Les tribulations d’un astronome

La science, c’est l’avenir !

vendredi 17 octobre 2014 par Guillaume Blanc

Sans recherche scientifique fondamentale aujourd’hui, pas de monde innovant demain. Certes, le « demain » de la science, c’est le « après le déluge » de la politique. L’internet dont nous aurions bien du mal à nous passer aujourd’hui n’a-t-il pas été mis au point par les scientifiques du CERN dans les années quatre-vingt ? Et même sans parler d’innovations, si chères à nos dirigeants, mais qui n’en saisissent pourtant pas la substantielle moelle, la recherche scientifique permet de faire progresser la connaissance sur le monde qui nous entoure. Comprendre notre univers, comment il évolue, ce qu’il contient, comprendre notre planète, et son réchauffement climatique en forme d’épée de Damoclès pour l’espèce humaine, comprendre notre corps, notre cerveau, etc. Comprendre le monde qui nous entoure, en faisant abstraction d’éventuelles applications technologiques, est finalement ce qui fait de nous des êtres humains. Insatiable curiosité.

Nos dirigeants s’évertuent à ne pas vouloir comprendre tout cela. La recherche scientifique française est prise à la gorge par une bureaucratie galopant exponentiellement : nous passons plus de temps désormais à chercher de l’argent - en vain, bien souvent - plutôt qu’à produire de la connaissance.

Les réformes successives de l’enseignement supérieur et de la recherche ont multiplié les couches administratives, ont diminué les fonds de fonctionnement des laboratoires, ont précarisés les chercheurs, ont tentés de nous monter les uns contre les autres, au prétexte de l’excellence du voisin, en créant des différentiels de salaires, ont mis les universités en faillites, j’en passe et des meilleures.

En 2009 nous étions dans la rue pour tenter de sauver l’université et le métier de l’enseignant-chercheur. Nous avions échoués piétinés par Sarkozy et ses sbires. Le public n’avait pas compris nos revendications. Nous n’avions pas su être pédagogues, dire combien un service public de formation universitaire est important dans une démocratie comme la France.

Aujourd’hui, le mouvement « Sciences en Marche » a commencé par se tourner vers le public pour expliquer ce que nous faisons dans nos labos, pour expliquer pourquoi la science est fondamentale pour un pays comme le nôtre. Nous ne cherchons pas une revalorisation de nos salaires, nous ne cherchons pas à améliorer notre quotidien individuel. Nous cherchons à ce que notre pays garde son « excellence » scientifique. Pour ce faire, nous cherchons à passer moins de temps à remplir des kilos de paperasses stériles ; nous cherchons à pouvoir faire notre boulot simplement, ce pourquoi on nous paye. Nous cherchons à ce que le doctorat devienne un diplôme reconnu et valorisé dans le monde des entreprises et des gouvernants, comme cela est le cas dans d’autres pays (Allemagne, États-Unis...). Nous cherchons à ce que nos enfants puissent tous accéder à un enseignement supérieur de qualité. Car l’accès à la connaissance est un droit démocratique fondamental.

Depuis trois semaines, des scientifiques partis des quatre (six) coins de l’Hexagone ont fait entendre leur voix aux habitants de la France, aux élus locaux, à la presse régionale et locale. Ils ont expliqué ici et là pourquoi ils avaient pris leur vélo pour rallier Paris.

Aujourd’hui, c’était la dernière étape. Convergence. Petit joueur, je n’ai participé qu’à celle-là. Un cortège de cent cinquante cyclistes est parti de Gif-sur-Yvette ce matin. J’ai momentanément laissé de côté mes copies à corriger, mes cours à préparer, pour me joindre au mouvement, parce que je sais que c’est important. Et accessoirement, en profiter pour faire un peu d’exercice sous prétexte que c’est pour la bonne cause !

Montée sur le plateau de Saclay, passage par le campus de Polytechnique, puis descente vers Massy et la coulée verte, que j’ai déjà arpenté hier pour aller enseigner à Paris Diderot. Cent cinquante cyclistes sur une piste cyclable, ça ne passe pas inaperçu !

Nous avons fait une pause méridienne sur les pelouses verdoyantes du Parc de Sceaux pour casser la croûte. Un rayon de soleil est même venu donner son approbation pour l’occasion. Puis quelques derniers coups de pédales avant l’arrivée à Paris à la porte d’Orléans où nous fûmes chaleureusement accueillis par quelques centaines de manifestants déjà présents.

Une étape rondement menée, organisée à la lettre. Une somme de travail, d’ailleurs cette organisation qui tourne à plein régime depuis quatre mois. Merci, merci, merci !

La balade passait donc le relais à la manif’. De pédalant, les cyclistes se sont retrouvés piétons, poussant leurs montures. À l’heure de notre arrivée, à 14h30, la mobilisation nous a paru décevante. Mais dans l’heure qui a suivi elle s’est enflée, enflée, pour devenir énooorme. Enfin, énorme pour des chercheurs qui préfèrent infiniment rester à travailler dans leurs labos que de descendre dans la rue, aussi noble que soit la cause. Énorme, c’est quelques milliers. Quelques milliers qui ont néanmoins fait l’effort. Un effort de quelques heures. Pour montrer une détermination à ne pas voir la France reléguée dans un avenir proche en pays pauvre de la science. Donc pauvre tout simplement. Si la pente actuelle n’est pas infléchie dans l’autre sens.

Une mobilisation réjouissante. Mais le plus important est que le message a été compris. Les initiateurs de « Sciences en Marche » ont su être pédagogues. Les médias ont bien relayé la chose. En 2009, ils nous avaient oublié, zappé. Il reste à voir si nos gouvernants continueront de faire la sourde oreille... ?

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Le cortège cycliste dans Polytechnique
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Parc de Sceaux
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Inversement
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Pique-nique
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Chorale
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Montures
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Feuilles d’automne
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Multitude
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Roue contre roue
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Se la coulée verte
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Bitume parisien
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Académicien
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Ah, ça, idées...
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