Les tribulations d’un astronome

livre : papier ou silicium ?

jeudi 11 septembre 2014 par Guillaume Blanc

Il pointe timidement le bout de son nez, le livre électronique. Hi(ii)-bouc. Mais dans le métro, RER, on croise de plus en plus de voyageurs qui lisent sur ces plaquettes, tablettes électroniques, choisissant leur ouvrage parmi une bibliothèque virtuelle bien plus vaste qu’une vie humaine ne serait capable d’absorber. De plus en plus, mais pas tant que ça, finalement. La plupart des voyageurs reste plongé le regard dans le vague ou dans les quotidiens gratuits, haute littérature s’il en est, ou encore sont en train de bidouiller machinalement sur leurs téléphones intelligents - smarte-faune. On reste dans la thématique zoologique, donc. Quelques uns, dont je suis parfois, lisent des livres de papiers, rétrogradent qu’ils sont.

Quand je regarde ma bibliothèque, pan de mur ondulant au gré des bouquins, qui commence à être en surpoids, je me dis que ce serait Ô combien dommage de remplacer tout cet amoncellement de papier par un petit écran. Minuscule. Même un grand écran serait dommage, soi-dit en passant. Un écran sur mur en place et lieu de cet amas hétéroclite de bouquins divers et variés ? Que nenni.

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Par contre, quand je déménage mes livres, là, l’âge aidant, je me dis que ce serait pas mal d’avoir tout ce papier sous format électronique, histoire que ça ne pèse que le poids des mots, peu ou prou, et non celui du papier qui les soutiennent. Parce qu’il n’y a rien à faire, le papier, c’est lourd.

Par ailleurs on pourrait croire que le livre électronique et sa formidable mémoire capable d’emballer toute votre bibliothèque (et même celles de vos voisins) dans un volume ridicule est un outil extraordinaire : regardez, même en vacances vous trimballez toute votre littérature avec vous. Enfin, je ne sais pas vous, mais j’ai emmené deux livres (papier) en vacances, et finalement, je les ai ramener à peu près tels quels. Je ne suis pas sûr qu’avoir à disposition ma bibliothèque entière dans le camping de Zonza n’eut aider en quoi que ce soit de ce côté-là. Quant à avoir une tablette numérique, fragile, forcément, dans le sac à dos quand je pars en vadrouille, j’aurais trop peur de l’abîmer, de la casser. L’avantage d’un livre papier, c’est qu’avant de le casser... Évidemment, l’eau, le feu sont ses ennemis, il n’est tout de même pas increvable. Mais le livre électronique ne doit pas aimer non plus prendre un bain, ni jouer les merguez.

Sans compter la question de l’énergie. Le livre papier n’a besoin que d’un chouïa d’énergie mécanique de votre part pour le supporter, certes, et en tourner les pages au gré de votre lecture. Le livre électronique a besoin d’énergie électrique en sus (car il faut aussi le supporter et tourner les virtuelles pages) pour exister, l’énergie c’est sa raison d’être. Sans elle, il reste un écran vide et froid. Inerte. Et si la pile venait à s’épuiser au beau milieu de nulle part ? Si la batterie venait à s’éteindre à des lieues de toute source de courant. Terminée, la lecture.

Mais je crois que finalement, le plus triste, c’est que quand on demande à quelqu’un qui lit sur une liseuse ce qu’il (ou elle) lit, il (ou elle) ne peut plus lever laconiquement la couverture ouverte entre ses doigts, écornée (ou pas), trimballée (ou pas), le pouce dans la pliure pour « garder la page », sans rien dire de plus afin qu’on puisse simplement y lire : « Proust, Du côté de chez Swann, » avant de se replonger dans sa lecture. Le livre électronique, c’est la solitude même. L’anti-partage. Adieu bibliothèques municipales et livres qui passent de main en main !

Outre la perspective de tout balader, peut-être qu’un des avantages du nouveau support siliciumé sera (est ?) de pouvoir faire des recherches de mots ou phrases facilement dans un bouquin. Je reconnais que dans un livre papier, pour retrouver un mot ou une citation perdu dans la vaste mer des autres mots, phrases et pages, c’est un peu comme chercher une aiguille dans une botte de foin. Même chose, je suppose (car je n’ai, en fait, jamais utilisé l’outil en question) que l’on pourra (peut ?) mettre des marque-pages virtuels, voire des marques-mots ou des marques-citations, histoire de les mettre de côté pour mieux les retrouver plus tard. Cela éviterait effectivement de devoir corner les pages (en ce qui me concerne) et/ou de les crayonner.

Enfin, la multiplicité du support, par son format, sa couverture, sa couleur, ses illustrations, son papier, son nombre de pages, etc, cède le pas à l’unicité. Plate grisaille. Morne plaine.

Bref, le livre électronique, c’est peut-être bien pour promener sa bibliothèque un peu partout au fond de son sac à main ou de sa musette, annoter ses lectures, mais quand même, c’est finalement d’une tristesse infinie...


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