Les tribulations d’un astronome

Gaston Rébuffat, la montagne pour amie

samedi 20 juillet 2013 par Guillaume Blanc
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Une fort sympathique biographie sous la talentueuse plume d’Yves Ballu. Yves Ballu que j’ai découvert à travers ses romans, « Mourir à Chamonix » et « La conjuration du Namche Barwa. » J’ai ensuite lu son essai romancé sur « Le sauvetage de Guy Labour, » puis, dernièrement, « Les Alpinistes » dans leur version originale, trouvé dans une bourse aux livres de montagne. Des livres sur quelques pans de l’histoire de l’alpinisme.

J’ai donc lu son dernier ouvrage, une version revue et corrigée de son livre initial datant de 1996, avec photos (celle-ci est sans images). Évidemment, je ne connaissais rien de Gaston Rébuffat, si ce n’est ses « 100 plus belles » du Mont Blanc et des Écrins, ainsi que la fameuse photo de Georges Tairraz où le fier Gaston (qui apparemment, n’en menait tout de même pas large pour se mettre debout là-dessus) trône droit comme un I sur une fine aiguille de granit (Aiguille de Roc dans les aiguilles de Chamonix) sur fond de Dent du Géant :

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Au passage cette image fait partie de la sélection faite par la NASA embarquée à bord des sondes Voyager pour montrer les différentes facettes de notre bonne vieille Terre à d’éventuels amis extra-terrestres...

Dans la même veine, il y a aussi celle de la couverture des « 100 plus belles du massif du Mont Blanc » où Rébuffat pose sur les clochetons de Planpraz dans les Aiguilles Rouges, juste devant le Mont Blanc. La photo est de Bonnardel.

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Donc pour moi, Gaston Rébuffat ça n’allait guère plus loin.

J’ai ainsi lu cette biographie avec moult plaisir. Encore qu’au début, je n’ai pas trop aimé l’impétueux Gaston, emporté par l’élan de la jeunesse. C’est là qu’il fait le fier, un peu trop prétentieux à mon goût. Mais il a vite fait de rentrer dans le droit chemin. J’ai découvert un alpiniste certes très fort, mais aussi et surtout quelqu’un de visiblement très humain, même si un peu froid, et pas forcément très drôle. Et surtout un homme aux multiples facettes, un des meilleurs alpinistes de sa génération, guide, qui est ensuite rapidement arrivé à l’écriture, à la photo, puis au cinéma. Il a même vécu à Paris dans la deuxième partie de sa vie, et a travaillé dans le commerce en parallèle avec le reste. Multi-tâches, le Gaston !

J’ai par dessus tout apprécié la vision de la montagne de Rébuffat. Humaine, car il n’aimait pas y aller seul, ni avec des compagnons qu’il n’appréciait pas (l’expédition à l’Annapurna en 1950 fut un calvaire en ce sens pour lui). S’il a connu Lionel Terray dès le début : ils ont fait leurs classes ensemble à Jeunesse et Montagne, s’il a fait un certain nombre de courses avec lui, s’il a pris une ferme dans la vallée de Chamonix avec lui, visiblement, ce n’était pas un grand copain, et le divorce est vite arrivé. Rébuffat aime donc partager la montagne. Et souvent même avec des clients, qu’il emmène faire des courses très difficiles !

Au-delà de ça, la montagne de Rébuffat, est une montagne qui se contemple. Il n’est pas là tel un fantassin qui doit coûte que coûte la vaincre. Il récuse ce vocabulaire guerrier qui gravite autour des « conquêtes » des sommets ou des parois (un peu l’anti-thèse de « Annapurna, premier 8000 » de Maurice Herzog, donc).

Si je ne suis qu’un alpiniste amateur de petit niveau, j’ai été ravi de constater que ma façon de voir la montagne, essentiellement en contemplatif (j’ai toujours un ou deux appareils photos avec moi, et un coucher de soleil ou un lever de Lune suffisent souvent à me ravir), et ma façon d’y aller (avec des personnes que j’apprécie pour partager quelque chose) sont proches de la philosophie de ce grand homme ! Et ce qui me rassure, c’est qu’il a galéré dans ses débuts d’écrivain-conférencier. Son premier bouquin a fait un flop, et il a parfois fait des conférences avec pas grand-monde. Tous les espoirs sont donc permis !

« [...] chez Rébuffat, la performance est totalement dédiée à l’esthétique : la montagne est davantage qu’un cadre, elle est autre chose qu’un faire-valoir, elle est une amie. »

Toujours est-il que cette biographie se dévore à la manière d’un bon roman, la plume d’Yves Ballu y étant évidemment pour quelque chose.


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