Les tribulations d’un astronome

Thorgal

mercredi 26 avril 2006 par Guillaume Blanc
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Je viens de relire tranquillement l’intégralité des vingt-huit tomes parus jusqu’à présent. J’ai découvert cette série de bandes dessinées, orchestrée par Rosinski au dessin et Van Hamme au scénario, il y a déjà quelque temps, c’était pendant mon séjour sur l’île de la Réunion en août 1989. Je séjournais chez une amie dont les parents étaient libraires à St Pierre. Une librairie dont la plus grande partie de la surface était occupée par des bandes dessinées. C’est à cette occasion-là, je crois, que je suis vraiment tombé dans la marmite de ces histoires à bulles. Depuis je n’en suis pas ressorti... Cette librairie était magique : on pouvait « emprunter » quelque livre d’image à la fermeture du magasin, pour le lire en catimini, le soir sous les draps — à condition de ne pas l’abîmer —, avant de reporter l’ouvrage à sa place le lendemain et le tour était joué ! Ni vu ni connu ! Pour l’occasion j’ai appris à lire un livre sans l’abîmer. Ne pas laisser de trace de ma lecture. Un livre quel qu’il soit, bande dessinée de surcroît, est quelque part une œuvre d’art, il faut donc en prendre soin. Éviter d’en plier les pages d’un machinal revers de la main lors de la lecture est donc la moindre des choses. Éviter d’en déchirer la reliure en voulant absolument mater les pages rebelles qui ont parfois la malignité de se tourner d’elles-mêmes, mais dans le mauvais sens. Et oui, lire une BD, ça s’apprend ! Parce qu’une fois le papier plié, la marque reste, c’est irréversible, l’ouvrage perd de sa prestance et de sa fougue... Éduquer le lecteur.

Thorgal, donc. En 1989, le quatorzième album venait de sortir : « Aaricia ». C’était le summum de la série. De fait, j’y ai goûté et j’ai adoré sur le champ. Évidemment, Thorgal est un héros de papier tout ce qu’il a de « politiquement correct », c’est un peu caricatural dans ce monde moderne qui vénère l’anti-héros, sous toutes les coutures. Mais bon. Je suis vieux jeu, j’ai encore tendance à préférer les vrais héros au grand cœur. Et puis j’aime bien toutes ces belles vertus qui tracent la ligne de conduite de ces personnages de papier. Toutes ces choses qui se perdent de plus en plus. Encore que le monde de Thorgal n’est pas non plus des plus vertueux, en témoignent tous les malheurs qui l’accablent au fil des albums. Toujours est-il que je suis plus « Thorgal » que « Bidochons ». D’ailleurs j’ai jamais pu dépasser la deuxième page d’un album des Bidochon. Question d’identification, peut-être !

Thorgal ne fait peut-être pas (encore ?) partie du bagage culturel de tout un chacun comme Astérix ou Tintin, voici donc de quoi il s’agit. Thorgal c’est une mixture d’histoire (ça se passe aux temps des Vikings), d’anachronismes (on passe des Vikings aux Aztèques comme ça), de science-fiction (Thorgal est l’enfant d’un peuple venu des étoiles, descendant des atlantes), de mythologie nordique (du fait de son statut un peu spécial, les Dieux n’arrêtent pas de lui chercher des noises, et il lui arrive plein de trucs à la frontière des deux mondes, Asgard, domaine des Dieux, et Midgard, terre des hommes)... Et puis bon, il est très sage, très très fort, plutôt beau gosse (encore que ça doit dépendre des goûts), très courageux, très vertueux, etc, etc ! Bref, l’anti-Bidochon ; encore que là, je m’avance en terrain inconnu.

Quatorze albums en neuf années. Depuis il y en a eu quatorze autres en... seize ans !! La série s’essouffle, indéniablement, en témoigne l’épisode Shaïgan-sans-merci... Pourtant, pourtant, en relisant la totalité dans la continuité, je me suis aperçu que j’aimais bien ces albums-là, aussi. D’autant plus que je me suis aperçu à l’occasion que je n’avais jamais lu « La couronne d’Ogotaï » ! Un comble ! Ça fait dix ans que je l’ai dans ma bibliothèque, mais pour une raison que j’ignore je l’avais complètement zappé à l’époque. Incroyable ! Dire que l’histoire de la période Shaïgan-sans-merci me paraissait vaguement un peu décousue dans mon souvenir : il y avait de quoi... La relecture n’en fut que plus délectable. Bref, des hauts et des bas dans la série, les premiers ne sont pas mes préférés, les derniers non plus, mais je les aime bien tous. Tout relire comme ça est beaucoup moins frustrant que d’attendre un an ou deux entre chaque album, album qui se dévore en moins de vingt minutes. C’est pas très rentable cette histoire !

Donc voilà, je me fais un petit régal de temps en temps, en relisant Thorgal au petit déjeuner tout en écoutant les horribles nouvelles du vaste monde dans le poste. Ça change de Bilal...

Et puis tout fout le camp : je me suis amusé à tapoter « Thorgal » dans Google. Des sites officiels et officieux, des liens vers l’éditeur, et là, c’est tout le capitalisme mercantile qui s’étale. Non seulement Thorgal est une série de bandes dessinées, mais c’est aussi désormais un DVD (???), un CD audio (horrible !), et plein d’autres trucs visant à délier les bourses des fans de Thorgal. Si le pauvre voyait ça, il se retournerait sous ses bulles ! Comme quoi rien n’a changé, finalement, à l’époque de Thorgal, les méchants étaient vils et parfois lâches, toujours profiteurs, maintenant ils sont capitalistes (et toujours vils et parfois lâches) et surtout profiteurs. Mais t’inquiète, on va pas se laisser faire ! Boycotter en attendant la suite...


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