Les tribulations d’un astronome

Manif’ au sommet !

mardi 7 février 2012 par Guillaume Blanc

Parfois, y’en a marre ! En ce moment, ce « y’en a marre » gagne du terrain à tous les niveaux, les indignés élargissent leur confrérie. La montagne n’échappe à l’air ambiant, même si ce « y’en a marre » date déjà quelque peu autour des cimes.

Marre de quoi ? Marre de laisser la nature — la montagne — en pâture aux capitalistes de tout poil, promoteurs et bétonneurs qui n’ont qu’une idée en tête, exploiter encore et toujours un or blanc pourtant passé d’âge. La ruée vers les stations de ski a fait son temps : elles sont là. On aimerait désormais que la poignée de montagne encore dénuée de remontées mécanique en tout genre le reste. Sauvage. Ou quasiment. Loin des pylônes, loin du bruit des mécaniques, loin de cette neige désormais artificielle qui trace des kilomètres de pistes verglacées, loin de ces canons à neige qui vomissent des mètres cubes de cristaux de glace façonnés. Une montagne préservée, simplement. Naturelle.

Pour contrecarrer l’irrémédiable baisse de la fréquentation, les stations françaises s’imaginent devoir rivaliser de « plus plus » pour espérer séduire une poignée de clients fortunés (forcément). Plus de kilomètres de pistes, plus haut en altitude, plus de canons, plus de...

Telles des offrandes au dieu pognon, les projets d’extension fleurissent ainsi à intervalle régulier ici et là. Moins de nature sauvage, plus de montagne urbanisée, bétonnée. Les tétras lyres n’ont qu’à aller hiberner ailleurs, quant au petit humain qui balade ses spatules tranquillement sans déranger personne, comme il ne dépense pas un rond avec ses peaux de phoques, il ne rentre même pas dans les termes de l’équation.

Après Crévoux, contre lequel nous avons tenter de lutter âprement, où nous pensions avoir perdu la partie, puis gagné, et finalement perdu pour de bon ; Vars qui tente en catimini de déployer quelque tentacule dans un vallon sauvage ; Montgenèvre qui voit carrément grand en tentant d’annexer le Mont Chaberton, 3131 m, et ses pentes vierges tout autour. Prestige de l’altitude.

Des préfets qui autorisent à tout va, des associations qui veillent au grain et mettent le holà.

Un ange passe.

Dans l’intervalle de la joute juridique, Mountain Wilderness profite d’une réunion de son conseil d’administration dans le Briançonnais pour lancer un appel à balader quelques banderoles sur les flancs de la montagne. Une façon de dire : NON !

Comme je suis administrateur de cette belle association, j’ai ainsi rejoint l’élan pour le week-end. Samedi, après un train couchette arrivé avec cinquante minutes de retard, j’arrive à la réunion où les débats battaient leur plein depuis cinquante minutes. Dehors, un superbe soleil régnait [1], dedans, un petit pincement au cœur d’être justement dedans. Mais le lendemain allait être ma récompense !

Dimanche matin, réveil à 5h30. Le thermomètre indique -19.4 °C. Une heure de route pour rejoindre le Briançonnais. Le temps de rassembler tout le monde et à 8h30 nous sommes à pieds d’œuvre. Montée tranquille jusqu’au vallon des Baisses, entre piste de ski et téléski — il est déjà partiellement équipé. Du replat sous l’ex abri des Sept Fontaines, d’où deux nouvelles remontées mécaniques doivent voir le jour, nous remontons tranquillement le vallon encore vierge qui mène au col du Chaberton. Sur le papier la montagne doit être littéralement ceinturée par les pylônes et les câbles. Même le vallon suspendu du Clot des Morts, sur son flanc est sera ravagé : pas moins de trois remontées et un restaurant d’altitude iront violer l’intimité de ce magnifique coin sauvage, morceau de wilderness, encore. Dont une saignée de pylônes et câbles vers le sommet mythique, au-dessus de la barre des 3000 m ; sommet mythique mais raclé par les vents tempétueux, neige forcément pourrie, descente exposée au-dessus de barres à droite et à gauche. Quelle idée saugrenue de vouloir aller mettre des pistes de ski par là ! Vouloir porter la ville à 3000 m d’altitude... Comme si elle n’était pas aussi bien en bas, la ville !

Au col du Chaberton, les troupes — cinquante personnes au bas mot ! — se rassemblent pour la photo de groupe avec banderoles de tout un chacun. Je me retrouve malgré moi propulsé photographe « officiel. » Et voilà :

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Puis une trentaine d’entre nous montons voir le sommet 450 m plus haut. La neige y est pelé par les tempêtes successives, mais étrangement ce jour-là, tout est calme, pas un brin de vent. Le flanc nord est hérissé de barbelés, héritage de la dernière guerre. Encore du travail pour l’équipe « installation obsolètes » de Mountain Wilderness... Sommet qui garde ainsi irrémédiablement les stigmates de la guerre, sommet sabré, sommet décapité, pour... rien, finalement. Triste histoire des hommes. Éternel recommencement.

De là, le panorama est splendide : 360° de montagnes autour de nous. Encore une petite photo de groupe, et c’est le signal de la dispersion. Descente dans une neige jonchée de sastrugi, entre tôle ondulé et croûtée infâme, puis retour tranquille au bercail. Quelques aléas pour envoyer finalement quelques images dont celle qui illustrera l’article du Dauphiné Libéré. Du nom du photographe, point. Ils sont comme ça au Daubé...


La sortie sur camptocamp.

Quelques photos.

[1La vallée de la Durance était recouverte d’une fine couche de neige fraîche pour en souligner le relief ; le long de la rivière les arbres complètement givrés par le froid intense brillaient de mille feux dans l’éclairage matinal vivifiant. Je me serais bien arrêté faire quelques images, mais n’allais tout de même pas en rajouter une couche sur un retard déjà significatif !


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