui a dû réveiller tout le car, et durer tellement longtemps que même les moins rapides et les plus endormis du groupe ont pu descendre à temps. Si j’avais su...

Comme quoi, je reste un p’tit bleu en matière de car-couchette !


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