Les tribulations d’un astronome

Et si l’avenir des montagnes était entre nos mains ?

lundi 18 juin 2012 par Guillaume Blanc

Samedi 11 juin 2011. Après un coup de TGV depuis Paris la veille au soir, une courte nuit chez un copain à Grenoble, nous montons au refuge du Promontoire depuis la Bérarde. Non pas pour aller tâter les cimes ou le rocher d’altitude, mais pour une réunion du Conseil d’Administration de l’association Mountain Wilderness, le dimanche — comme salle de réunion, il y a pire !

Cette réunion sera agrémentée d’une discussion autour d’un texte rédigé conjointement par Mountain Wilderness, CIPRA et l’ANCEF. Texte alors revu et corrigé. Il s’agit de lancer un Appel pour nos Montagnes, sorte de cri d’alarme pour le futur, comme une envie de garder quelques montagnes relativement intactes, de ne pas systématiquement se retrouver avec le bruit et la fureur de la ville dans les hauteurs, de voir s’arrêter le bétonnage à tout prix pour repenser le développement de l’économie montagnarde. Ouvrir le champ des possibles. Laisser la montagne à ceux qui y vivent et non à une poignée de promoteurs en quête d’or blanc au détriment de tout le reste.


Texte de l’ « Appel pour nos Montagnes »

Qu’on y vive, qu’on en vive, qu’on s’y ressource, la montagne nous offre l’expérience de la beauté des paysages, de la nature et du partage. Cette expérience n’est possible que grâce à un équilibre entre l’homme et la montagne. Conscient de la fragilité de cet équilibre nous nous sentons le devoir de lancer un appel pour nos montagnes.

Notre société est de plus en plus dure et exigeante ! Il faut toujours plus, toujours plus vite. Plus de quoi ? Pour qui ? Pour quoi faire ? Noyés dans l’illusion de l’immédiateté et du factice, nous semblons incapables de nous raisonner, incapables d’assurer les conditions de la survie pour tous et à long terme.

L’espace montagnard n’échappe pas à la loi commune. Là aussi rapidité et uniformité s’enracinent et se propagent. Les pressions d’équipement sont tenaces, multiformes, même si l’inévitable prise de conscience a eu lieu ; les bonnes intentions sont affichées : développement durable, valorisation du patrimoine naturel, agriculture bio, lutte contre le réchauffement climatique, économie solidaire, sauvegarde des cultures… Ces nouveaux objectifs semblent consensuels.

Et pourtant… Les mécanismes du passé, fondés sur l’exploitation toujours accrue des ressources d’un territoire pourtant limité, perdurent. Pire, ils menacent nos rêves, ils continuent à figer l’avenir de nos massifs, alors même que ceux-ci et les populations qui les façonnent ont besoin de nouvelles perspectives. Les projets de développement lourds, dignes du siècle passé s’enchaînent, s’accélèrent même, comme si de rien n’était. Le béton coule à flots, perpétuelles extensions des espaces aménagés au détriment de la haute montagne vierge ou des espaces dédiés à l’agriculture, course au gigantisme des stations… L’histoire nous l’a pourtant appris : les modèles figés ne fonctionnent pas.

Mais qui décide ? Et surtout, qui profite réellement, financièrement et humainement, de cette fuite en avant dans l’artificialisation de nos montagnes ?

Il est temps pour tous d’élargir le champ des possibles, de redéfinir la notion d’intérêt général. Nous avons tous besoin de quelques éléments essentiels pour vivre : de l’air, de l’eau, de l’espace. Il nous faut aussi du temps, du silence, de la sérénité, de la beauté pour continuer à penser, à imaginer, à rêver. Or la montagne est l’un des espaces les plus propices pour satisfaire ces besoins vitaux. Les montagnes sont depuis toujours une formidable richesse pour l’humanité. Montagnes refuges, montagnes creusets, montagnes laboratoires, elles recèlent un potentiel de vie et d’inventivité toujours renouvelé. Pour préparer leur avenir, celui de nos enfants, il nous faut reprendre le contrôle de son évolution. Il nous faut construire, ensemble, une nouvelle vision pour les espaces montagnards.

Ce défi lancé pour la montagne peut être gagné ! Le projet pour la montagne que nous avons à construire sera multiple, modulaire, évolutif, solidaire. Nous devons anticiper, ménager les espaces et favoriser les initiatives. Nous devons protéger les fondements de notre bien-être : d’une part les capacités humaines locales, individuelles ou collectives, à innover, à inventer, à entreprendre, et d’autre part les patrimoines, les paysages et toutes les ressources naturelles.

Moins de capital machine, moins de spéculation financière, et plus de capital humain !


Complètement sous le charme de ce projet, j’ai participé petitement à la première vague en allant à la pêche à quelques signatures de grands noms. Avec un succès qui, finalement, m’étonna moi-même.

Après quoi la liste de noms, d’abord balbutiante après un été clairsemé, s’est rapidement enrichie de patronymes prestigieux au cours de l’automne.

Il était alors temps de propager l’Appel vers le grand public, c’est-à-dire nous tous. Plongé que j’étais dans mon guidon de boulot, je n’ai pu suivre ça que de loin. Ce fut chose faite le vendredi 9 décembre 2011, à Grenoble. Ils ont bien bossé. Un site web, une vidéo réalisée par Nicolas Hairon, absolument superbe. Il faut la voir.

Six mois plus tard, près de 7000 personnes ont signé cet Appel, dont 130 personnalités du monde de la montagne ou pas. 7000 personnes qui s’interrogent sur quel pourrait être l’avenir des montagnes, un avenir qui serait dicté par le menu peuple et non par les grands à la solde du dieu pognon. À nous de jouer !

Signez cet Appel, participez aux Rencontres citoyennes de nos Montagnes.


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