Les tribulations d’un astronome

Peaux de phoque miracle

mardi 4 mars 2014 par Guillaume Blanc

Les « peaux de phoque » encore appelées « peaux anti-recul » ou « pelluches » sont des bandes de tissus avec un adhésif d’un côté et des poils, courts, tous couchés dans le même sens, que l’on applique sur les skis de randonner pour éviter de glisser à reculons en gravissant les pentes de neige.

À l’origine (années 1930) ces « peaux » étaient confectionnées en véritable peau de phoque, d’où leur nom. Elles étaient attachées au ski tant bien que mal par des crochets sur le côté du ski — plutôt mal que bien, d’ailleurs, fort probablement. En 1968, apparaissent les premières peaux autocollantes, fini la neige qui s’introduit intempestivement entre la peau et le ski. Actuellement, les phoques peuvent dormir tranquillement (de ce point de vue tout du moins), car les matériaux utilisés pour les « poils » sont soit du synthétique soit de la laine mohair obtenue à partir de la toison de certaines chèvres, soit un mélange des deux.

Une nouvelle petite révolution est probablement en route concernant la fixation des peaux de phoques sur la spatule des skis : l’arrivée depuis quelques années de peaux sans colle sur le marché.

La firme autrichienne MP Sports commercialisait effectivement en 2007 ces peaux de phoque « magiques », sans colle ! Baptisées « GECKO », elles permettent des repeautages ad infinitum (enfin presque) sans aucun problème, ne demandent plus de force herculéenne pour les décoller, n’ont pas besoin d’accessoires comme ces foutues bandes de transfert qui ont le don de s’envoler gaiement dans le vent, de se perdre au fond du sac quand on en a besoin, ou encore de tubes de colle pour des repeautages intempestifs et surtout, plus besoin de les ré-encoller pendant les longues soirées estivales au coin du feu.

Le produit miracle ? J’ai mis un peu de temps avant de tenter le coup. On les trouve au Vieux Campeur depuis quelques années, un copain du GUMS en a, et en est content, mis à part le fait qu’elle s’usent rapidement. De fait, le poil est en mohair, plus glissant, et plus fragile que le synthétique, donc s’usant plus vite. C’est d’ailleurs ce qui m’a décidé : mes peaux colltex purement synthétiques côté poil et purement colle côté colle, bien que peu usées malgré le kilométrage, ont la fâcheuse tendance à botter [1] intempestivement au moindre changement d’humidité de la neige. Ras-le-bol ! Je voulais changer et opter pour du poil mixte ou du mohair qui semble botter nettement moins d’après mes expériences subjectives [2]. L’envie d’essayer ces peaux gecko en mohair, et voilà. 119 € la paire en 170 cm de longueur et 100 mm de largeur. Pas si cher (enfin, par rapport aux peaux « classiques »).

Un court article dans La Recherche de septembre 2007, mentionne effectivement la découverte d’un matériau adhérent sans colle, même sous l’eau. En fait l’idée remonte en en 2000 quand on a découvert comment le gecko, petit lézard qui peut se déplacer sans problème au plafond, pouvait supporter jusqu’à cent fois son poids grâce aux milliers de petits filaments de kératine, les setae, situés sous ses pattes. Chacun de ces filaments est lui-même ramifié en millions de poils plus petit de l’ordre de 0,2 à 0.5 micromètre de diamètre. Ce sont ces franges qui engendre des interactions avec le support à l’échelle moléculaire. Ces interactions, de type Van der Waals, sont chacune de très faible intensité, c’est leur somme qui permet au lézard d’avoir une très grande adhérence et de se déplacer au plafond ! Comme ce sont des liaisons fragiles, le gecko n’a aucune difficulté à déplacer ses pattes : les poils se tordent, les liaisons se romptent, l’adhérence disparaît. Les scientifiques ont donc essayé de reproduire ces setae. En 2003, ils sont parvenus à la structure nanométrique de ces petits poils. Ça marchait, mais seulement sur des surfaces sèches. Ce n’est que récemment qu’une équipe américaine a mis au point un matériau qui peut se coller et se décoller plus de mille fois sur une surface, même sous l’eau. Pourtant tout cela reste encore dans le domaine du laboratoire. C’est donc autre chose qui est commercialisé... La firme britannique BAE Systems a même synthétisé un matériau à base de polyimide, qui imite ces setae. Comme c’est une boîte militaire, je ne sais pas si ce matériau est commercialisé. Je n’arrive pas à savoir si les peaux de MP Sports utilisent cette technologie — à part leur nom suggestif — ce qui voudrait dire qu’elle est déjà sur le marché... ? Fonctionne-t-elle seulement quand le ski est sec ?

Au passage, heureusement que le lézard gecko ne fait pas parti des espèces menacées ou disparues... Parce que sans lui, pas de peau de phoque miracle ! Une bien belle application technologique de ce que la nature recèle de curiosités... Quant à imaginer tout ce que l’on ne connait pas encore !

https://en.wikipedia.org/wiki/Synth...

https://pasquedescollants.wordpress...

[1On dit que « ça botte » quand la neige colle sous la peau ou sous le ski entamant ainsi pas mal le moral du skieur !

[2En fait les recettes de grand-mère que l’on trouve ici et là dans les forums sur la toile ne fonctionnent pas, ou pas très longtemps ; on voit aussi par endroit que c’est l’inverse, le mohair aurait tendance à botter plus que le synthétique. Je vous dirais ça à l’usage...


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