Les tribulations d’un astronome

De la compétition en montagne

dimanche 13 mars 2016 par Guillaume Blanc

Je m’interroge... Hier vient de se terminer la Pierra Menta, une compétition de ski alpinisme mythique qui se déroule sur 4 jours, avec plus de 10000 mètres de dénivelés à parcourir. Les skieurs qui font ça méritent l’admiration, en particulier ceux qui arrivent en tête, les Kilian Jornet, Mathéo Jacquemoud, avec une petite pensée spéciale pour la championne haut-alpine Laetitia Roux qui traverse et domine les courses avec le sourire et qui en plus les gagne depuis des années.

Mais franchement, qu’a bien pu faire la montagne pour mériter ça :

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© Sergio Palumbo - 123savoie.com

Ou ça ; ça, ou encore ça [1]

En voyant ça, j’ai personnellement envie de m’enfuir aux antipodes : je ne vais pas en montagne pour retrouver la foule des centres commerciaux du samedi après-midi. Mais je dois être le seul...

Une montagne initialement sauvage — le Beaufortain — sécurisée, balisée, assailli par des hordes de compétiteurs et des hordes non moins sauvages de « touristes » venus là pour le spectacle. Le tout photographié par des ballets d’hélicoptères...

Le jeu, car c’est bien là un jeu, jeu du cirque transposé dans un arène moderne, la montagne, en vaut-il la chandelle ? L’environnement montagnard doit-il se transformer comme ça en stade olympique ?

Même si j’ai de l’admiration pour les champions de la discipline, je ne crois pas que les montagnes soient faites pour accueillir ce genre de spectacle. En montagne, les limites se repoussent individuellement, dans un cadre non balisé...

Et pourtant, je me sens bien seul à penser ça, quand je vois ces images noires de gens, quand je vois la multiplication des courses de ski alpinisme, voire même leur version estivale, les trails, dont le nombre explose un peu partout. Certes, à choisir, il vaut encore mieux de telles compétitions que des courses de moto-cross ou de quads dans un tel milieu, l’impact est quand même moindre. Mais ne vaudrait-il pas plutôt rien du tout ? Ne serait-il pas mieux de laisser la montagne comme elle est, de laisser la liberté à tout un chacun de la fréquenter comme il veut et quand il le souhaite. D’autant que, finalement, ces courses, Pierra Menta et cie, s’approprient égoïstement tout un massif pour ce faire.

Bref, mon sentiment est très mitigé entre ce beau moment de sport probablement pas encore (?) perverti par l’inévitable dopage et cette montagne, fragile, transformée en vaste cirque pour ce faire. Les chamois et autres tétras-lyres n’ont qu’à bien se tenir, et surtout se barrer de là, ce n’est plus chez eux !

C’est le cas pour la Pierra Menta, mais c’est aussi vrai pour n’importe quelle course de ski alpinisme, ou trail se déroulant en montagne, comme l’UTMB et ses inombrables dérivées.

Le sentiment de montagne — solitude devant la majesté des paysage, danger et prise de décision, risque, silence, beauté à toutes les échelles, humilité... — est perverti par ces organisations éléphantesques, ces milliers de concurrents qui se déversent dans le milieu que ce soit sur un sentier balisé sur une trace non moins balisée dans la neige. Ne peut-on pas circonscrire ces inévitables compétitions, « jeux du cirque » de l’ère moderne, dans les stades existants déjà prévus à cet effet, là où la montagne est déjà modelée à l’image de l’homme pour ses divers plaisirs, stations de ski et autre. Plutôt que d’aller investir et annexer — certes momentanément — d’autres terrains encore sauvages... Momentanément mais de plus en plus souvent. L’engouement pour ce genre de divertissement est tel que les compétitions se multiplient. Et hop, on réquisitionne — la compétition n’a-t-elle pas tous les droits ? — un petit bout de montagne pour quelques jours, le temps que suée à la queue-leu-leu se fasse. Comme s’il fallait absolument être en compagnie de milliers d’autres (inconnus) pour que la dite-suée prenne tout son sens ! Moi, je préfère être seul avec mes amis. Mais bon. Je dois être le seul.

Pauvre montagne, tout de même !

[1J’avais mis deux photos de Ulysse Lefebvre de Montagnes Magazine, mais il m’a demandé de les retirer d’une part parce que je ne lui avais pas demandé l’autorisation (ce qui est vrai, mais comme elles trainaient sur le web, et que je les avais créditées, je ne pensais pas que cela posait un problème), mais surtout parce qu’elles illustrent un article qui est contraire à l’objectif initial de ces photos, qui visaient à promouvoir la Pierra Menta...


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