Les tribulations d’un (ex) astronome

Vocation astronome

vendredi 30 avril 2010 par Guillaume Blanc

« La vocation, c’est avoir pour métier sa passion » Stendhal

« La vocation est un torrent qu’on ne peut refouler, ni barrer, ni contraindre. Il s’ouvrira toujours un passage vers l’océan » Henrik Ibsen, Brand

« Je sais que la vie vaut la peine d’être vécue, que le bonheur est accessible, qu’il suffit simplement de trouver sa vocation profonde, et de se donner à ce qu’on aime avec un abandon total de soi » Romain Gary

« La vocation est un concept qui concerne très peu de gens. La plupart du temps, la vie se construit de hasards » Stéphanie Janicot, La Constante de Hubble

 Préambule

Tandis que j’envisageais une petite digression sur le pourquoi du comment j’en suis arrivé là, quelques lignes quoi, la chose m’a emporté d’elle-même dans les tréfonds de ma mémoire, et il en est ressorti plus de matériaux que je ne l’avais imaginé de prime abord. Moi qui pensais avoir une mémoire passoire ! J’ai quasiment tout gardé. J’ai un peu peur que cela n’intéresse que moi (ce qui est déjà pas mal, ceci étant), et n’ai guère d’intérêt pour vous...

Où peuvent bien être les prémices, les racines d’une passion ? Pourquoi l’astronomie et pas la culture des betteraves ou la collection de boîtes de camembert ? Autant de questions auxquelles il n’est pas aussi simple de répondre. Au « pourquoi » est inextricablement lié le « comment »...

 L'école primaire : premières curiosités

Dans mes premiers souvenirs, il y a mon père qui me montre quelques constellations dans le ciel, la Grande Ourse et Cassiopée, qui m’avait marqué, ce fameux W distordu et à l’envers. La Petite Ourse, j’ai mis du temps avant d’arriver à la repérer. Mes parents habitent à la campagne, en montagne, dans un lieu où le ciel nocturne brille littéralement de mille feux, loin de toute lumière citadine. Et ce sont à peu près les deux seules constellations que je sais encore reconnaître aujourd’hui !

Un vague souvenir d’éclipse partielle de Soleil, que nous avions regardé à l’aide d’un masque de soudeur. Le Soleil s’était alors couché en croissant derrière les montagnes — c’était pas très loin du solstice d’été, car le Soleil s’était couché très au nord-ouest, au-dessus de la Tête de l’Hivernet. Ça devait être le 30 mai 1984 [1] ! Je me souviens aussi avoir fait mon premier poster astronomique à l’occasion d’une fête de Noël de l’école. J’avais découpé des images du ciel dans Ça m’intéresse, que j’avais collées sur une planche recouverte de papier blanc. L’œuvre avait été exposé à l’auberge du village pendant la soirée. Personne n’y avait vraiment prêté attention (ben oui, déjà à cette époque...), tout à la fête qu’ils étaient. N’empêche que c’est resté gravé dans ma mémoire comme la première matérialisation d’une passion balbutiante.

 Les années collège-lycée : l'« astro » entre potes !

Puis il y eu le collège. En sixième j’ai découvert l’existence d’un club astro au sein de l’établissement. Malheureusement pour moi, il tenait ses réunions le lundi soir de 16h à 17h, et j’avais alors cours de français, c’était une sorte de « soutien » ou un truc du même acabit, avec une vieille prof acariâtre qui ne voulait rien savoir quand je la suppliais de déplacer le cours pour que je puisse aller au club astro... À la même époque, mon père m’emmenait à une série de conférences d’astronomie qui coïncidait alors avec le passage de la comète de Halley au voisinage du Soleil. À l’issu de l’une d’entre elles, j’ai même vu le petit nuage cotonneux qu’était la comète dans une paire de jumelles. Ces conférences étaient données dans une petite bibliothèque de village, créée par des amis à mes parents, par un vieil homme passionné et passionnant. Un conteur hors-pair qui nous racontait aussi bien les aventures de savants de la renaissance que les dernières découvertes astronomiques. J’étais subjugué et noircissait des cahiers de notes. Ce fut la naissance de l’association Copernic, qui officie toujours du côté de Gap, et que j’ai fréquenté plus ou moins assidûment par la suite. Je suis retourné épisodiquement discuté passionnément avec ce personnage, abbé de son état, voûté par le poids des ans, à la barbe blanche, jusqu’à ce son dieu le rappelle à ses côtés, fin 2008.

Du côté du collège, dès la cinquième, j’ai pu, enfin, aller au club astro. Nous étions une bande de copains passionnés par les étoiles. Nous nous réunissions pour discuter, faire des projets, etc. Ce club a eu des hauts et des bas. Des bas quand nous étions livrés à nous-mêmes, des hauts quand finalement un prof avait pitié de nous et décidait de nous aider à organiser des choses. Je me souviens en particulier d’une prof du lycée, pas particulièrement attirée par les sciences ni l’astronomie — elle était prof de dactylo ou un truc comme ça dans les filières professionnelles, je crois —, mais qui avait été conquise par notre enthousiasme. Grâce à elle nous avions pu aller observer à Puimichel, en Provence, dans ce qui était alors le plus grand observatoire amateur : un télescope de un mètre de diamètre ! Un beau souvenir [2].

Certains copains se sont lancés dans la construction de télescopes, avec grand succès. Moi je n’ai jamais franchi le pas, peut-être plus attiré par des choses plus théoriques... N’empêche que grâce au télescope de l’un d’entre eux, nous avons passé de belles nuits sous les étoiles, sur une petite butte au milieu de la forêt du Morgon, à scruter, l’œil à l’oculaire, ces nébulosités blanchâtres du « ciel profond », pendant que d’autres allaient en boîte... Ce qui ne nous empêchait pas de manger des merguez au Nutella et de délirer autour d’un joli feu de camp ! Quand d’autres s’abreuvaient de tords-boyaux, nous nous abreuvions de merveilles célestes... Que de nuits blanches avons-nous passées comme ça sous les étoiles !

À défaut de construire un télescope, je m’en étais payé un, d’occasion. Un « 115/900 » de base qui m’avait coûté 1500 francs ! D’ailleurs, c’était le prof de physique que j’aurais en Terminale qui me l’avait vendu. J’observais le ciel depuis le jardin familial, avec. Et puis je l’ai revendu quelques années plus tard, finalement.

Pendant mes années collèges, je regardais la télé. À l’époque, sur la troisième chaîne, il y avait une émission d’astronomie [3] pour les jeunes, le mercredi matin, ou quelque chose comme ça. Vous imaginez facilement que me priver de la chose eu été un crime de lèse-majesté. Je ne me souviens plus vraiment de quoi ça parlait, en revanche je me souviens qu’il y avait un concours étalé sur plusieurs émissions consécutives. Il fallait reconnaître un astre à partir de bouts d’images. Je me souviens que dès le premier morceau du puzzle, j’avais reconnu Jupiter. J’ai donc décidé de participer. Et j’ai contre toute attente, j’ai gagné. Et pas une vulgaire babiole ! Non, j’avais gagné un séjour d’une semaine d’initiation à l’astronomie à l’observatoire d’Aniane, dans l’Hérault. Le stage se déroulait en été. C’est ainsi que mon père s’est payé je ne sais combien d’heures de route pour m’emmener là-bas. Aller-retour pour m’emmener, puis de nouveau pour venir me rechercher. Oui, mon père est un saint : il m’aurait emmené au bout du monde pour satisfaire ma passion !

Je m’étais proprement régalé pendant ce stage. Bien sûr j’avais appris plein de trucs. La journée nous avions des ateliers théoriques et pratiques, le soir, c’était observations sur les télescopes amateurs de l’observatoire. Il fallait un peu marcher dans la garrigue entre les bâtiments communs, réfectoire et dortoirs, et les coupoles sur la colline qui abritaient télescopes et lieu du stage proprement dit. Au bord de la route j’étais tombé par hasard sur un champ de fossiles. Comme j’adorais collectionner les cailloux, je récoltais un paquet de fossiles de coquillages. Comme quoi l’astronomie mène à tout ! À la fin du stage, mon père est revenu me chercher. Nous en avions profité pour piquer une tête dans une belle rivière qui devait être l’Hérault (?) Et pour visiter une belle grotte...

Si l’observation du ciel me divertissait, surtout avec ma bande de copains, je préférais quand même l’astronomie dans les livres. Je passais ainsi des heures dans les encyclopédies du CDI de mon collège-lycée... Parallèlement, comme j’étais pas trop mauvais dans les matières scientifiques, qui me passionnaient infiniment plus que l’histoire-géo, c’est naturellement que j’ai fait une première S, puis une terminale C, comme ça s’appelait à l’époque. Au lycée, si mes souvenirs sont exacts, le métier d’astronome ou de chercheur m’était inconnu. Je voulais vaguement être pilote de chasse. Puis la guerre du Golfe m’en dissuada : j’aurais bien aimé piloter des avions de chasse mais pas pour faire la guerre... Or pour être pilote d’essai, il fallait en passer par là ! Rien à voir avec Tanguy et Laverdure dont les aventures en bandes dessinées me faisaient rêver.

 La prépa : révélation !

En terminale, j’ai tout naturellement fait des dossiers pour aller en prépa. Classes Préparatoires aux Grandes Écoles. Maths Sup’. Je ne me souviens plus pourquoi l’université n’avait pas retenu mon attention. Probablement à cause de ma prof de math, une des meilleures profs que j’ai jamais eu, qui m’avait naturellement poussé à faire un dossier prépa... C’est ainsi que j’ai été pris au Lycée Paul Cézanne, à Aix-en-Provence.

Quand je suis arrivé en Maths Sup’, notre prof principal, qui était aussi notre prof de maths (un sacré personnage qui a alimenté des heures et des heures de conversations entre nous : il avait pour habitude de nous donner la démonstration des théorèmes au tableau, mais dans le désordre ! Et le pauvre ne le faisait pas exprès... Mes notes de cours de cette époque sont remplies de flèches dans tous les sens qui tentaient de reconstituer les puzzles !), nous avait demandé à chaud, comme ça, quelle école nous souhaiterions intégrer. Je me souviens avoir répondu Sup’Aéro... Car je me voyais bien travailler plus tard sur les avions, les fusées, l’aéronautique, l’espace, tout ça, quoi... L’espace m’attirait (et m’attire toujours :