Les tribulations d’un astronome

Regards vers le futur

vendredi 3 novembre 2006 par Guillaume Blanc

Je suis d’un naturel optimiste (mais non, l’Homme n’est pas aussi mauvais qu’il en a l’air), mais j’ai parfois des poussées de noir pessimisme. La dernière en date nacquit à la lecture d’un entrefilet dans le dernier numéro de La Recherche (novembre 2006), disant que la quantité de méthane émis par les lacs et marais des hautes latitudes (Grand Nord Canadien, Sibérie, Europe du nord, etc) a été sous-estimé. Et devrait s’accélérer avec le réchauffement et la fonte attendue du permafrost, cette couche de terre continument gelée.

Quand on sait que le méthane a un pouvoir d’effet de serre vingt-trois fois (en masse) supérieur au gaz carbonique, des heures chaudes à très chaudes sont à craindre dans le futur...

Le futur...

Peut-être qu’une planète comme la Terre n’est pas faite pour être « vivable » ad vitam æternam. Parce que je le vois bien, là, tout de suite, le destin de notre belle planète.

Vous connaissez Vénus ? Également connue sous l’appellation « étoile du Berger ». Et ce n’est pas un scoop, je ne vous apprendrais rien en vous révélant que ce n’est pas une étoile, mais bel et bien une planète. Une planète d’une taille sensiblement égale à celle de la Terre, dont l’orbite est à peu près une fois et demi plus proche du Soleil que la Terre. Cette planète qui illumine nombre de ciels crépusculaires, tête d’épingle aux mille reflets, sur fond d’ultimes lueurs solaires aux couleurs rougeoyantes, doit son nom à cette brillance, beauté fatale. Le tableau a saisi les anciens, qui l’ont tout de go nommée Vénus. Du nom de la déesse de l’amour et de la beauté.

Et pourtant, et pourtant, s’ils avaient su... Vénus cache en fait une excellente représentation de l’enfer sous un voile pudique. Elle est recouverte d’une épaisse couche nuageuse qui empêche de voir directement sa surface. Surface à laquelle il règne une pression de quatre-vingt dix atmosphères, comme celle qui comprime un bathyscaphe au fond des océans terrestres, à un kilomètre de la surface. Atmosphère irrespirable, puisque essentiellement composée de dioxyde de carbone (à 96 %), ce fameux gaz carbonique qui nous cause pas mal de soucis à nous autres terriens, ces temps-ci. Les nuages ne sont pas composés d’eau, comme sur Terre, mais d’acide sulfurique : gare à la pluie ! Cette atmosphère particulièrement dense produit un puissant effet de serre [1], qui maintient une température élevée, constante sur toute la surface de la planète du fait d’importants mouvements de la masse de gaz, de l’ordre de 460 degrés Celsius. Cette température infernale a néanmoins un effet bénéfique : les pluies d’acide sulfurique s’évaporent avant de toucher le sol. Donc les Vénusiens, s’ils ont très chaud, ne ressemblent probablement pas à des bouts de gruyère.

Tout comme sur Terre, il y a eu de l’eau autrefois sur Vénus. Mais la chaleur intense a fait s’évaporer les probables océans. Vapeur d’eau, puissant gaz à effet de serre, qui est désormais l’un des principaux acteurs de l’enfer vénusien. On ne sait pas quels sont les facteurs qui ont influencé cette évolution de la sœur jumelle de la Terre vers le côté obscur. Si Vénus avait été un chouïa plus loin du Soleil peut-être aurait-elle abrité la vie ?

À moins que l’état actuel de Vénus ne soit le destin de toute planète de ce style ? Après tout, la Terre, bien qu’abritant la vie (intelligente ?), semble se diriger inexorablement vers un enfer qui aura sûrement peu à envier à sa voisine. Jusque-là l’effet de serre à sa surface permettait un doux équilibre, et surtout, surtout, des températures « vivables ». Sans lui, la Terre serait probablement couverte de glace, avec une température de l’ordre de -100 °C. Mais s’il commence à s’emballer, fragile équilibre rompu par l’activité humaine, il devient une terrible machine : la température augmente, l’eau s’évapore, donc l’effet de serre augmente, etc, etc... Jusqu’à parvenir à l’équilibre vénusien ? Bah, nous ne seront plus là pour en discourir, de toute façon !

[1En fait, sur Vénus, ce n’est pas le dioxyde de carbone qui est responsable de l’effet de serre, car la surface de la planète baigne dans un rayonnement infrarouge, or le gaz carbonique n’est pas un piège efficace à ces longueurs d’onde. Les principaux responsables de l’effet de serre vénusien sont des gaz présents à l’état de traces, comme le dioxyde de souffre et la vapeur d’eau.


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