Les tribulations d’un astronome

Déontologie des médias ?

lundi 27 janvier 2014 par Guillaume Blanc

À l’heure d’internet, nous sommes littéralement submergés d’informations en tout genre. C’est à la fois génial et pervers. Car comment faire le tri dans ce foisonnement. Le bon grain, l’info réelle, de l’ivraie, celle qui est fausse, ou déformée par le téléphone arabe des copier-coller. Quand elle est le fruit d’un site « amateur, » je peux encore comprendre que celui-ci ne fasse pas nécessairement toutes les démarches de vérification avant de publier, ce n’est pas son métier, il ne fait que relayer et parfois commenter. Tout comme je le fais — et il m’arrive de me planter, évidemment. En revanche, quand on pioche des informations de la part de médias dont c’est le boulot, on s’attend à ce qu’il y ait un minimum de vérification, et non pas un stupide copier-coller pour rester dans un hypothétique peloton de tête dans la course au scoop et autres facéties médiatiques.

Les infos sont recopiées, déformées. Et quand les journalistes ne sont pas spécialistes du domaine en question, ça donne des choses assez amusantes, parfois, pathétiques, souvent, voire dangereuses.

Un exemple, un article sur un record de Kilian Jornet me fait tiquer : 3200 m de dénivelé en 22 minutes, il a beau être très fort, Kilian Jornet, là ça fait quand même un sacré saut en avant. Je consulte la source (mise en lien), pour comprendre (ce dont je me doutais), qu’il s’agit de 3,2 km linéaires et 500 m de dénivelés. Il faut donc maintenant que le lecteur — ou l’auditeur ou le télespectateur — ait un esprit ultra-critique et connaisse tous les domaines, car il n’est pas sûr que l’information qu’on lui assène soit vraie.

Autre exemple : l’écran géant montrant un coucher de Soleil dans un Pékin plombé par la pollution, soi-disant pour donner du baume au cœur aux pékinois plongés dans la grisaille, et qui a fait le tour de facebook. En fait une simple pub...

On ne peut pas faire confiance à certains journalistes [1] pour nous donner une information correcte. Dans les deux exemples ci-dessus ce n’est pas très grave. En revanche, dans d’autres domaines, ça l’est beaucoup plus.

Ainsi, dans le dernier numéro d’Alternatives Économiques, un court article sur les vaccins qui m’a fait bondir : « Le débat sur les vaccins relancé ». L’article est partisan : haro sur les vaccins, sans chercher l’objectivité. Car non, les vaccins ne sont pas controversés, en tout cas, pas par les scientifiques, ce sont les marchands de peur, journalistes peu scrupuleux ou autres écolos extrémistes qui entretiennent le doute. Et c’est grave, parce que des maladies réapparaissent, par défaut de couverture vaccinale. Nous sommes dans une société qui n’a pas connue ces maladies graves, nous avons donc plus peur des vaccins que de la maladie contre laquelle ils nous protègent. Ce qui n’a absolument pas lieu d’être. Ne pas vouloir se faire vacciner ou ne pas faire vacciner ses enfants est un acte égoïste, puisque de fait, celui ou celle qui n’est pas vaccinée est protégée par la majorité qui le sont encore. Mais si la population des individualistes s’accroît, cela aura de graves conséquences sanitaires pour tout le monde. Un peu comme l’agriculture bio est protégée des ravageurs et autres maladies par l’agriculture conventionnelle pas très loin...

Quand je lis cet article du mensuel, je sais pertinemment que c’est du grand n’importe quoi. Mais celui ou celle qui fait — à juste titre — confiance aux journalistes pour leur transmettre une information objective, termine l’article avec l’idée que les vaccins sont globalement nocifs à la solde du capitalisme. Grave !

Quant à moi, je suis bien obligé de faire confiance aux journalistes sur les sujets que je ne connais pas. Ou bien je dois passer mon temps à vérifier chacune de leurs assertions ? C’est-à-dire au final faire leur propre boulot. Ce qui est en général assez facile (mais chronophage) avec internet. Tout comme le même internet permet de propager comme une traînée de poudre des choses complètement fausses, en particulier sur les débats technologiques actuels (nucléaire, OGM, ondes électromagnétiques, etc). Il faut arriver à trier le bon grain de l’ivraie. Cela devrait être le boulot des journalistes. Certains le font très très bien (comme Sylvestre Huet à Libération, par exemple, pour ce qui est du journalisme scientifique), d’autres, nombreux, devraient prendre exemple.

Les journalistes doivent donc réfléchir à deux fois avant de relayer une information. Et ce serait pas mal que sur des sujets pointus, comme la science et la technologie, ce soit des personnes compétentes, c’est-à-dire formées, qui s’en occupent. N’importe qui ne peut pas écrire un article sur le nucléaire, les ondes électromagnétiques, les OGM, etc. À quand une véritable éthique des journalistes ?

[1mais comment savoir ceux en qui on peut avoir confiance, et ceux en qui on peut pas ?


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