Les tribulations d’un astronome

Ces terroristes dans nos campagnes

lundi 17 octobre 2016 par Guillaume Blanc

Car il faut appeler les choses par leurs noms : quand je croise des chasseurs en forêt, j’ai peur : ils sont armés, moi pas. N’est-ce pas l’apanage du terrorisme que de générer la peur avec des armes à feu ?

Ce week-end, petite fête d’anniversaire dans un centre de vacances à flanc de colline dans les Monts du Lyonnais. Dimanche, au réveil, après un petit déjeuner gargantuesque, le beau temps égouttait la rosée, le soleil se reflétait dans les myriades de gouttelettes faisant briller les prairies de mille feux. Les enfants jouaient dehors. Une petite balade est improvisée dans la forêt juste là. Malgré le fait que la-dite forêt semblait accaparée par les chasseurs : nous entendions les couinements des clebs et parfois des tirs. La peur au ventre – les balles perdues ne sont pas un mythe ! – mais il faut bien continuer de vivre, après tout c’est notre liberté que d’aller nous promener en forêt, nous nous enfonçons dans les bois. Ma fille sent le stress palpable. Du coup, elle n’est pas complètement rassurée. Au bout de cinq minutes des chiens grelottant nous tournent autour. Les chasseurs ne sont pas loin. Je dis aux enfants de crier, de chanter à tue-tête. Faire fuir les malheureuses bestioles pour leur donner une chance devant les tueurs, faire acte de notre présence et de notre statut d’humain et non de sanglier – on sait que parfois le chasseur a du mal à faire la différence. Nous poursuivons, pas très rassurés. Le centre de vacances était cerné : tirs de tous les côtés, chiens évoluant entre les baraquements. Guérilla ? Non, loisir du dimanche, paraît-il.

Terrorisme (n. m.) : ensemble d’actes de violence (attentats, prise d’otages, etc) commis par une organisation pour créer un climat d’insécurité, pour exercer un chantage sur un gouvernement, pour satisfaire une haine à l’égard d’une communauté, d’un pays, d’un système. (Larousse)

La violence des chasseurs est certes essentiellement concentrée contre les animaux (et la biodiversité est quelque peu entamée à cause d’eux), mais quand on se balade avec des armes au milieux de gens, armés (autres chasseurs) ou pas (vous et moi), on peut prendre un humain pour un chevreuil (comment, je ne sais pas, mais les faits sont là). Moi, cet état de fait me terrifie. L’organisation est celle des chasseurs, le climat d’insécurité est évident, et s’il n’y pas de chantage, en revanche les chasseurs doivent forcément satisfaire une haine envers les animaux et la nature d’une part, et la communauté des promeneurs arpenteurs de la nature en tout genre, d’autre part.

C’est ainsi que les chasseurs terrorisent nos campagnes depuis tellement longtemps que nombre d’entre nous se sont accommodés, un peu comme un pays en guerre depuis des années continue de vivre malgré tout. Mais faut-il pour autant baisser les bras et cautionner cette appropriation de la nature, de la forêt, de la campagne ? Faut-il rester cloîtrer chez soi, parce qu’on a peur d’aller faire une balade en forêt ? Ce serait cautionner ces terroristes de la nature. Leur donner raison. Non. Il faut lutter. La liberté est plus forte que tout, celle de se promener dehors étant primordiale. Tout comme on continue d’aller aux concerts malgré la menace djihadiste, on continue d’aller en forêt malgré la menace des chasseurs. Et pourtant cette dernière me semble bien plus prégnante, même si moins spectaculaire, que la première.

Moins d’un million de « viandars » en France, pourquoi feraient-ils la loi dans la nature sous prétexte qu’ils se baladent avec des armes ? Parce que nos (sic !) élus (oligarques ?) les aident, peut-être parce que soi-disant, la chasse pèse 2,2 milliards d’euros sur l’économie (et la protection de l’environnement ?). Apologie de la chasse, et donc du terrorisme dans les campagnes, par notre président (octobre 2015, interview dans Le Chasseur Français), aides astronomiques par la région Rhône-Alpes-Auvergne, 3 millions d’euros aux chasseurs, donc cautionnement de la vente d’armes puisquela majeure partie des dépenses de chasse par les chasseurs l’est pour des armes.

Nos enfants subissent la peur du terrorisme à l’école, avec notamment les multiples exercices de confinement qu’on leur impose avec plus ou moins de doigté, le week-end ils ne peuvent même pas gambader dans la forêt en toute impunité, car si le terrorisme à l’école reste « théorique » et lointain en revanche celui des campagnes et forêts est bel et bien là, palpable : les chasseurs sont visibles, leurs armes aussi. Pourquoi tolère-t-on ces carabines et ces fous de la gâchette ? Pratique moyenâgeuse et donc anachronique. Il faut que cela cesse : rendez-nous nos campagnes !

Pétition pour l’arrêt de la chasse le dimanche : ce serait déjà un début...


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