Les tribulations d’un astronome

Le téléphone

jeudi 15 mai 2008 par Guillaume Blanc

J’ai décroché le téléphone, récemment, chez mes parents...

Il fut un temps où le téléphone était un ustensile d’une universelle simplicité à utiliser : ça sonnait, on décrochait, on se plaquait le combiné sur l’oreille, on écoutait, on parlait. Désormais rien n’est moins sûr : ça sonne, on prend le téléphone (la notion « décrocher » est relativement obsolète, puisque le combiné vit souvent une vie autonome sans n’être plus « accroché » à quoi que ce soit), ou, plus souvent, on cherche le téléphone : mais où se trouve ce &^%$#$@## d’engin ? Heureusement les personnes bien entendantes de leurs deux oreilles peuvent se permettre une détection sonore directionnelle, l’ustensile en question émettant des sons divers et variés pour faire savoir non pas où il se trouve quand on le cherche, mais que quelqu’un appelle. D’où la potentialité de dégoter le-dit téléphone avant que le correspondant ne se soit lassé ou que le répondeur ne se soit enclenché.

Une fois que l’on a mis la main sur l’objet convoité (et accessoirement bruyant), on le porte à son oreille (rien de neuf de ce point de vue-là) et... il ne se passe rien. Parce qu’en fait, il faut souvent appuyer sur l’un des nombreux boutons — mais attention, pas n’importe lequel ! — qui ornent le combiné, pour qu’il se passe finalement quelque chose. Enfin, parfois, on croit qu’il faut appuyer sur un bouton, mais en fait non, c’est comme avant, il suffit de désolidariser le combiné de son socle et ça marche. Avant le téléphone était un instrument universellement identique à lui-même. Désormais, il comporte tellement de touches annexes qu’il faut en garder l’épais mode d’emploi à portée de main... C’est ainsi que par deux fois, coup sur coup, j’ai raccroché au nez de quelqu’un avec le téléphone de mes parents : je pensais qu’il fallait appuyer sur un bouton pour « décrocher ».

Avant, au temps lointain de mon enfance, le téléphone, ça fonctionnait très bien. Sauf peut-être après une grosse chute de neige qui alourdissait les fils au point de les briser, parfois. Cette exception mise de côté, le téléphone ne posait aucun problème. Ou bien rarement. Désormais, avec le téléphone par internet, ça fonctionne quand ça veut. Parfois la communication est coupée de manière impromptue. On rappelle. Parfois la machin-box déconne sans crier gare. Normal. Plus c’est sophistiqué, moins c’est facile.

Téléphoner est effectivement devenu à la fois simple et compliqué. Simple parce que on peut désormais téléphoner depuis son jardin ou depuis le sommet d’une montagne : terminé le fil à la patte en queue de cochon que l’on passait des heures à s’enrouler et à se dérouler autour des doigts tout en dansant d’un pied sur l’autre, debout, le gris combiné collé à l’oreille... Vive la liberté ! Mais le côté pervers de la chose est que désormais il faut avoir fait de hautes études (et encore : moi je n’ai pas dû faire les bonnes de ce point de vue !) pour pouvoir se servir de son téléphone. Portable ou pas. L’un comme l’autre nécessite un certain apprentissage à l’aide du volumineux mode d’emploi. Aucune norme ne spécifie une quelconque uniformité. En changeant de combiné, il faut tout réapprendre. Téléphoner est devenu compliqué.

Mais aujourd’hui, on peut téléphoner du sommet des montagnes.


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