Les tribulations d’un astronome

Tiques

lundi 3 mai 2010 par Guillaume Blanc

La première fois que j’ai été confronté à ces bestioles, minuscules, quintessences de la laideur, acariens géants, suceuses de sang de leur état (dans les salons on dit hématophages pour faire savant), c’était en Californie. À l’époque je ne m’imaginais même pas que cette chose pouvait s’attaquer à l’homme. Enfin, s’ « attaquer » est un bien grand mot, car sucer un peu de sang ne peut pas faire de mal, en revanche, qui dit sang, dit transmission de saloperies. À peu près partout, là-bas, le promeneur est mis en garde contre la maladie de Lyme, transmise à l’homme par les tiques (Ticks in english). Comme d’habitude, on (je) lit ce genre de choses en diagonale, le sourire en coin, car il va de soit que c’est pour les autres [1]. Et puis un lundi matin, en prenant mon bain, j’ai découvert une minuscule bosse ronde et noire incrustée dans ma peau. Je ne savais pas ce que c’était (un furoncle ?), et horrifié de voir un tel corps étranger chez moi, j’ai tiré dessus, ça s’est détaché sans trop de mal, et j’ai réalisé que c’était une tique. Elle était gavée de mon sang. Rassasiée. Beurk. Bon. J’avais récupéré ce cadeau de la nature lors de mon escapade sauvage de la veille, à coup sûr. À la suite de quoi, je suis allé voir sur l’internet omniscient ce qu’il en était exactement. Ensuite, j’ai guetté les premiers symptômes qui ne sont jamais venus. Ouf.

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Tique italienne rassasiée

Après, c’est en Italie, que j’ai revu ces bestioles (zecche, in italiano). À croire qu’elles boudaient la France. Au retour d’une balade pluvieuse dans les montagnes autour de Belluno, le lendemain matin, hop, une tique plantée en haut de la cuisse. Cette fois-là, si je ne savais pas exactement ce qu’il fallait faire en pareil cas, je savais qu’il fallait suivre un certain protocole. Avant d’opérer, j’ai jeté un œil sur l’internet omniscient, qui m’a répondu qu’il fallait la décrocher avec une pince à épiler, en prenant garde de ne pas la casser. Ce que j’ai réussi à faire.

Après cet épisode je suis rarement retourné me balader dans ce massif des préalpes dolomitiques, bien connu pour être infesté de tiques. Manque d’occasion plus qu`à cause de ces histoires : en fait je suis tout bonnement rentré en France trop tôt pour avoir l’occasion d’y remettre les pieds. C’est un superbe massif avec de très jolies balades, et de surcroît très peu fréquenté, donc très sauvage. J’y ai vu des forêts de hêtres ou de mélèzes s’enflammer dans les lumières matutinales à l’automne.

L’été suivant, j’étais soit dans les Dolomites loin des tiques, soit dans les Hautes-Alpes, loin des tiques aussi (ces dernières n’aiment pas la sécheresse !). Je n’y ai plus pensé une seule seconde. Ensuite, l’hiver venant, ces acariens quelque peu frileux ne sortent plus trop. On les oublie vite.

Et puis, j’ai refait connaissance avec ces charmantes petites bêtes sur mon nouveau terrain de jeu en vallée de Chevreuse. Des grandes herbes, des ronces qui envahissent la forêt, bref, un endroit de prédilection pour la prolifération de Ixodes Ricinus. Et de fait, ça n’a pas loupé, les tiques pullulent et n’attendent que le passage d’une grosse bête (humaine) pour s’agripper, et éventuellement festoyer. Pas moyen de flâner dans la cambrousse sans représailles... Que ce soit en VTT dans les singles de la vallée de Chevreuse où dans la forêt de Fontainebleau à crapahuter sur les blocs de grès, les tiques n’attendent que nous.

Il y a donc des tiques en France, et en particulier en Île-de-France, qu’on se le dise. Le Vieux Campeur distribue un petit dépliant informatif et et accessoirement publicitaire pour le vaccin contre la méningo-encéphalite à tiques, une autre charmante conséquence possible de la vampirisation par une tique.

Dire que toute mon enfance dans les Alpes du Sud s’est passée loin des tiques ! Climat probablement trop sec pour elles... Mais quand je pense qu’il y une dizaine d’années, je me suis payé de folles épopées en VTT dans les sentiers (à l’époque, pour moi, un sentier c’était un sentier, même en vélo, et non un single !) de la vallée de Chevreuse, sous les frondaisons printanières, ou dans des champs de fougères géantes. Je n’ai eu alors à déplorer aucune attaque d’acarien... Quelques années plus tard, depuis mon retour dans la région en 2005, je n’arrête pas de me faire mordre ! La douce chaleur printanière et son humidité adéquate en font une villégiature agréable pour la bestiole. Car c’est surtout au printemps, quand les petites fleurs fleurissent, que les jambes se hasardent à prendre l’air, que la tique attaque. Hier, après une virée en VTT, j’en ai récupéré deux...

Effectivement il est observé une recrudescence des populations de tiques un peu partout dans le monde. Et en particulier en Île-de-France. La faute au réchauffement climatique, ces bestioles semblent effectivement aimer la nouvelle douceur du climat francilien. Mais le climat seul n’est pas à blâmer, on pense aussi aux pesticides qui détruisent les ennemis des tiques, mais pas les tiques elles-mêmes. Bref, la tique, finalement, adore notre mode de vie style XXIe siècle, mélange corrosif de dioxyde de carbone et de pesticides...

[1Preuve s’il en est : les parcs nationaux de l’Ouest américain (Yosemite ou Lassen pour ceux que j’ai fréquenté) avertissent le pélerin de ne pas laisser traîner poubelles, nourriture ou dentifrice, les ours peuplant ces contrées en étant friands, et donc potentiellement dangereux pour parvenir à leur fin (faim ?). Moi, bête mais pas discipliné, dans l’espoir de mater une de ces peluches de près (ou de loin), je n’en fis rien. Et rien ne se passa jamais. Je dus donc en conclure que ce genre de mise en garde était faite pour les autres !


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