Les tribulations d’un astronome

Accident à la Meije

lundi 18 septembre 2006 par Guillaume Blanc

Je viens de terminer un roman extraordinaire. Un polar montagnard, représentant unique du genre ? La rareté de la chose faisait d’ailleurs que je n’avais jamais osé me lancer dedans, bien que l’ayant déjà vu sur les étals des libraires. Et puis après deux balades autour de la Meije cette année, l’une en ski au printemps, l’autre à pieds en été, une petite envie récurrente d’aller un jour me frotter à la traversée des arêtes, tout cela a fait que j’ai fini par me plonger dedans. Et ce fut un régal de bout en bout. Le genre de bouquin qu’il est difficile de lâcher tant le suspense dure jusqu’à la dernière page. C’est superbement bien écrit, style impeccable, prenant. Un soucis constant du détail, que seul un véritable alpiniste a pu mettre en place. Non seulement l´écrivain se devait être montagnard chevronné mais il devait également connaître parfaitement bien la voie et le terrain qui se trouve au cœur du récit, à savoir la Meije, l’ascension de son Grand Pic par la traversée des arêtes, tout en réussissant le prodige de coucher le tout sur le papier avec légèreté et fluidité. Cet écrivain c’est Étienne Bruhl. Né en 1898, il a fait partie du Groupe de Haute Montagne, d’où sa parfaite connaissance de l’alpinisme. C’était quelqu’un de modeste, si j’en crois la préface que lui consacre Anne Sauvy, qui lutta en son temps contre le téléphérique de la Grave. L’anecdote m’a frappé : la lutte pour préserver les écosystèmes et les paysages montagnards n’est pas une lubie de quelques écervelés du XXIe siècle !

Je ne me souviens pas avoir lu un quelconque autre polar montagnard digne de ce nom (si d’ailleurs le lecteur ou la lectrice de ces lignes a quelque référence sous le coude, je suis preneur). Quelques films ont tenté de placer leur action dans les hauteurs, mais aucun n’a réussi à être crédible, aussi je me garderais bien de les mentionner. La montagne ne s’improvise pas.

Le roman d’Étienne Bruhl fait donc figure d’outsider dans un genre quasi-inexistant ! Et quel outsider ! Un véritable chef-d’œuvre de concision et de suspens... Il l’a écrit pendant son internement dans un camp en Allemagne au début de la seconde guerre, pour passer le temps, et probablement, surtout pour s’évader par la pensée vers des lieux plus sympathiques. Visiblement, cela ne s’est malgré tout pas fait tout seul - l’accouchement ne fut pas sans douleurs, c’est pourquoi il n’en a écrit qu’un, finalement.

L’action se passe dans les années 30, tout y est : les souliers cloutés des alpinistes de l’époque, les crampons sans pointes avant, et déjà, la traversée de la Meije, très parcourue, grande classique « bavante ». Inutile que je vous raconte l’intrique, ce serait par trop déflorer le plaisir. Si vous aimez la montagne, plongez-y sans attendre. Et je suppose que les lecteurs non montagnards mais néanmoins curieux, et amateurs de polars bien ficelés, pourront y pêcher de quoi alimenter leur imaginaire le temps d’un voyage de papier sur les cimes.

Moi ça m’a donné un peu plus envie d’aller me frotter à cette montagne. Même si la fréquentation est loin de s’être tarie depuis cette époque... et que je n’ai probablement pas encore tout à fait le niveau...


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