Les tribulations d’un astronome

Disparition des abeilles

mardi 25 novembre 2008 par Guillaume Blanc
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Le sujet a fait — et fait ! — couler beaucoup d’encre. Des millions de colonies d’abeilles domestiques (celles qui font le miel) disparaissent de par le monde depuis la fin des années quatre-vingt dix. Le phénomène a connu une aggravation en 2007. Les ruches se retrouvent vides, les ouvrières disparaissent purement et simplement, sans laisser de traces. On parle de plus de 80 % de perte pour beaucoup d’apiculteurs. Beaucoup de choses ont été dites et écrites à ce sujet, il est difficile de s’y retrouver et de séparer le bon grain de l’ivraie. Entre parasite (varroa), virus (IAPV), frelons ou pesticides, beaucoup de pistes pour expliquer les dommages subits sur l’ensemble de la planète par les apiculteurs.

Je suis allé voir un documentaire, intitulé « Disparition des abeilles, la fin d’un mystère », réalisé par Natacha Calestrémé et Gilles Luneau, au festival du film d’environnement qui se tenait au cinéma la Pagode à Paris. Les deux journalistes sont partis enquêter auprès des apiculteurs d’Europe et des États-Unis ainsi qu’auprès des chercheurs des deux continents qui tentent de comprendre et d’expliquer cet inquiétant syndrôme.

Le documentaire est très très intéressant, particulièrement bien fait, et semble faire la part de l’objectivité, ce que l’on trouve rarement dans les documentaires environnementaux à tendance écolo.

La piste du parasite varroa semble ainsi écartée, il peut certes contribuer à achever une colonie déjà affaiblie, mais ne saurait être le principal responsable. Même chose pour le virus israëlien, malgré un effet d’annonce en 2007 avec publication dans Science comme quoi le responsable du syndrôme d’effondrement des colonies serait ce virus... Les grandes compagnies chimiques préférant peut-être voir incriminer un virus plutôt que leurs propres produits. Le résultat de cette publication fut aussitôt contesté. Et la vérité semble être ailleurs...

Le documentaire montre des ruches entières décimées par un épandage de pesticides par l’agriculteur voisin : au petit matin, la rosée était empoisonnée... Un apiculteur furieux...

Les molécules de poison destinées à décupler les rendements agricoles envahissent toute la plante cultivée, jusqu’à la fleur, son nectar dont les abeilles se régalent et son pollen dont elles nourrissent leurs larves. Chaque culture nécessite un grand nombre d’épandages de produit plus toxiques les uns que les autres : herbicides, insecticides, fongicides... Ces produits sont ingurgités par la plante qui les accumule dans un coin, chaque épandage amenant son lot de molécules toxiques ; ils sont également stockés dans le sol qui les dégrade lentement. Une pomme peut en contenir une vingtaine. Beurk, moi qui adore les pommes... Et les mélanges sont particulièrement toxiques pour les abeilles, c’est prouvé, et l’UIPP [1] interdit leur utilisation simultanée. Sans savoir (?) que les plantes et la terre accumulent d’une fois sur l’autre... Les abeilles ingurgitent le mélange encore plus toxique, et c’est l’hécatombe !

Il semble que des études commencent à voir le jour montrant le risque accru des mélanges pour notre santé et celle des abeilles en particulier. Mais je suppose que ce genre de recherches met du temps à voir le jour, les scientifiques étant souvent muselés par les grandes firmes qui ont peu d’intérêts à voir ce genre de choses aboutir. Par ailleurs les études sur les abeilles pourraient être difficiles, les doses léthales pour ces insectes seraient trop faibles pour être facilement détectables... ?

Le problème dans tout ça c’est que les abeilles meurent. Je parle des abeilles, sous-entendant par là les abeilles domestiques, mais le problème est identique pour l’ensemble des pollinisateurs. En majorité des abeilles, ils sont aussi sauvages, abeilles, papillons, diptères... Même si les effectifs de pollinisateurs sauvages sont mal répertoriés et donc mal connus.

Il y a quelques temps, les apiculteurs devaient payer pour louer quelques mètres carrés en bordure d’un champs cultivé et permettre ainsi à leurs abeilles de butiner les cultures. Aujourd’hui, il arrive que des cultures entières ne donnent aucun fruit, faute d’avoir été pollinisées. Pas d’abeille, pas de récolte pour l’agriculteur. Donc les agriculteurs payent désormais les apiculteurs pour qu’ils mettent leurs ruches à proximité de leurs champs... Mais comme l’un n’est rien sans l’autre, il va bien falloir que les agriculteurs se raisonnent et limitent la quantité de produits chimiques qu’ils balancent dans leurs champs. Synergie oblige ! Parce que la disparition des insectes pollinisateurs affecterait gravement la production d’un tiers de la nourriture mondiale.

Alors revenir aux temps d’une agriculture « biologique, » où tout un chacun mourait certes de la peste ou du choléra, mais certainement pas du cancer, pourquoi pas ? Mais sans me faire l’avocat du diable, il semble difficile de nourrir six puis bientôt neuf milliards d’êtres humains sur cette planète sans recourir aux produits chimiques qui offrent les rendements nécessaires à cela avec des coûts dans notre assiette abordables. On ne peut pas manger cinq fruits et légumes par jour pour pas cher et ne pas avoir le cancer !

Et mise à part cette petite parenthèse provocatrice, je pense que l’écologie pure et dure est une utopie, et que malheureusement, dans le monde réel il faut faire avec les pesticides et avec le nucléaire. Il suffit seulement d’utiliser ces deux outils redoutables à bon escient. Je suis persuadé que l’humanité en est capable, il suffirait qu’elle le veuille. Qu’elle le veuille politiquement. Faire fi des énoooormes profits... ?

[1L’UIPP, un acronyme, est l’Union des Industriel pour la Protection des Plantes, n’est pas une gentille agence écolo qui serait là pour protéger vos géraniums (encore que...), mais plutôt une agence dont l’objectif est de protéger les industries qui fabriquent les produits phytopharmaceutiques — pesticides et compagnie — qui, certes protègent certaines plantes, mais en éradiquant toute autre vie aux alentours. Il fallait trouver un nom pareil ; l’UIPP regroupe effectivement des industries agro-chimiques comme Monsanto, BASF... Beurk !


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