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Des tentes et des halos

Un ami de mon père disait qu’il en avait terminé avec ses objectifs en ski de randonnée : traversée de ci, de ça, mont bidule, les trucs connus qui font rêver. Plus d’objectif, plus de rêve ? Plus d’aspiration à chausser les planches ? Je prends la question à l’envers : l’envie de skier est intacte, je laisse les conditions me dicter les opportunités.

Partir quelques jours avec notre maison de toile dans le sac à dos nous démangeait d’autant plus que la grippe nous en avait empêché l’année dernière. Les prévisions météorologiques prévoyaient un alignement de jours ensoleillés. Mais les conditions de neige n’étaient pas forcément au rendez-vous. Suite aux fortes chutes des semaines précédentes, les quantités de neige dans les Hautes-Alpes sont supérieures aux normales saisonnières mais la contrepartie est un degré de danger d’avalanche encore élevé. Un peu trop pour partir à l’aventure de col en col.

Dévoluy — 25 au 28 février 2026

À l’issue de quelques heures passées à explorer les différentes possibilités, nous optons pour le Dévoluy, son enneigement exceptionnel pour un mois de février, et une stabilité du manteau neigeux qui semblait autoriser quelques facéties.

Un arrêt au magasin bio et vrac pour faire le plein de victuailles, et un peu (trop — on avait oublié une pièce importante !) de route plus tard, nous arrivons au col du Festre vers 14 h. Il fait beau, il y a pas de mal de monde, des rangées de voitures garées le long de la route. Une place, on s’y engouffre. Des skieurs reviennent de leurs balades, des familles profitent de la neige et du soleil. On se change, on termine les préparatifs, on charge les sacs sur les épaules et traverse la route. On se lance.

Vaste étendue de blancheur peu inclinée que nous traversons à pas lents. La neige est molle, de moins en moins de monde au fur et à mesure que la pente se redresse : cap sur le col des Aiguilles. Ici, une famille joue avec un kyte et des skis, plus loin, c’est sur une luge que ça se passe. Au-delà, seuls. Un collet, avec une première belle descente de 150 m sur une superbe moquette, puis les traces se raréfient. Le vallon se resserre, les barres rocheuses nous surplombent, paysage typique du Dévoluy — des chamois nous matent de leurs perchoirs. Le soleil est caché.

En remontant le vallon des Aiguilles.

En remontant le vallon des Aiguilles.

Le col est barré par une immense corniche — le vent a dû souffler particulièrement fort — un mur de 4 à 5 m au plus haut. On le contourne, évidemment. Je comprends pourquoi le degré de danger d’avalanche était moindre par ici : le manteau neigeux a été stabilisé par un ou des épisodes de pluie jusqu’en haut comme en témoigne les rigoles dans le sens de la descente — mouillé puis regelé, la bonne recette ! La neige est cannelée de haut en bas. Ce sera sa principale caractérique tout au long de nos pérégrinations.

La pluie a façonné le manteau neigeux.

La pluie a façonné le manteau neigeux.

En émergeant au col dans le soleil doré de cette fin d’après-midi, le paysage du haut Buëch s’ouvre devant nous encadré par deux bastions de roches calcaires finement sculptées aux couleurs ocres. Une belle pente de neige s’étend sous nos skis jusqu’à La Jarjatte, tout au fond, en bas, dans l’ombre. Les pentes raides du départ accueillent nos premiers virages.

Descente du col des Aiguilles, versant ouest. Entre deux aiguilles de
roche. La Lune veille.

Descente du col des Aiguilles, versant ouest. Entre deux aiguilles de roche. La Lune veille.

Gerbe d’écume dans le soleil couchant : mais avec le gros sac, il faut
néanmoins assurer les appuis !

Gerbe d’écume dans le soleil couchant : mais avec le gros sac, il faut néanmoins assurer les appuis !

Nous nous délectons de chaque courbe malgré le poids conséquent sur le dos qui limite les élucubrations. Une cascade de neige descend d’une falaise dans un bruit sourd venant rappeler que la neige humide, ça coule parfois. D’ailleurs, plus nous perdons de l’altitude, plus nos virages doivent être énergétiques : la neige devient une soupe dense et profonde de laquelle il faut s’extirper à chaque changement de direction. Nous arrivons avec un certain plaisir tout en haut de la station de ski de La Jarjatte : pour une fois que les pistes « damnées » sont salutaires ! Seuls, évidemment : la station a rendu son âme au silence depuis un moment, la mécanique est figée. La piste est une saignée au milieu d’une immense forêt sombre. En bas, nous remettons les peaux (pour la troisième fois), pour nous éloigner un peu et poser notre tente à l’écart. Mais la civilisation n’est jamais très loin, et, en l’occurrence les pistes de ski de fond. Nous optons pour un coin de champ à proximité de quelques arbres avec une neige immaculée. Le soir tombe, il faut bientôt allumer les frontales. Tandis que nous terminons de nous installer, la dameuse passe à quelques encablures. Et repasse. Puis elle s’amuse un peu plus loin dans un grognement intempestif : marche avant, vroummmm, marche arrière, re-vroummmm. Pendant une bonne partie de la soirée. Pour le calme des montagnes, on repassera. Je crois que je me suis finalement endormi avant qu’elle n’ait terminé.

Deuxième jour. Nous remontons la piste de ski de fond qui longe le Buëch. Nous nous dirigeons vers les sources de la rivière. Rivière qu’il faudra traverser, délicat exercice d’équilibre entre deux rochers affleurant des flots, qui se termine sans pieds trempés.

Équilibre de bon matin...

Équilibre de bon matin...

Nous suivons le sentier pour remonter le ravin du Fleyrard jusqu’à la cabane du même nom, d’abord les skis sur le dos, puis aux pieds. Nous traversons quelques coulées de neige humide, alors figées, qui se sont frayées un chemin dans la forêt !

Des coulées de neige humide ont traversé les bois. Elles sont figées
par le gel matinal.

Des coulées de neige humide ont traversé les bois. Elles sont figées par le gel matinal.

La dernière, dans le lit du Lauzon, est impressionnante : elle a creusé un large couloir dans le sous-bois, les arbres sont broyés sur son passage. Nous remontons ensuite une vaste pente à plus de 30° puis 35° sur plus de 300 m, sur une neige dure, en équilibre sur nos carres et sur nos couteaux : ce n’est déjà pas mon exercice préféré en temps normal, mais avec 20 kg sur le dos, je suis plutôt content d’en sortir par le haut, au niveau du lac du Lauzon. Dernière petite pente qui se termine à pieds pour accéder au col de Charnier.

Au-dessus du lac de Lauzon pour accéder au col de Charnier : petite
marche entre les piles d’assiettes.

Au-dessus du lac de Lauzon pour accéder au col de Charnier : petite marche entre les piles d’assiettes.

De là, nous décidons de poser un peu (beaucoup) de matériel et de monter sur la tête de Vallon Pierra qui nous domine. Neige printanière sous les spatules, je jubile à l’idée de la descendre. De là-haut, nous surplombons la cuvette du Triève verdoyant et le Vercors au-delà — autres murailles, mont Aiguille, Grand Veymont — qui s’étalent au pied de ce rempart ouest du Dévoluy haut de 1000 m.

La cuvette du Triève entre les murailles du Dévoluy et du Vercors, au
fond.

La cuvette du Triève entre les murailles du Dévoluy et du Vercors, au fond.

Le sommet donne sur la face sud du Grand Ferrand, parcouru il y a presque 20 ans !! Il est majestueux avec ses couronnes de roc entrecoupées d’écharpes de blancheur. Nous redescendons vers notre dépose de matériel : les virages s’enchaînent avec grace sur cette pente parfaitement revenue au soleil. Et sans sac lourd, le plaisir se fait légèreté.

Après un rapide pique-nique, nous poursuivons notre descente, avec les sacs pleins, cette fois. Nous devons traverser longuement des pentes nord, sur une neige dure et trafolée, pas du tout agréable. Il faut ensuite remettre les peaux sur quelques dizaines de mètres pour contourner le verrou des Adroits. Nouvelle descente, au soleil, dans une neige profonde.

Poursuivre notre périple vers le nord nous impose de traverser ce torrent des Adroits. Or il se défend bien : protégé par des barres rocheuses et une épaisse forêt, il va nous donner du fil à retordre. La seule possibilité semble être un sentier balisé de randonnée dans la forêt. Nous le trouvons (vive le GPS !), et le suivons tant bien que mal, de discrète balise colorée en discrète balise colorée sur les troncs des arbres. La forêt est vraiment dense, c’est un exercice difficile à skis : la pente est faible, nous descendons avec les peaux. Au point bas, nous nous égarons à cause d’un deuxième chemin balisé non indiqué sur la carte (c’est pourtant un GR !). Après un peu de bataille dans la forêt, nous nous y retrouvons et parvenons sur les clairières aperçues d’en haut et convoitées pour poser notre camp. Nous voulions monter la tente suffisamment tôt pour qu’elle ait le temps de sécher au soleil. Ce fut presque loupé, le bucheronnage en forêt n’ayant pas été notre allié en cela !

Bûcheronnage.

Bûcheronnage.

Deuxième bivouac.

Deuxième bivouac.

Troisième jour. Nous nous extirpons assez facilement de la forêt, pour rejoindre le vallon de Truchière qui devrait nous emmener à la tête de l’Aupet. Nous faisons un dépôt de matériel quand nous pénétrons dans ce vallon. Un skieur nous rejoint, nous double : un collant-pipette-sans-pipette-mais-avec-un-bidon, pas tout jeune, comme quoi, il n’y a pas d’âge, qui nous mettra une heure dans la vue. Nous croisons, de loin, une poignée d’autres skieurs. Nous avions déjà fait cette balade il y a plusieurs années ; elle est très belle, entre les rochers dolomitiques typique du Dévoluy. Au sommet, panoramique, idéalement situé entre l’Obiou et le Grand Ferrand, nous rejoignons un couple de jeunes skieurs arrivé peu avant et échangeons quelques mots.

Depuis la tëte de l’Aupet : verticalité souligné d’un saupoudrage de
blancheur.

Depuis la tëte de l’Aupet : verticalité souligné d’un saupoudrage de blancheur.

Excellente descente — on s’habitue rapidement à la bonne neige ! Nous cassons la croûte un peu plus bas assis sur les sacs. Nous décidons qu’il est un peu tôt pour monter le camp, et remettons les peaux pour rejoindre le sommet de la crête de l’Étoile, une incroyable pente de neige peu raide — entre 20° et 25° — sur 450 m de dénivelé, triangle isocèle presque parfait à la base très large qui converge au sommet. D’en haut, une vue plongeante sur le vallon du Grand Villard en haut duquel démarre le chourum Olympique, cette voie féérique d’alpinisme hivernal qui débouche au sommet du Grand Ferrand.

La dépression du Gouturier en haut du vallon du Grand Villard en face
est du Grand Ferrand. Le chourum Olympique traverse les deux barres
rocheuses par l’intérieur pour déboucher sur le plateau sommital.

La dépression du Gouturier en haut du vallon du Grand Villard en face est du Grand Ferrand. Le chourum Olympique traverse les deux barres rocheuses par l’intérieur pour déboucher sur le plateau sommital.

Nouvelle belle descente. Nous récupérons nos affaires et allons planter la tente un peu plus bas aux abords d’une pessière.

Comme chaque jour, la neige est humide le soir, on s’enfonce jusqu’aux genoux : il faut faire attention de ne pas poser le pied là où on veut placer la tente, au risque d’avoir un trou gênant sous les matelas ! Puis le regel et le rayonnement font leurs œuvres durant la nuit. Au petit matin, ça porte... Neige de printemps avec un ou deux mois d’avance.

Dans la nuit, à l’occasion d’une sortie il y avait un magnifique petit halo autour de la presque pleine Lune. La première fois que j’en vois un.

Petit halo lunaire. Les sorties nocturnes ont parfois du bon...

Petit halo lunaire. Les sorties nocturnes ont parfois du bon...

Quatrième jour. Nous poursuivons notre périple vers le nord, toujours. Mais cette fois, nous sommes légers, nous laissons la tente en place le temps de faire l’aller et retour à la tête de Lapras. Premier peautage pour suivre une courbe de niveau dans une forêt de sapins de Noël, moins dense que celle de l’avant-veille. La progression est beaucoup plus aisée. Au niveau de la cabane Baudinard, élégamment adossée à un parallèpipède rectangle de roche qui semble avoir été taillé pour l’occasion par quelque géant, nous obliquons dans le vallon du Mas. Contrairement aux jours précédents, le ciel est un peu voilé, je me demande si la neige va bien décailler. Quelques skieurs devant nous, pas mal d’autres derrière nous. Un collant-pipette-sans-pipette nous dépasse de manière indécente, nous le perdons rapidement de vue. On se demandait si notre objectif du jour serait effectivement la tête de Lapras ou bien, en fonction du dégel de la neige, un autre sommet ou col du secteur. La pente qui mène à Lapras semble accueillante, nous nous laissons tenter. Elle s’avale sans fioriture, la pente terminale est courte et peu inclinée. Un groupe de quatre personnes engoncés dans des doudounnes discute au sommet. Ils attendent que « ça décaille » ! Nous sommes juste en face de la voie normale estivale de l’Obiou — sentier du vertige — qui sillonne avec astuce la face sud pourtant quasiment verticale de cette montagne. Après avoir avalé quelques biscuits et poignées de graines, quelques gorgées d’eau, nous nous préparons pour descendre. Un magnifique halo à 22° décore le ciel, juste au-dessus du plateau de Bures au sud-est.

Petit halo depuis le sommet de la tête de Lapras, à l’aplomb du
plateau de Bures.

Petit halo depuis le sommet de la tête de Lapras, à l’aplomb du plateau de Bures.

La première pente est en neige dure. La seconde, la plus raide, est revenue juste comme il faut. Le reste de la descente se fait sur un tapis de délice en courbes. Mille mètres de plaisir intégral. La plus belle descente de notre balade, et pourtant il y en a eu peu à jeter. De surcroît, nous avons le plaisir de passer avant la « foule » — une vingtaine de skieurs était encore agrippée aux flancs de la montagne tandis que nous dessinions nos premiers virages.

En retraversant la forêt de sapins de Noël. Pessière, en fait.

En retraversant la forêt de sapins de Noël. Pessière, en fait.

Au niveau de la cabane, repeautage et trajet forestier en sens inverse. Nous rejoignons notre tente et plions le reste du matériel. S’ensuit une longue traversée faite de descentes et de montées. Nous devons parcourir dans l’autre sens la forêt dense et piégeuse de l’aller. Nous y retrouvons nos traces, d’ailleurs. Des hauts et bas. Avec quelques reliefs surprises qui font que nous arrivons seulement vers 17 h à la voiture, au bout du sixième peautage de la journée.

Dernière ligne droite ? Presque...

Dernière ligne droite ? Presque...

La porte de Nulle-Part.

La porte de Nulle-Part.

Chamalows ? Horribles empaquetages de plastiques entassés dans la
cours d’une ferme d’élevage.

Chamalows ? Horribles empaquetages de plastiques entassés dans la cours d’une ferme d’élevage.

Le retour à la civilisation est brutal : la route du col du Festre le long de laquelle nous sommes garés est très passante. Ça roule vite. Ça contraste avec le calme, le silence, la solitude, la nature qui ont été notre quotidien depuis quatre jours.

Cerces — 3 et 4 mars 2026

Deux jours plus tard, nous reprenons le chemin des sommets avec la tente, une autre tente, un poil plus grande, car nous serons trois. Notre fille sera là. Nous optons pour un vallon suspendu — le « Grand Vallon » au-dessus de Mônetier-les-Bains. Autre cadre, autre massif. Nous partons pour deux jours, l’idée est d’expérimenter la nuit sous tente avec elle. Peu de dénivelé au programme et nous choisissons des balades qui devraient être en bonne neige.

Départ au soleil au-dessus du Mônetier-les-Bains.

Départ au soleil au-dessus du Mônetier-les-Bains.

Avec le sourire !

Avec le sourire !

Départ du Mônetier en fin de matinée. On chausse à la voiture. Malgré le versant sud et des températures printanières, la neige est de plus en plus disparate, mais elle est restée continue sur notre trajectoire. Nous pique-niquons assis sur un talus en herbe. Quelques skieurs et skieuses redescendent dans des gerbes de neige humide. Nous posons la tente à 2300 m sur une croupe à l’orée du Grand Vallon. Le ciel s’est couvert, le soleil est bien voilé, ce qui rend l’atmosphère assez fraîche. Nous avons une vue incroyable sur le massif des Écrins. Avec aux premières loges les dômes de Monêtier, la montagne des Agneaux, la Barre des Écrins, le Pic de Neige Cordier, La Meije, les pics de Combeynots...

La vallée de la Guisane, en contre-bas. Le hameau du Casset et le
vallon du Petit Tabuc. La Montagne des Agneaux au fond.

La vallée de la Guisane, en contre-bas. Le hameau du Casset et le vallon du Petit Tabuc. La Montagne des Agneaux au fond.

Le camp, sous le col du Raisin et la crête du Chardonnet.

Le camp, sous le col du Raisin et la crête du Chardonnet.

Après avoir installer la tente, nous remontons un peu avec les skis. La neige est dure. Anne-Soisig poursuit seule jusqu’au col du Raisin. Je redescends avec Sarah. Qui s’installe dans la tente, dans le duvet, pour bouquiner et continuer son « crochet ». Je vais me balader autour à pieds, la neige est portante, il y a des parties sèches en herbes et cailloux. Nous avons une vue plongeante sur la vallée de la Guisane, toute blanche : le Monêtier-les-Bains à gauche et le Briançonnais au fond, le Casset juste à l’aplomb, le Lauzet est caché, et vers la droite le col du Lautaret. Avec l’arrivée des nuages, je m’étais dit que l’on aurait un joli coucher de soleil, mais la couche s’est révélée trop dense : l’astre est passé derrière les montagnes sans cérémonial.

Tout en rondeur... Lieu de bivouac.

Tout en rondeur... Lieu de bivouac.

Anne-Soisig revient. Nous pénétrons dans la tente. J’installe la cuisine : un trou dans la neige pour mettre le réchaud. La tente est moins confortable que cette que nous utilisons à deux, avec deux auvents latéraux qui permettent de cuisiner dedans. Là, l’auvent est trop petit pour espérer y glisser le réchaud. Et puis j’ai oublié ma gamelle et mon gobelet, ce dernier me sert d’habitude pour mettre la neige dans la casserole. Si j’ai mangé dans celle d’Anne-Soisig, ne pas avoir de godet adéquat pour manipuler la neige s’est révélé assez désagréable.

La nuit est illuminée par la pleine Lune. Que j’aurais le loisir de contempler en petite tenue, par deux fois, devant m’extirper, pour cela, de la chaleur coconnesque de mon duvet. Les mystères du volume vésical...

Grasse matinée qui nous a fait louper le lever de soleil. Il n’y a pas d’urgence à partir, il va falloir que la neige ait le temps de décailler avant la descente, ce qui laisse le temps de prendre le petit-déjeuner sans hâte. Nous chaussons les skis vers 9 h 45 en laissant la tente en plan.

La fille et la mère.

La fille et la mère.

Direction la crête du Chardonnet sur une neige dure. Le soleil est encore un peu voilé, mais il chauffe tout de même. Nous croisons un vol de petits oiseaux blancs aux bouts des ailes noires — probablement des niveroles alpines. Au sommet, un hideux pylône gâche le paysage. Abstraction faite, il n’est pas désagréable : Cerces d’un côté, Écrins de l’autre. Seuls.

Vue sur les Agneaux et la Barre des Écrins.

Vue sur les Agneaux et la Barre des Écrins.

Et la descente est bonne, neige légèrement revenue sur le dessus. À mi-pente, on s’arrête pour remettre les peaux et aller au col du Raisin.

Repeautage.

Repeautage.

Le ciel nous gratifie de splendides halos que je n’avais jamais vu : un arc au-dessus du soleil, qui semble plus ou moins tangent au petit halo, mais de rayon plus grand, peut-être un arc de Parry (supérieur concave) ; et un cercle parhélique qui part des deux parhélies et s’éloigne du soleil mais ne se ferme pas encore ! Le temps passant, l’arc de Parry disparaît tandis que le cercle parhélique se ferme à l’opposé du soleil. Magique ! En plus, ça occupe Sarah dans la dernière montée, elle surveille le cercle parhélique. C’est en arrivant au col qu’il fait le tour du ciel. Puis il fini par s’estomper...

Soleil, parhélie et début du cercle parhélique à droite.

Soleil, parhélie et début du cercle parhélique à droite.

Le cercle parhélique au-dessus des Écrins.

Le cercle parhélique au-dessus des Écrins.

L’arc de Parry ?? On devine la parhélie à gauche du soleil, et le
cercle parhélique.

L’arc de Parry ?? On devine la parhélie à gauche du soleil, et le cercle parhélique.

Nous enlevons les peaux et nous préparons pour la descente. Les contre-pentes est et sud sont à point, c’est un régal pour les skis. Retour à la tente, qui est démontée. Les sacs s’alourdissent pour la dernière descente. 800 mètres avalés en quinze minutes dans une neige mûre qui jaillit sous les spatules en gerbes de plaisir.

Nous cassons la croûte sur un parking du village avant d’aller faire une pause baignade dans les eaux chaudes des Bains provenant d’un forage à 44 °C. Bain de foule. Autre ambiance.