Les tribulations d’un astronome

La (les ?) contradiction(s) écolo(s)

dimanche 12 avril 2015 par Guillaume Blanc

Ah ! Ça fait classe de se dire « écolo » de nos jours [1]. L’écolo c’est celui (ou celle) qui prend garde à son « empreinte » sur la planète — ou plutôt qui sait qu’il (ou elle) consomme un bout de planète, même si la valeur exacte est confuse, même si il (ou elle) culpabilise vaguement, sans pour autant laisser sa voiture au garage et abandonner ses vacances à Pétaouchnok —, c’est celui (ou celle) qui milite contre le nucléaire (cette horrible énergie tellement dangereuse), c’est celui (ou celle) qui se prend de pitié pour une bestiole écrasée — pourquoi pas, l’humain, en tant qu’être supérieur se doit d’avoir un peu d’empathie pour les êtres dits inférieurs, même s’il devrait bien souvent commencer par faire le ménage devant sa porte, et même si l’un n’empêche pas l’autre —, c’est celui (ou celle) qui mange « bio » évidemment, la pomme avec le ver, s’il vous plaît, — enfin « bio » local hein, parce que les bananes bio de Madagascar, c’est pas très écolo.

L’écolo c’est donc quelqu’un qui aime la nature, et qui en prend soin. Ou qui aimerait qu’on en prenne soin. Oui mais. En général l’écolo aime tellement la nature qu’il vit à la campagne, dans une maison, avec un jardin, parce que l’écolo il aime aussi manger ce qu’il a planté. Vient le dilemme de la baraque, vieille bicoque retapée au cachet qui transcende les siècles mais véritable passoire énergétique ou bien quatre murs modernes, qui gobent les watts du soleil sans rien faire, mais rigoureusement identique à sa voisine, à quelques encablures de là, économies d’échelles obligent ? Isolée ou pas isolée, telle est la question, mais en revanche l’isolement géographique ne pose généralement pas question : le plus loin possible des autres, et avec le plus de terrain possible. Pour profiter de la quiétude de la nature.

Je sais tout cela, parce que je suis un peu écolo sur les bords. Ou bien j’aimerais être écolo sur les bords : je vis en ville, je n’ai qu’un balcon en guise de jardin, donc en appartement, avec ses fuites thermiques d’il y a quarante ans.

Mais est-ce que pour la peine je ne serais quand même pas plus écolo que les écolos ?

Parce que vivre à la campagne, dans une maison, avec un lopin de terre, c’est bien beau (et bucolique), mais ça consomme de la surface : une famille sur quelques centaines de mètres carrés, quand dans les villes, ce sont plusieurs dizaines à plusieurs centaines de personnes qui vivent par are [2]. En terme de consommation de surface (quid des terres arables qui disparaissent chaque année sous le béton ? Que mangera-t-on dans cinquante ans ? Du pain fait avec du blé cultivé dans de la terre synthétique, parce que les terres fertiles auront été coulées sous le ciment et l’asphalte ?), la ville est beaucoup plus écolo que la campagne. Il serait effectivement impossible pour toute la population de vivre comme des campagnards. Ces derniers sont donc des nantis, des privilégiés, dont la planète ne peut supporter qu’un petit nombre. De surcroît, ils polluent en général beaucoup plus, puisque ils doivent utiliser leur voiture pour chaque déplacement, alors qu’en ville tout est (plus ou moins) à proximité permettant (en théorie) de faire tout déplacement quotidien en vélo — ou tout au moins en transports en commun [3]. La ville est beaucoup plus mutualisée, car plus dense, donc les citadins consomment de fait, moins de « planètes » que les campagnards [4].

En plus l’écolo campagnard luttera jusqu’à la mort pour ne pas avoir d’éolienne, de centrale nucléaire — ouh ça non, alors ! — qui viendra faire de l’ombre à ses salades : que les autres se démerdent avec ça. Pourtant, l’écolo campagnard doit bien s’éclairer d’une manière ou d’une autre (il aime tout de même son confort !), et regarder la télé aussi (ou pas). Non ?

Pour peu que l’écolo campagnard fume, et alors là, on est en pleine contradiction. Sait-il seulement toutes les merdes polluantes que contient son mégot, l’écolo fumeur ? Mais je suis (presque) hors sujet, là.

Bref, l’écolo campagnard est un parfait égoïste, en fin de compte ! Heureusement que tout le monde n’est pas comme lui, sinon, il en faudrait des planètes Terre pour l’abriter, le monde !

Il y a aussi les campagnards non écolo, mais ceux-là, ils peuvent avoir la conscience tranquille, puisqu’ils se foutent de l’avenir de la planète...

Bon, OK, j’avoue, cette note n’est que le reflet hypocrite d’une pure jalousie (envers ces écolos campagnards) de ma part, parce que je vis en ville avec des voisins en-dessous, au-dessus et sur les côtés (mais pas devant, eh, eh !) avec un pov’ balcon en guise de jardin potager et ses trois fraises qui se battent en duel, alors que je rêve de vivre à la campagne, loin de tout et de tous (même si j’aime bien mes voisins — enfin, certains, pas tous !), avec suffisamment d’argent pour me payer les larbins (humains ou mécaniques) qui feront l’entretien (et le désherbage) de mes quelques (hypothétiques) 300 m2 de jardin (bio) à ma place, me laissant ainsi, quand même, le temps d’écrire des inepties sur ce blog tout en me gargarisant de bouffer ce que je cultive (bio).

Il n’empêche, tous les humains ne pourraient pas vivre dans l’utopie naturo-écolo-campagnarde...

[1Enfin, tout au moins dans un certain cénacle, parce que je me doute bien que parmi d’autres tranches sociétales, comme par exemple celui des quadeurs, être écolo ne soit pas spécialement bien vu ! Ben oui « le quad c’est super facho, » alors...

[2NDLR : 1 are = 100 m2

[3Même si je déteste le bus surtout quand je suis derrière en vélo et surtout quand je le vois systématiquement à peu près vide.

[4Et je ne parle même pas des résidences secondaires ! Car là, on ne peut pas se dire « écolo » et avoir une résidence secondaire, qui bouffe de l’espace, qui est inoccupée la plupart du temps (lits froids), qui biaise le marché du logement local, etc.


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