Les tribulations d’un astronome

Bonjour ? Bonjour !

vendredi 17 juin 2016 par Guillaume Blanc

Y’a d’la joie, Bonjour, bonjour les hirondelles, Y’a d’la joie

Ce matin, j’accompagne ma fille à l’école. Je croise un nombre certain d’autres parents qui font de même. On croise d’ailleurs plus ou moins les mêmes chaque matin, et même si on ne va pas garder les chèvres ensemble, il reste que pendant ces quelques secondes, le matin, on se croise. Depuis des mois.

Et puis on se croise aussi le soir, de façon plus clairsemée, puisque la plage horaire pour aller chercher ses enfants au centre de loisir est bien plus large.

N’empêche. Pour leur arracher un simple « bonjour ! » à la plupart de ces parents, il faut lutter âprement. Et encore. Et aller que je fais semblant de regarder mes pompes, l’avion dans le ciel, mon gosse pour ne pas te voir. Homme, femme, c’est du pareil au même : la parité existe dans l’individualisme.

C’est ma première année d’école depuis des plombes. Je m’imaginais (stupidement, peut-être) que j’allais me faire plein d’amis parmi les autres parents, après tout, on a au moins ça en commun, l’école de nos enfants. Mais non. En fait, l’école, c’est visiblement chacun pour soi. Sauf si on se connait par ailleurs, on ne papote pas, on ne sympathise pas, et surtout surtout, on évite de se dire bonjour, des fois qu’on se reconnaîtrait respectivement comme êtres humains.

Ça me sidère d’autant plus que c’est l’école. Un endroit où les enfants apprennent. À lire, écrire, compter, certes, mais aussi à vivre en société, à respecter les autres, etc. Mais visiblement, les parents eux-mêmes ont oublié ça. Ce simple « bonjour » qui ne signifie pas qu’on va devenir les meilleurs potes du monde, qui ne signifie pas qu’on doit s’inviter à bouffer ou aller garder les chèvres ensemble, non, ce simple « bonjour » qui signifie que l’on se croise et que l’on se reconnaît en tant qu’êtres humains. Ce simple « bonjour » qui simplement n’est pas acquis pour la plupart des adultes. Quel modèles pour les gamins !

Pourtant... pourtant... Ce n’est quand même pas compliqué de se dire bonjour en se croisant, ça demande de lever (un peu) la tête, de regarder (quand même !) la personne en face, d’esquisser un vague sourire et d’articuler deux syllabes : bon-jour. Dépense énergétique minimale ce faisant ; on peut même garder le fil de ses pensées, la dépense intellectuelle nécessaire n’étant — en principe — pas bien grande non plus. Mais pourtant se donner tant de mal ? Disons que c’est plutôt sympathique de croiser des humains de temps en temps dans ce monde de brutes : pourquoi on se censurait-on à ce niveau ? Si tout le monde se disait bonjour avec le sourire, il y aurait peut-être moins de dépressifs dans le pays !

Dans mon labo (et dans tous les labos que j’ai fréquenté, d’ailleurs), pour arracher un bonjour aux gens que l’on croise dans les couloirs, c’est pareil qu’à l’école, voire pire. Certains se contorsionnent le visage pour regarder les plinthes, leurs pompes ou le vague vide devant eux pour vous ignorer superbement, ou bien encore font semblant d’être absorbées dans des pensées qui vont forcément révolutionner le monde. Bref, les endroits où la matière grise coule à flot ne sont pas les endroits les plus humains. Mais ça on le savait déjà, ce n’est donc pas une surprise. Ça m’amuse presque de claironner des « bonjour » qui restent comme suspendus dans l’air. En revanche, devant l’école, là oui, je suis surpris.

Aller, bonne journée quand même !


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