Les tribulations d’un astronome

Einstein avait raison, il faut réduire le temps de travail

lundi 29 août 2016 par Guillaume Blanc
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Au sujet de la crise de 1929, Albert Einstein écrit dans « Comment je vois le monde » :

« Ce même progrès technique qui pourrait libérer les hommes d’une grande partie du travail nécessaire à leur vie, est le responsable de la catastrophe actuelle. »

Point de départ du livre de l’économiste Pierre Larrouturou et de la sociologue Dominique Méda, cette réflexion d’Albert Einstein, que je m’étais faite indépendamment et en toute modestie : l’équation est simple, le progrès technique supprime des emplois peu qualifiés, remplacés par des ordinateurs ou des robots (chaîne de montage automobile, caissière, magasinier, etc.), la population augmente, donc le chômage est inéluctable.

Inéluctable dans le modèle de société qui est actuellement le nôtre, mais on pourrait aussi en changer pour profiter des gains de productivité extraordinaires réalisés grâce au progrès technique, et arriver ainsi à se désaliéner du travail. « Travailler moins pour gagner plus » contrairement à la politique dominante.

La simplicité du diagnostique, le constat que nos dirigeants réforment exactement au contraire de ce qu’il faudrait faire montrent qu’ils n’ont pas pris conscience de cet évident état de fait. Conclusion : nous sommes dirigés par des imbéciles.

Mais ce n’est pas là-dessus que je voulais m’étendre, plutôt sur la solution proposée par Pierre Larrouturou depuis semble-t-il une bonne vingtaine d’années : pour profiter des gains de productivité, il faut réduire le temps de travail et passer à la semaine de 4 jours..

Dans leur essai « Eintein avait raison, il faut réduire le temps de travail, » Dominique Méda et Pierre Larrouturou commencent par montrer que le chômage est une véritable plaie pour la société (bien au-delà que ce que rabâchent les media jusqu’à plus soif), qu’il est largement à l’origine de la crise de 2008. Ils montrent que les options suivies depuis longtemps par nos dirigeants, quelque soit leur bord, à savoir miser sur une hypothétique croissance, sont un leurre. Un leurre dangereux de surcroît, car les édifices instables qui ont abouti à la crise sont toujours là, et encore plus instable. On pourrait être au bord d’une nouvelle crise de la finance mondiale sans commune mesure avec la précédente (les banques ont été renflouées avec la complicité des politiques, mais n’ont pas du tout été régulées...), tout simplement parce que nos dirigeants n’ont pas pris la mesure de la situation. Quand élirons-nous des personnes intelligentes et compétentes pour diriger ce pays ?

Dans une deuxième partie les auteurs reviennent sur l’histoire du temps de travail, puis sur celle des 35 heures, en en faisant le véritable bilan, montrant par là même que si la première loi Aubry de 1998 avait tout les éléments pour réussir, elle a été hachée menue par la deuxième loi Aubry de 2000, qui en avait perdu sa moelle substantielle : exonérations concédées aux entreprises, sans contreparties en terme de création d’emplois. Le bilan est positif sur certains aspects, mais la loi n’a pas atteint les objectifs que ses promoteurs s’étaient fixés, tout simplement parce qu’elle a été détricotée en cours de route.

Si ce n’est que depuis la première loi, profitant de quelques années d’exonération, environ 400 entreprises sont passées à la semaine de 4 jours, et s’en portant pas plus mal, voire plutôt mieux, ont décidées de poursuivre malgré la fin de l’exonération des charges pour l’Unédic (assurance chômage). Dans la troisième partie de l’ouvrage, les auteurs développent donc la nécessité de réduire le temps de travail, et de passer à la semaine de 4 jours, pour tout le monde. Chacun garderait le même salaire. Le financement de ce changement sociétal serait fait en exonérant les entreprises d’une partie des charges pour l’assurance chômage.

Il y aurait beaucoup d’avantages à la fois pour les entreprises (flexibilité accrue, performance des salariés plus importante, possibilité de plus de formations pour un travail plus riche, ...), et pour les salariés : possibilité de profiter de la vie, de s’investir dans le monde bénévole, de profiter des formations, c’est un remède évident au burn-out, et donc la possibilité de vivre le boulot sans qu’il ne prenne à la gorge !

Le modèle sociétal actuel est à bout de souffle. Le capitalisme sauvage place inéluctablement son oligarchie à la tête des nations. Ce que proposent Pierre Larrouturou et Dominique Méda est dans la lignée des grandes réformes du vingtième siècle, comme celles qui ont permis au monde occidental de se relever après la crise de 1929. Pourquoi n’en serions-nous pas capables aujourd’hui ? Quand je dis « nous », je parle du peuple, des citoyens. Nos dirigeants n’en sont évidemment pas capables. Malheureusement. Même le nouveau parti Nouvelle Donne, créé d’ailleurs par Pierre Larrouturou, semble rongé par des querelles internes plus que par l’envie de proposer une nouvelle façon de faire de la politique. Décidément...


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