Les tribulations d’un astronome

Klaxon

vendredi 11 février 2011 par Guillaume Blanc

Mon bureau est au cœur de Paris. Si les fenêtres sont en général très bien isolées, dès qu’un air printanier ou estival se fait sentir, et que l’on souhaite échanger un peu d’air vicié intérieur contre un peu d’air vicié extérieur, nous sommes d’un coup envahi d’un flot de décibels en tout genre.

Les oreilles se retrouvent effectivement alors toutes excitées, et dressées, sous l’assaut d’un flux sonore continue. La ville. Les voitures. À quand la ville sans voitures ? Bref, un bruit de fond omniprésent. On finit par s’en affranchir. Le cerveau éclipse. L’humain s’habitue à beaucoup de choses. Mais parfois (souvent), le niveau sonore augmente d’un coup. Un abruti qui klaxonne... Et ça, ça, même le meilleur double-vitrage ne peut faire pas barrage à l’onde de choc.

Ah... Le klaxon... Mais, franchement, dites-moi, à quoi ça sert, un klaxon, à part vriller mes petites oreilles délicates ? Les miennes et celles de mes concitoyens. Là c’en est un qui abuse de la boîte à bruit parce qu’il est pressé (par définition du parisien), et que quelqu’un ou quelque chose s’est momentanément mis en travers de sa route. Les pires ce sont ceux qui klaxonnent tant et plus quand ça bouchonne. Plus il y a de voitures en vrac au milieu de la chaussée, plus ça klaxonne. Donc, non seulement ça pue, mais en plus ça fait un bruit épouvantable. Comme si ce bruit strident, en plus d’en rajouter une bonne couche au bordel ambiant, avait le pouvoir de dénouer magiquement les nœuds de la circulation urbaine. Franchement si ces excités prenaient plutôt leur vélo pour passer leurs nerfs, la ville deviendrait presque vivable !

Tout cela en sachant bien entendu que l’usage du klaxon est interdit en ville, sauf en cas de danger immédiat [1]. Je me demande pourquoi les stressés du volant ne sont pas plus verbalisés — ou verbalisés tout court, car je doute qu’une seule contredanse n’ait été donné pour ça un jour ? Pour une fois que l’état se remplirait les poches pour la bonne cause...

Notez que le klaxonnage intempestif n’a souvent pour effet que d’augmenter le stress général, de réveiller les clebs qui somnolent dans un rayon de trois kilomètres, de me déconcentrer de mon travail, de faire sursauter la ménagère qui repasse tranquillement son linge, chez elle, à deux pâtés de maisons de là, en écoutant un léger fond musical, et qui manque alors de lâcher son fer et de se le prendre sur le pied. Et accessoirement de me faire perdre du temps à écrire des âneries sur ces pratiques barbares.

Mais il n’y a pas que le parisien qui use et de fait abuse de son avertisseur sonore. Pour avertir qui d’ailleurs ? Les autres — tous les autres ! — qu’il existe, qu’il est là, dans sa bagnole, stressé. Forcément. Parisien, en somme. Et devant quel danger immédiat ? Celui du livreur qui bouche la rue ? Mais il le sait parfaitement, le livreur, qu’il bouche la rue : et ce n’est pas un coup de klaxon qui va lui permettre de livrer plus vite. Si encore le parisien descendait de son sacro-saint véhicule climatisé pour lui donner un petit coup de main, au livreur. Mais non. En revanche le-dit coup de klaxon va immanquablement réveiller tous les riverains du quartier (voire au-delà) qui étaient paisiblement en train de faire leur sieste digestive après la pause méridienne. Donc, je disais que le seul parisien n’est pas en cause. Il y a aussi les marseillais (des as du klaxon, les marseillais !), et fort probablement les lyonnais, les bordelais, les toulousains, et j’en passe, qui klaxonnent à tour de bras. Même les italiens. Bref, le citadin de base.

Et puis pendant que j’y suis, j’en rajoute une couche : que les crétins qui klaxonnent sur les routes de montagne devant un virage sans visibilité, pour dire à un éventuel véhicule qui arriverait en sens inverse : « coucou, j’arrive, range-toi rapidos, parce que figure-toi que moi je débarque en face et que je n’ai pas l’intention de ralentir ! », aillent au diable. Que ceux qui me klaxonnent en arrivant derrière moi quand je suis en vélo, parce que j’empiète un peu trop sur leurs plates-bandes bitumées, manquant de peu de me filer un arrêt cardiaque, aillent également au diable.

Le klaxon ne sert à rien. Autant le supprimer. Hop ! Plus de nuisance sonore intempestive ! La voiture en ville ne sert à rien. Autant la supprimer. Hop ! On re-respire, on revit, on ré-entend les petits oiseaux, en ville...

Ben quoi, on peut toujours rêver, non ?

[1Article R416-1 du Code de la route :

Hors agglomération, l’usage des avertisseurs sonores n’est autorisé que pour donner les avertissements nécessaires aux autres usagers de la route.

En agglomération, l’usage de l’avertisseur sonore n’est autorisé qu’en cas de danger immédiat.

Les signaux émis ne doivent pas se prolonger plus qu’il n’est nécessaire.

Le fait, pour tout conducteur, de contrevenir aux dispositions du présent article est puni de l’amende prévue pour les contraventions de la deuxième classe soit 35 €. Source : l’internaute.


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