Les tribulations d’un astronome

Lumière zodiacale

samedi 8 mai 2010 par Guillaume Blanc

Lors de mon séjour en Éthiopie, début janvier 2008, j’ai découvert un ciel comme je ne l’avais jamais vu. La voûte céleste était toute basculée, position quasi équatoriale du lieu oblige, dévoilant ainsi des étoiles de l’hémisphère sud que je n’ai pas l’habitude d’avoir au-dessus de la tête, et reléguant notre étoile polaire presque plus bas que terre. Dans les montagnes du Simiens, à 3500 mètres d’altitude, loin de toute pollution lumineuse, si n’est quelques feux que les paysans avaient allumé au loin pour se réchauffer, le ciel étoilé a gardé toute sa pureté cristalline originelle.

Un ciel équatorial, pur, noir, profond. 3500 mètres d’altitude, pas une lumière parasite à l’horizon. Un rêve d’astronome.

C’est là qu’après le coucher du Soleil, tandis que nous fêtions la nouvelle année sur une petite table de camping, dîner à la frontale, j’ai remarqué une lueur diffuse qui montait de l’horizon ouest et venait s’étaler au milieu des étoiles. Le Soleil était couché depuis bien longtemps, le crépuscule astronomique était outrepassé. Ce n’était donc pas une lueur crépusculaire résiduelle. Ce n’était pas non plus le halo lumineux d’une ville, puisqu’il n’y en avait pas, de ville, dans cette direction. Pas de ville !

Non, cette lueur, ça ne pouvait être que... la lumière zodiacale ! Wouahou ! C’était la première fois que je la voyais.

Les planètes du Système Solaire orbitent toutes autour du Soleil quasiment dans un même plan, que l’on appelle l’écliptique. Si le Système Solaire est relativement vide, hormis les quelques planètes et leur cortège de satellites, les astéroïdes et autres « petits corps » tels les comètes, il contient quand même des poussières. Le ménage n’y a pas été bien fait. Des poussières qui sont donc distribuées sur le plan de l’écliptique, un peu comme une galette. Le Soleil va éclairer ces poussières qui vont diffuser sa lumière dans toutes les directions. Cette lumière réfléchie et diffusée nous apparaît comme une faible lueur diffuse, chaque particule minuscule ajoutant sa petite contribution à l’effet global. Il suffit d’une poussière d’environ un micron (un millième de millimètre) de diamètre tous les cent mètres pour rendre compte de l’effet observé ; bonjour le sport pour passer le balaie ! D’autant que l’ensemble de ces poussières pèsent un peu plus de mille milliards de tonnes...

Cette lumière zodiacale, « zodiacale » car elle apparaît toujours dans les constellations du Zodiaque, celles que parcourt le Soleil au cours de l’année, constellations qui se trouvent dans le plan de l’écliptique, est particulièrement difficile à voir car généralement gobée par la lueur de la Lune, ou, le plus souvent, par la pollution lumineuse... Seules des conditions de ciel extrêmement pur, telles que celles rencontrées sur les hauts plateaux d’Éthiopie, permettent de l’observer.


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