Les tribulations d’un astronome

Et si, et si... ?

lundi 12 janvier 2015 par Guillaume Blanc

Je suis allé à la marche hier. J’ai pris le RER, gratuit pour l’occasion, à Palaiseau, un RER déjà bondé, et qui, deux stations plus loin ne pouvait même plus ingurgiter un seul quidam, malgré la foule pressante sur les quais où il continuait de s’arrêter, imperturbable (ou presque). J’y suis allé avec des amis, laissant finalement Sarah à la maison avec sa mère, pensant qu’un tel rassemblement n’était peut-être pas sa place. Tergiversant quand même, pour revenir en fin de compte au « on ne sait jamais. » Bref, du coup, elle a fait une grosse sieste de 4h, Sarah, ce qui n’était pas plus mal, pour son humeur (et la nôtre).

Nous nous sommes donc désincarcérés de notre rame de RER à Châtelet, tandis qu’un flux continu de passants passait pour converger calmement vers République. Nous avons suivi le mouvement. Église Sainte Eustache, puis rue de Turbigo, où la masse compacte de la foule nous a stoppé net dans notre élan vers République. Il nous restait deux tiers de rue à parcourir, il nous restera toujours deux tiers de rue à parcourir. Au bout d’une bonne heure de piétinement, où nous avions parcouru environ 50 mètres, nous avons pris la tangente, une ruelle parallèle, pour nous dégourdir les jambes. Nous avons rejoint un immense cortège boulevard Beaumarchais, j’ai cru que c’était une branche de la marche « officielle » mais non. Pourtant, c’était noir de monde. L’arrivée sur la place de la Bastille, à petits pas, fut du même acabit.

Une foule immense, débordante, partout [1]. Une foule calme, digne. Intelligente. Une fois n’est pas coutume. Ce que j’avais craint n’a même pas eu lieu : aucun débordement, aucune manifestation de haine ou de violence. Pas un mot plus haut que l’autre. À peine quelques vagues d’applaudissements et quelques refrains de Marseillaise. De l’humain, partout, à perte de vue. Ce que j’ai vu m’a démontré qu’il y avait encore de l’espoir.

Quelle plus belle leçon aux terroristes que de s’unir pour montrer qu’ils ne nous font pas peur ?

Certes, nombre ne sont pas venus parce que le cortège était mené par une brochette de dirigeants dont la liberté d’expression ou la liberté tout court n’est pas le pain quotidien. Mais quelle que fut leur motivation pour venir, à ces dirigeants, (se couvrir d’une peinture humaniste comme d’autres se couvrent de peinture verte ?) le reste de la population était là, suffisamment nombreux pour ne pas leur laisser le champ libre. Leur présence, éclair, si elle n’a pas été occultée par la foule, a tout de même été minimisée par elle. Et puis, qui sait, peut-être sont-ils venus prendre des leçons sur la liberté chez nous ? (on peut être optimiste — et probablement naïf ! — mais l’espoir, c’est bon, par les temps qui courent).

C’était beau.

Tout le monde, avec ses différences, de couleurs, de pensées, de religions, de tout, était là. Si on peut être tous en intelligence dans les rues, avec nos différences, on pourrait peut-être aussi essayer de vivre dans notre société en intelligence avec nos différences, non ? OK, non seulement je suis naïf, mais également utopiste !

Évidemment, il va y avoir un après aussi, qu’il va falloir gérer. Si on pouvait éviter que le soufflet ne retombe trop vite, dans un monde où tout va à la vitesse de la lumière (la vitesse des bits dans les câbles). Si les journalistes pouvaient en prendre de la graine pour revoir leur copie sur leurs responsabilités dans la propagation de l’obscurantisme ? Si le peuple, réveillé en sursaut, pouvait garder son éveil pour éventuellement (re)prendre un pouvoir démocratique et citoyen qu’une oligarchie lui a confisqué ? Garder cette intelligence qui l’a rendu humain, hier.

L’humanisme a fait un grand pas en avant. Espérons qu’il ne recule pas à nouveau.

Nous devons lutter pour l’éducation, la meilleure arme contre le terrorisme et l’obscurantisme, pour la propagation du savoir et de la connaissance. Remettre les profs au centre de la société.

Réfléchir sur l’internet, cet outil génial inventé par les chercheurs qui communiquent depuis longtemps en s’affranchissant des frontières et des différences, mais qui leur a depuis largement échappé. Et c’est tant mieux : la science et les chercheurs font la société de demain. Mais il faut néanmoins se pencher sur le côté obscur de la toile, qui permet non seulement aux théories obscurantistes d’avoir pignon sur rue et de se propager comme une traînée de poudre [2], mais aussi aux djihadistes d’être recrutés.

Après tout, facebook contrôle tout ce que tout un chacun poste sur son réseau, et en profite pour censurer toute image de nudité ; pourquoi ne pourrait-il pas démasquer les terroristes en puissance ? La liberté, c’est aussi — même si on ne peut que le déplorer — se donner des règles pour que tout un chacun (enfin la majorité !) puisse vivre libre. Peut-être faut-il revoir le concept de liberté sur la toile ?

En amont, revoir notre système éducatif, en aval légiférer sur la toile pour ceux qui passent au travers du premier.

Les sujets où le progrès social peut faire son œuvre sont légion, même si de grands pas ont déjà été effectués (en France tout au moins). Il reste néanmoins du chemin. Sans compter le reste du monde.

Alors, et si dans l’immédiat le peuple reprenait vraiment les rênes ?

[1Pas loin de 4 millions de personnes sont descendues dans la rue un peu partout en France. Plus d’ 1,5 millions de personnes à Paris, soit plus de 10% des franciliens, un quart de la population lyonnaise, la moitié des embrunnais, une bonne fraction des queyrassins à Ville-Vieille...

[2D’ailleurs hier nous sommes passés boulevard de la Bastille, devant une échoppe intitulée : « Syndicat National des Magnétiseurs » ; comme quoi l’obscurantisme a même pignon sur une vraie rue à Paris !


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