Les tribulations d’un astronome

Truisme

jeudi 21 avril 2005 par Guillaume Blanc

Chez moi c’est une porcherie. Et encore, une truie y perdrait ses rejetons. Sur la table, l’unique table, j’ai à peine la place de poser mon portable pour écrire. Et encore, faut pas que je bouge trop, sinon la pile de bouquins qui se trouve à droite, à l’équilibre précaire (allez savoir pourquoi une pile de bouquin n’est jamais en équilibre stable !), risque de s’écrouler. Une pichenette suffirait à déstabiliser l’édifice géologique. Surtout, pas un souffle. Écrivons comme si de rien n’était. À gauche c’est un amoncèlement hétéroclite, géologique lui-aussi, forcément. On devine des strates. Ici des factures et autres relevés de banque à classer (je ne reçois que ça par la poste. Le seul truc un peu rigolo qui parfois se retrouve dans ma boîte, ce sont les revues du CAI, une fois tous les deux mois, et l’Express le samedi. Quand ils ne m’oublient pas.). Donc le courrier à classer, les factures à payer (et c’est un risque avec ce système de rangement géologique, on risque d’oublier) jetée ça et là, en vrac, avec des CD, des revues (je suis très revue, moi. Je les empile. Comme les livres), des tickets de caisse, de carte bleu, à classer aussi, en théorie du moins. Il y a aussi des articles au milieu. D’astro ou pas. Des papiers divers et variés. Et au milieu, des objets, la télécommande de la radio, qui parfois se paye une apnée au milieu de tout ça. Et alors pour mettre la main dessus, bonjour. Vous avez déjà essayé de chercher une télécommande qui fait de l’apnée ? Ben, le mieux c’est d’attendre qu’elle remonte à la surface. La choper au moment où elle respire. Un vieux truc de baleinier. Même si j’aime pas ces gens-là. Le problème c’est qu’il faut être patient parfois : les télécommandes, c’est comme les baleines, ça peut rester longtemps (voire très longtemps) en apnée. Et encore, je n’ai pas de télé, donc pas de zapette pour la télé. Sinon, c’est même pas la peine... Des CD partout aussi. Des paquets de bonbons. Ben oui, maintenant que je suis grand j’ai le droit de manger des bonbons, du coup j’en achète. Ils résident sur ma table pendant des plombes, parce que finalement je ne suis pas très bonbon. Mais comme quand j’étais petit fallait que je les mange en cachette, et comme maintenant je peux les manger à visage découvert (de toute façon, je suis tout seul : personne ne peut me dénoncer) j’en profite. En fait ce sont des zans. Des trucs au réglisse. J’adore. Mais c’est tellement fort que un petit grain de rien du tout me pollue la bouche pour des heures. C’est donc très économique. Je vais en avoir pour quelques années à finir mon paquet. Il va donc rester sur ma table encore quelque temps. Il y a aussi des fils, le cordon USB de l’appareil photo, tous les fils connectés à l’ordi, le chargeur de batterie. Tiens, il y a aussi mon ARVA tout beau, tout neuf. Faudrait que je le range, lui, il va finir enseveli, sinon. Mais comme il est éteint et que je n’en ai pas d’autre pour le chercher, ce serait idiot. Faudrait que je demande à ces gens du CAI de me prêter un autre ARVA pour retrouver le mien, enseveli par mégarde. Parce que oui, j’ai beau tapoter sur mon clavier en retenant ma respiration, un séisme est vite arrivé dans ces régions. Or le moindre tremblotement de la-dite table pourrait provoquer l’irréparable. Irréparable, car un tel séisme provoquerait la mélange inéluctable de la stratification. Le chaos. Comment reconstruire a l’identique cette sédimentation que seul le temps a permis d’édifier (les factures à payer seraient irrémédiablement perdues). Ce serait donc une perte inestimable pour la science. Même si elle en a vu d’autres, des pertes inestimables, la science. Le problème c’est pour allumer la lampe de bureau. Elle se trouve à l’autre bout de la table, il faut allonger le bras pour atteindre l’interrupteur (à quand une télécommande - mais qui ne fasse pas d’apnée, hein - pour ma lampe de bureau ?), et pour ce faire il faut prestement traverser un véritable champ de bataille. Un terrain géologique. Donc en général, j’abondonne l’idée. Je reste dans le clair-obscurs du plafonnier qui pendouille au-dessus de mon nez. Tant pis pour l’ombre proéminente que mon appendice projette sur le clavier. Plafonnier bel et bien attaché au plafond. Comme tout plafonnier qui se respecte. De fait, aucun risque d’être enterré, lui. Seules quelques toiles d’araignée pourraient éventuellement en venir a bout. Mais il y a encore de la marge. Il y a aussi des biscuits sur cette table, résidus d’un petit-déjeuner achevé a la hâte... Des Express en pagaille. De ci, de là. Entre ceux que j’ai lu, et ceux qui sont encore à lire, ou en cours de lecture, allez savoir...

Le pire dans tout ça, c’est que ce n’est que la table. La banquette, c’est autre chose. C’est un peu comme la déferlante d’un océan en furie (un tsunami ?) qui se serait figé sur place. Juste avant de déferler. Juste avant que ça ne retombe, avec le bord tout frangé d’écume blanche. Figée la vague, certes, mais figée, figée, ou simplement figée ? Peut-être qu’il suffirait d’un rien, un tout petit rien pour que le mouvement inexorable se remette en branle ? Imaginez, une vague de sacs, sacs à dos (c’est un fait, une banquette sert a poser les sacs à dos quand on arrive), trucs divers (parce que c’est vachement utile aussi pour débaler les sacs à dos apres être rentré), trucs qui puent (ben oui quand on rentre d’une journée en montagne, ben les choses, enfin certaines choses, sentent la montagne. De là a dire que ça pue, ça dépend des goûts et des odorats), trucs qui sentent fort, donc, et semblent figés, là, comme si l’air de la pièce pouvait dissoudre l’odeur dont ils sont imprégnés... Mais y’a aussi des trucs qui puent pas : des restes de bouffe (ça pue pas, ça se mange), des vestes, des guêtres, des anoraks... Mais une banquette ca sert pas mal aussi pour les commissions. Donc y’a des sacs de courses pas encore ouvert dessus (mais quand même les trucs qui vont au frigo sont au frigo. Et non, rien à faire je ne décrirai pas l’intérieur de mon frigo, ça n’a aucun intérêt - encore que je me demande quel peut bien être l’intérêt de décrire l’état de ma table ou de ma banquette...). En creusant un peu on devrait aussi y trouver la pelle et la sonde que j’ai acheté cette semaine. C’est un peu géologique, comme sur la table, mais en trois dimensions, cette fois-ci. Bon. Espérons que ça reste figé. L’avantage d’une banquette, enfin le deuxième avantage d’une banquette, c’est qu’il y a plein de place dessous. Et alors là, je ne vous dis pas ! Tous les trucs dont on ne sait que faire, comme ce carton que j’ai ramené un jour, plein de trucs. Je dis « truc » parce que c’est exactement ca : un contenu hétéroclite indescriptible, des « trucs ». Tant que c’est indescriptible, ça ne sert à rien. Hop, sous la banquette. On verra plus tard si on peut y mettre des noms. Le rendre descriptible. Sous la banquette, il y a aussi les pompes. Plutot bien rangées, même. Presque par paire. Presque. Les pompes de montagne. Celles pour aller courir. Les scandales d’été, et mes pompes de tous les jours.

Un peu plus loin, par terre, à côté de trois bouteilles de vin qui m’ont été offertes, et qui donc vieillissent (il paraît que le pinard est encore meilleur vieux, non ?) indubitablement, une clef à molette. Le tout au beau milieu de la filasse du téléphone, répondeur, modem, et autre ordinateur... C’est plein de fils, chez moi. Faut faire gaffe de ne pas se prendre les pieds dedans. Surtout le matin au réveil. Et puis il y a les étagères. Celle que j’ai acheté pour 15 euros à la Boîte à Outils, avec des bouquins, des boîtes à archives débordant de revues diverses et variées, que je n’ai même pas lues pour la plupart. Mais je suis assez conservateur. Donc je conserve. Au cas ou je pourrais en avoir besoin un jour. Sait-on jamais : une subite envie de lire un article dans un Première d’y il a trois ans... Faudrait déjà savoir qu’un tel article existe. M’enfin. Donc des boîtes à archives, des boîtes à revues, des bouquins, des BDs, ca déborde. Et encore il ne doit y avoir ici qu’un centième de mes bouquins, revues et autres trucs à lire accumulés année après année. Pauvres arbres... Comme l’étagère est pleine, forcément, elle déborde. Il y a des piles de bouquins sur les petits bouts qui auraient encore pu voir un peu de lumière. Ma boulimie bouquiniste est inexorable avec les étagères : le vide en elles ne fait pas long feu. Il y a aussi l’autre, celle des CD et DVD. Que j’ai fini par fabriquer moi-même, parce que je n’ai pas trouvé celle que je voulais chez le marchand. On n’est jamais mieux servi que par soi-même. Pleine de CD, de DVD, de livres aussi (c’est aussi grand qu’un DVD, donc... comme je n’ai pas encore 250 DVD, je comble avec des livres. Encore. Quand y’en a plus, y’en a encore), de pierres, aussi, récoltées au cours de mes pérégrinations à pieds ou en vélo (des fois je trouve que mon sac est trop léger), et d’autres « trucs ». Il y a des chaises aussi. Plein de chaises. Trop de chaises. Je pourrais en mettre une devant l’évier pour faire la vaisselle assis, mais je n’aurais alors que la machoire supérieure qui dépasserait de l’évier. Pas très pratique, vous en conviendrez. De toute façon y’aurait pas la place, à cause du frigo. Je pourrais en mettre une dans la salle de bain, pour me reposer en me lavant les dents. Si seulement il y avait la place. De toute façon je prefere me laver les dents sur le balcon, en contemplant l’immeuble d’en face. Donc les chaises errent ça et là. Donc c’est tentant, alors on se laisse tenter : en fait de chaises, elles servent plutot d’étagères. J’en ai ainsi une pour mon dico (oui, je fais encore plein de fautes, mais sans mon dico, ce serait encore pire. Imaginez la chose !) et la boîte vide de l’ARVA à ma gauche, et une à ma droite pour le sac de cacahuètes. Pour les creux. Un creux est si vite arrivé, il vaut mieux avoir de quoi le combler a portée de main. C’est pourquoi sur la table, il y a aussi un ramequin censé servir à recueillir les écorces (d’arachides) vides. Mais qui de fait est plein. Et déborde. Bref. Restent encore une multitude (enfin trois) de petits meubles qui disparaissent sous les « choses » (des livres et des revues...), et encore, il y a aussi ma chambre. Mais là, non, c’est trop délicat. Trop intime. Je ne voudrais pas choquer les âmes sensibles qui me lisent. Même si elles ont plus de 18 ans. Surtout les femmes. C’est très sensible une femme : ca ne supporte pas les chaussettes sales par terre... Il faut y aller mollo. J’en ai déjà trop dit...


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