Les tribulations d’un astronome

Ce matin

vendredi 1er avril 2016 par Guillaume Blanc

Temps grisou ce matin. Mais c’est moins humide qu’hier, puisqu’il ne pleut pas. Je n’ai pas eu besoin d’enfiler mon surpantalon avant d’enfourcher mon vélo pour aller bosser. Le fond de l’air était néanmoins frais, une sorte de brouillard résiduel flottait dans la vallée. Il ne pleuvait pas, mais l’air était chargé d’humidité.

Je suis passé à côté du lac de Lozère, où les habituels canards faisaient leur trempette matinale, Monsieur (ou bien Madame, en fait je n’en sais rien) le Héron était là lui aussi, à son poste, une patte dans l’eau. Immobile dans la brume. Icône.

Un petit rond-point dans la diagonale, puis une courte voie sans issue pour arriver sur les berges de l’Yvette. Elle est haute, l’Yvette. Haute et brune, couleur terre. L’eau racle les berges. La pluie continue d’hier a gorgé d’eau les bassins versants qui n’en finissent plus de s’égoutter dans la rivière. Un petit pont de pierre au-dessus des flots. Les berges que j’emprunte habituellement sont fermées pour cause d’inondation. Je passe donc par la route, et le feu. Rouge. Je m’arrête.

Et puis je réalise un truc. Il y a bien ce feu rouge devant ce carrefour, à Orsay. Mais chose curieuse que je viens seulement de faire consciemment émerger dans mon cerveau : il n’y a pas une seule voiture qui passe. Il n’y a même pas une seule voiture qui attend au feu, le moteur en marche, le pot d’échappement fumant. Pas un bruit. Le seul silence de l’eau qui s’écoule sous le pont en contre-bas. On se croiraient au beau milieu de la nuit, avec seulement ces feux qui passent stupidement du rouge au vert sans rien ni personne pour les contredire. Mais non, c’est bien l’heure de pointe matinale, l’heure où tout un chacun se terre dans sa voiture pour aller bosser après avoir jeté les mômes à l’école.

Quel contraste ! Habituellement je m’efforce d’éviter ce feu en passant par la berge, plus bucolique, ou tout au moins de me mettre devant la file de voitures qui patientent, moteur ronronnant, et pots crachant une épaisse fumée grise et puante. Aujourd’hui, rien de tout ça. Je suis seul à attendre que l’absurde feu rouge daigne passer au vert. Enfin seul, non, pas tout à fait. À bien y regarder, il y a d’autres cyclistes, comme moi, qui arrivent doucement, silencieusement.

Le feu passe au vert. Discipliné, j’appuie sur les pédales et traverse avant de poursuivre mon chemin. Un bout d’asphalte, puis j’oblique vers le deuxième plan d’eau de mon trajet journalier, le lac du Mail. Un couple d’adolescents emmitouflés dans leurs écharpes se bécote sur le banc, devant le miroir liquide qui reflète des platanes encore décharnés par l’hiver. Monsieur et Madame Col Vert se baladent tranquillement sur la berge.

Je retourne sur la route à côté de la piscine. Pas une voiture en vue. Même pas une seule automobile garée le long de la route. Et en y repensant, les rues pavillonnaires à proximité de chez moi étaient elles aussi propres. Vides. Lisses. Pas de voitures bien ou mal garées sur les trottoirs, pas de voiture du tout. Toute la largeur de la route pour moi tout seul. Enfin, moi, une poignée de piétons, et une once de vélos.

Quelqu’un aurait-il fait un grand ménage dans la nuit ? Où sont passées toutes ces horribles bagnoles, qui sont habituellement absolument partout : sur la route, sur les trottoirs, partout ?

Je pénètre dans l’enceinte de l’université, et là, même constat : pas une seule voiture en vue. Aucun véhicule motorisé ne me double au risque de me toucher ou de dépasser allègrement la limite de vitesse de 30 km/h dans la campus, vitesse à laquelle je roule moi-même. Un sentiment profond de sécurité et de sérénité m’envahit. Même les parkings habituellement déjà bien remplis à cette heure, sont vides. Seulement des piétons et des cyclistes.

Mon rêve serait-il subitement devenu réalité en l’espace d’une nuit ? Je vais garer ma bécane dans l’abri réservé à cet effet, toujours dubitatif, mais qui sait, il y a peut-être une justice, finalement...


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